vendredi 18 mai 2018

Gardiens de la vie des enfants

Parlant des parents, le pape François a développé ce thème dans son allocution du 31 décembre 2017, fête de la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph.
 
Les parents ne sont pas les propriétaires de leurs enfants. « Dieu seul est le Seigneur de l’histoire individuelle et familiale; tout nous vient de Lui. » Les parents doivent être les gardiens des enfants qui leur sont confiés par Dieu, les aidant à grandir et à mûrir. Les parents sont donc appelés à reconnaître le primat de Dieu le Père sur leurs enfants, en les éduquant à s’ouvrir à Dieu qui est la source même de la vie.
 
Le récit évangélique qui raconte, dans saint Luc, ce qui fut vécu par cette famille lors de la présentation de l’enfant au temple, se termine par ces mots : « Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. »  (vv. 39-40)  
 
Le pape commente : « Une des grandes joies de la famille est la croissance des enfants. Ils sont destinés à se développer et à se fortifier, à acquérir la sagesse et à accueillir la grâce de Dieu, comme cela est arrivé à Jésus. Il est vraiment l’un de nous : le Fils de Dieu se fait enfant, il accepte de grandir, de se fortifier, il est plein de sagesse et la grâce de Dieu est sur Lui. Marie et Joseph ont la joie de voir tout cela dans leur enfant; et c’est la mission vers laquelle est orientée la famille : créer les conditions favorables pour la croissance harmonieuse et complète des enfants, afin qu’ils puissent vivre une vie bonne, digne de Dieu et constructive pour le monde. »
 
N’est-il pas souhaitable que les parents, ensemble, réfléchissent à cette mission de leur famille et se demandent comment ils la remplissent? La méditation de la vie de la Sainte Famille à Nazareth devient alors pour eux un repère pour discerner la qualité de leur vie humaine et chrétienne en famille.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(41e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 11 mai 2018

Présence paternelle

On connaît le grand succès du livre de Guy Corneau, Père manquant, fils manqué. Cet écrit a marqué son époque. Certes, il date et sans doute que les pères ont quelque peu changé depuis. Mais le rôle du père dans la famille est toujours débattu. Il est toujours opportun d’y réfléchir et de discerner ce qui est vécu.
 
C’est ce que fait le pape François dans son document intitulé La joie de l’amour. (par. 175-177)
 
La mère protège l’enfant avec affection, lui aide à grandir dans la confiance, à développer son auto-estime et sa capacité d’intimité et d’empathie. Le père, pour sa part, « aide à percevoir les limites de la réalité, et se caractérise plus par l’orientation, par la sortie vers le monde plus vaste et comportant des défis, par l’invitation à l’effort et à la lutte. » La présence de la mère et du père « crée l’atmosphère la plus propice pour la maturation de l’enfant. »
 
Dans la société occidentale en particulier, on a cherché à éliminer le père autoritaire, le père représentant d’une loi qui s’impose de l’extérieur, le père censeur du bonheur de ses enfants et obstacle à l’émancipation, à l’autonomie des jeunes. Mais ne va-t-on pas à l’autre extrême maintenant? Sommes-nous devenons une société sans pères?
 
« Les pères sont parfois si concentrés sur eux-mêmes et sur leur propre travail et parfois sur leur propre réalisation individuelle qu’ils en oublient même la famille. Et ils laissent les enfants et les jeunes seuls. » La présence paternelle est aussi affectée par le temps consacré aux moyens de communication et à la technologie du divertissement. Ajoutons à cela le fait qu’aujourd’hui l’autorité est objet de soupçon. Les pères risquent alors de ne plus donner d’orientations sûres et bien fondées à leurs enfants. Ces derniers ont pourtant besoin de la présence aimante et ferme du père pour vivre leur processus de maturation.
 
Jaillissent alors des questions adressées aux pères. Jouent-ils avec leurs enfants? Ont-ils le courage et l’amour de perdre du temps avec leurs enfants? Dialoguent-ils avec eux? Donnent-ils à leurs enfants, à travers exemples et paroles, les principes, les valeurs, les règles de vie dont ils ont besoin?
 
« Il semble que les pères ne sachent pas bien quelle place occuper en famille et comment éduquer leurs enfants. Et alors, dans le doute, ils s’abstiennent, se retirent et négligent leurs responsabilités, en se réfugiant parfois dans un improbable rapport “d’égal à égal” avec leurs enfants. C’est vrai qu’il faut être “ami” de son enfant, mais sans oublier que l’on est le père! Si l’on se comporte seulement comme un ami qui est l’égal de l’enfant, cela ne fera pas de bien au jeune. »
 
Il n’est pas bon que les enfants soient sans parents, comme il y en a tellement aujourd’hui. Et pas seulement dans les pays ravagés par les guerres qui multiplient les orphelins!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(40e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 5 mai 2018

Présence maternelle

Les questions entourant la conciliation travail-famille sont cruciales de nos jours à tous les niveaux de notre société. Le ministère de la Famille du Québec a de gros dossiers à ce sujet. Les universités cherchent à développer divers chemins pour une telle conciliation. Les syndicats s’en préoccupent. Il est bien perçu qu’il s’agit là de questions cruciales pour le milieu du travail et de la famille, ainsi que pour l’équilibre des personnes, parents et enfants.
 
Quelques réflexions générales sur la présence maternelle dans la famille peuvent apporter un peu d’eau à ce moulin qui cherche à retisser nos relations humaines et notre avenir. Je retiens ce qu’en a dit le pape François dans une audience générale. Relevons d’abord ce qui est une évidence, mais qui peut être tellement négligé : « Chaque personne humaine doit la vie à une mère, et presque toujours, elle lui doit une grande partie de son existence successive, de sa formation humaine et spirituelle. » Il existe beaucoup de poésies sur la mère! Mais, elle « est peu écoutée et peu aidée dans la vie quotidienne, peu considérée dans son rôle central dans la société. Souvent, on profite même de la disponibilité des mères à se sacrifier pour les enfants pour “économiser” sur les dépenses sociales. »
 
C’est un appel à mieux écouter ces femmes : « Il faudrait comprendre davantage leur lutte quotidienne pour être efficaces au travail et attentives et affectueuses en famille; il faudrait mieux comprendre à quoi elles aspirent pour exprimer les fruits les meilleurs et les plus authentiques de leur émancipation. »
 
« Une société sans mères serait une société inhumaine, parce que les mères savent témoigner toujours, même dans les pires moments, de la tendresse, du dévouement, de la force morale. Les mères transmettent souvent également le sens le plus profond de la pratique religieuse. » Comme au temps de saint Paul, comme au temps du régime communiste en Russie, encore aujourd’hui ce sont souvent les mères et les grand-mères qui transmettent les valeurs fondamentales pour toute la vie des enfants.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(39e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 28 avril 2018

L’amour du père et de la mère

Lors d’une audience générale, le pape François a pris comme thème : les promesses que les parents font à leurs enfants en les faisant venir au monde. Pour leurs enfants, ce sont des promesses « décisives pour leurs attentes à l’égard de la vie, pour leur confiance à l’égard des êtres humains, pour leur capacité de concevoir le nom de Dieu comme une bénédiction. »
 
Il ajoutait : « Accueil et soin, proximité et attention, confiance et espérance, sont autant de promesses de base, qui peuvent se résumer en une seule : amour. » Mettre un enfant au monde, c’est lui promette un amour qui saura prendre soin et se dire par l’attention, la confiance, un accueil véritable.
 
Dans son magnifique texte sur La joie de l’amour (par. 172), le pape reprend : « Dès qu’ils naissent, les enfants commencent à recevoir en don, avec la nourriture et les soins, la confirmation des qualités spirituelles de l’amour. Les actes de l’amour passent à travers le don du nom personnel, la transmission du langage, les intentions des regards, les illuminations des sourires. Ils apprennent ainsi que la beauté du lien entre les êtres humains vise notre âme, recherche notre liberté, accepte la diversité de l’autre, le reconnaît et le respecte comme interlocuteur. » C’est cela, l’amour parental, étincelle de l’amour même de Dieu.
 
« Tout enfant a le droit de recevoir l’amour d’une mère et d’un père, tous deux nécessaires pour sa maturation intégrale et harmonieuse. » C’est là un besoin et un droit naturels. Père et mère, tous deux, ensemble, mais chacun à sa façon, contribuent à l'éducation des enfants et à leur sécurité. Tous deux, homme et femme, père et mère, sont « les coopérateurs de l’amour du Dieu Créateur et comme ses interprètes. » (par. 50.2) Ils sont pour leurs enfants le visage maternel et le visage paternel de Dieu le Père.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(38e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 21 avril 2018

Qu’est-ce qu’un enfant?

Le pape François a partagé, lors d’une audience générale, une réflexion stimulante sur ce que sont les enfants, quelle est leur importance dans la vie de la famille et de la société.
 
Il affirme qu’il y a « un lien étroit entre l’espérance d’un peuple et l’harmonie entre les générations. » La joie des enfants fait palpiter le cœur des parents, des grands-parents, et ouvre l’avenir de la famille et de la société. Les enfants « ne sont pas un problème de biologie reproductive, ni l’une des nombreuses façons de se réaliser. Ils ne sont pas davantage une possession des parents. Non. Les enfants sont un don, ils sont un cadeau. »
 
Chaque enfant est unique et irremplaçable. Et il est lié à ses racines. « Être fils et fille, en effet, selon le dessein de Dieu, signifie porter en soi la mémoire et l’espérance d’un amour qu’il a réalisé lui-même en allumant la vie d’un autre être humain, original et neuf. »
 
Le pape affirme avec force que chaque enfant est différent. Et il évoque un souvenir familial. « Je me souviens de ma maman qui disait de nous — nous étions cinq — : “Mais moi j’ai cinq enfants”. Quand on lui demandait : “Lequel préfères-tu?”, elle répondait : “J’ai cinq enfants, comme cinq doigts. [Le Pape montre les doigts de la main] Si on me frappe sur celui-là, ça me fait mal; si on me frappe sur cet autre-là, ça me fait mal. Ils me font mal tous les cinq. Ce sont tous mes enfants, mais ils sont tous différents comme les doigts d’une main”. Et c’est ainsi qu’est la famille! Les enfants sont différents, mais tous sont des enfants. »
 
Et il continue avec cette réflexion : « On aime un enfant parce qu’il est un enfant : non pas parce qu’il est beau, ou parce qu’il est comme ci ou comme ça; non, parce que c’est un enfant! Non pas parce qu’il pense comme moi, ou qu’il incarne mes désirs. Un enfant est un enfant : une vie générée par nous mais qui lui est destinée à lui, à son bien, au bien de la famille, de la société, de l’humanité entière. »
 
Un lien positif entre les générations est une garantie d’avenir et d’une histoire vraiment humaine. « Si une famille riche d’enfants est regardée comme si elle était un poids, il y a quelque chose qui ne va pas! » La génération des enfants doit être responsable. Mais avoir plus d’enfants ne peut pas automatiquement être vu comme un choix irresponsable. « La vie rajeunit et acquiert de l’énergie en se multipliant : elle s’enrichit, elle ne s’appauvrit pas! »
 
Et le pape résume sa vision de la vie humaine : « Il y a dans la multiplication des générations un mystère d’enrichissement de la vie de tous, qui vient de Dieu lui-même. » Et il termine : « Et je vous dis : comme il beau, lorsque je passe parmi vous, de voir les papas et les mamans qui portent leurs enfants afin qu’ils soient bénis; c’est un geste presque divin. Merci de le faire! »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(37e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 14 avril 2018

Poser des questions... pour devenir témoins

Luc 24,35-48
Dimanche 15 avril 2018
3e dimanche de Pâques
L’origine de l’univers, l’existence de Dieu
 
Le lundi de Pâques au soir, alors que nous étions à prendre le repas en famille, mes filles se sont misent à poser des questions sur l’origine de l’existence de Dieu et l’origine de l’univers. Des questions assez sérieuses pour le congé pascal. Nous avions possiblement mangé trop de chocolat!
 
En fait, les questions existentielles ne sont pas nouvelles et elles se posent pour chaque génération. C’est dans la nature humaine de se poser des questions. Les disciples et les Apôtres se posaient bien des questions au lendemain de la mort de Jésus et de sa disparition du tombeau. Ils ne croyaient pas ce que les femmes avaient vu en se rendant au tombeau et ce que les disciples avaient vécu sur le chemin d’Emmaüs. Oui, il est parfois difficile de croire.
 
L’évangile de ce dimanche nous raconte tous ce que Jésus a dû faire pour que les Apôtres en arrivent à le reconnaître et à le croire. « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi! Touchez-moi, regardez-moi : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. » Mais Jésus se fait rassurant et les invite à la confiance en leur rappelant les écritures et en leur donnant sans tarder une mission : « À vous d’en être les témoins ».
 
René Laprise
Diacre permanent
 
(Ce texte a d’abord été publié dans la chronique Échos de la Parole sur le site Internet de l'Office de catéchèse du Québec)

vendredi 13 avril 2018

Les finalistes dans la catégorie "livres religieux"

De tous les livres reçus par Communications et Société suite à l'appel lancé auprès des éditeurs, cinq finalistes ont été retenus. Le Jury déterminera parmi ceux ci quel sera le récipiendaire du Prix littéraire de Communications et Société dans la catégorie "livre religieux". Mon récent livre Il nous aima jusqu'au bout, paru chez Médiaspaul, est l'un des cinq finalistes. Je tiens à remercier Communications et Société pour cette marque de reconnaissance.

samedi 7 avril 2018

Le nombre d’enfants pour un couple?

Nous vivons dans une société qui entretient une mentalité antinataliste. Le taux de natalité se situe bien en deçà du taux de remplacement. Ce qui risque de conduire non seulement à un appauvrissement économique, mais à une perte d’espérance et de confiance en l’avenir (par. 10).
 
Le pape François a rappelé les enseignements de Paul VI sur le don de la vie à des enfants. L'amour conjugal exige des époux une conscience de leur mission de « paternité responsable ». Une telle paternité implique « que les conjoints reconnaissent pleinement leurs devoirs envers Dieu, envers eux-mêmes, envers la famille et envers la société, dans une juste hiérarchie des valeurs. » (par. 10) Il faut toujours savoir respecter la dignité de la personne dans l’évaluation morale des méthodes de régulation des naissances. Et à la fin, la décision d’espacer les naissances sera le résultat « d’un dialogue consensuel entre les époux. » (par. 222)
 
Retenons cette conclusion du pape François : « Les familles nombreuses sont une joie pour l’Église. En elles, l’amour exprime sa généreuse fécondité. Ceci n’implique pas d’oublier la saine mise en garde de saint Jean-Paul II, lorsqu’il expliquait que la paternité responsable n’est pas une “procréation illimitée ou un manque de conscience de ce qui est engagé dans l'éducation des enfants, mais plutôt la possibilité donnée aux couples d'user de leur liberté inviolable de manière sage et responsable, en prenant en compte les réalités sociales et démographiques aussi bien que leur propre situation et leurs désirs légitimes”. » (par. 167)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(36e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 31 mars 2018

L’accueil d’une vie nouvelle

L’enfant « arrive comme un don de Dieu ». Ainsi parle le pape François (par. 166). Est reflétée dans la naissance de chaque enfant « la primauté de l’amour de Dieu » qui prend toujours l’initiative du don de la vie, don qui vient de son amour toujours prévenant. Car les enfants sont aimés et donnés, « avant d’avoir fait quoi que ce soit pour le mériter ». Ce qui est premier, c’est l’amour de Dieu qui y agit.
 
Pourtant, beaucoup d’enfants sont rejetés, abandonnés, mal accueillis. Les conséquences peuvent être très graves pour de tels enfants. Ils risquent de penser qu’ils ne devraient pas exister, qu’ils sont une erreur, qu’ils ne valent rien. Ils pourront se sentir abandonnés aux blessures infligées par les heurts et incompréhensions de la vie en société.
 
Que faut-il faire alors? « Si un enfant naît dans des circonstances non désirées, les parents ou d’autres membres de la famille doivent faire tout leur possible pour l’accepter comme un don de Dieu et pour assumer la responsabilité de l’accueillir avec sincérité et affection. » C’est certes là un chemin exigeant, mais tellement important pour l’avenir de cet enfant et plus tard de la société dans laquelle il vivra.
 
Le pape résume ce chemin : « Le don d’un nouvel enfant que le Seigneur confie à un papa et à une maman commence par l’accueil, continue par la protection tout au long de la vie terrestre et a pour destination finale la joie de la vie éternelle. Un regard serein vers l’ultime accomplissement de la personne humaine rendra les parents encore plus conscients du précieux don qui leur a été confié. »   
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(35e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 24 mars 2018

La famille œuvre au progrès de la société

La famille est le trésor le plus précieux de la société. « En effet, les familles ne sont pas des pièces de musée mais, à travers elles, se concrétise le don, dans l’engagement mutuel et dans l’ouverture généreuse aux enfants, comme dans le service à la société. Ainsi, les familles sont comme le levain qui aide à faire croître un monde plus humain, plus fraternel, où personne ne se sente refusé ni abandonné. » (Pape François)
 
La famille est à la base de la société : elle en est la cellule fondamentale. Et elle reste encore aujourd’hui la structure la plus adaptée pour soutenir et stimuler le développement intégral des personnes. Les membres de la famille, unis entre eux et engagés dans la société « sont des alliés du bien commun et de la paix. » (Pape François)
 
« La famille est la relation interpersonnelle par excellence dans la mesure où elle est une communion de personnes. Conjugalité, paternité, maternité, filiation et fraternité permettent que chaque personne soit introduite dans la famille humaine. La manière de vivre ces relations est dictée par la communion, moteur de la véritable humanisation et de l’évangélisation. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, on voit la nécessité d’une culture de la rencontre, où soient valorisées l’unité dans la différence, la réciprocité et la solidarité entre les générations. » Famille et société sont en interrelations dynamiques.
 
Et le pape interpelle : « Chères familles, vous avez beaucoup reçu de vos ancêtres. Ils sont la mémoire permanente qui doit nous pousser à mettre la sagesse du cœur et pas seulement la technique dans la création d’initiatives sur la famille et pour la famille. Ils sont la mémoire et les jeunes générations sont la responsabilité qui est devant vous. Avec cette sagesse, par exemple, votre service à l’égard du caractère sacré de la vie se concrétise dans l’alliance entre les générations; il se concrétise dans le service rendu à tous, spécialement les plus démunis, les porteurs de handicap, les orphelins; il se concrétise dans la solidarité avec les migrants; il se concrétise dans l’art patient d’éduquer qui voit chaque jeune comme un sujet digne de tout l’amour familial; il se concrétise dans le droit à la vie de l’enfant à naître qui n’a pas encore de voix; il se concrétise dans des conditions de vie dignes pour les personnes âgées. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(34e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 16 mars 2018

Le chemin de la tendresse

Le pape François répondait à des questions lors d’un congrès des gens engagés à Rome dans la pastorale familiale. Une personne lui demande comment résoudre le grand problème créé ou exacerbé par notre culture : l’« individualisme pratique et avare ». Et cette personne suggère comme chemin : une révolution de la tendresse. Elle insiste : cette révolution est urgente aujourd’hui.
 
Le pape relève cette remarque. Il y reconnaît un mot-clé : la tendresse. « C’est la caresse de Dieu, la tendresse. » « Aujourd’hui, nous pouvons le dire : il manque la tendresse, il manque la tendresse. Caresser non seulement les enfants, les malades, caresser tout, les pécheurs... Et il y a de bons exemples de la tendresse... La tendresse est un langage qui vaut pour les plus petits, pour ceux qui n’ont rien : un enfant connaît son papa et sa maman par les caresses, ensuite par la voix, mais c’est toujours la tendresse. »
 
Et le pape explique : la tendresse, « c’est m’abaisser au niveau de l’autre. C’est le chemin qu’a suivi Jésus. Jésus n’a pas considéré le fait d’être Dieu comme un privilège : il s’est abaissé (cf. Ph 2, 6-7). Et il a parlé notre langue, il a parlé avec nos gestes. Et le chemin de Jésus est le chemin de la tendresse. Voilà : l’hédonisme, la peur de la liberté, tel est précisément l’individualisme contemporain. Il faut sortir par le chemin de la tendresse, de l’écoute, de l’accompagnement. » Ainsi, avec ce langage et avec cette attitude, « les familles grandissent : il y a la petite famille, ensuite la grande famille des amis ou de ceux qui viennent. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(33e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 10 mars 2018

Donner un visage aux questions sur la famille

Tel fut le thème développé par le pape François dans un discours donné devant les participants à un congrès dans son diocèse sur La joie de l’amour. Il a identifié trois clés qui sont apparues durant le chemin parcouru par le synode sur la famille pour parvenir à ce document, clés qui sont donc nécessaires pour bien le lire.
 
La première clé : il ne s’agissait pas d’analyser des documents, ni des thèmes, ni des arguments. « Nous avions devant nous les visages concrets de nombreuses familles », rappelle le pape. Il faut respecter et traiter avec soin chaque personne et chaque famille, quelle qu’elle soit. Donner un visage aux thèmes exige un climat de respect capable de nous aider à écouter ce que Dieu nous dit à l’intérieur de ces situations : un respect chargé de préoccupations et de questions honnêtes qui concernent le soin des vies qui sont devant nous. « Comme cela aide, de donner un visage aux thèmes! Et comme cela aide de s’apercevoir qu’il y a un visage derrière les documents, comme cela aide! Cela nous libère de la hâte en vue d’obtenir des conclusions bien formulées mais qui manquent très souvent de vie; cela nous libère des paroles abstraites, pour pouvoir nous approcher et nous engager à l’égard de personnes concrètes. » (Discours, par 1)
 
Et le pape ajoute : « Cela nous rappelle que nos familles, les familles dans nos paroisses avec leurs visages, leurs histoires, avec toutes leurs problématiques, ne sont pas un problème, elles sont une opportunité que Dieu place devant nous. Une opportunité qui nous exhorte à susciter une créativité missionnaire capable d’embrasser toutes les situations concrètes. »
 
La deuxième clé : « L’une des tentations à laquelle nous sommes constamment exposés est d’avoir une logique séparatiste. » (Discours, par 2) Il faut regarder nos familles avec la délicatesse avec laquelle Dieu les regarde. Le réalisme évangélique « ne s’arrête pas à la description des situations, des problématiques — encore moins du péché — mais qui va toujours au-delà et réussit à voir derrière chaque visage, chaque histoire, chaque situation, une opportunité, une possibilité. » Le pape ajoute : « Le réalisme évangélique se salit les mains parce qu’il sait que le “grain et l’ivraie” poussent ensemble et le meilleur grain — dans cette vie — sera toujours mélangé à un peu d’ivraie. » « Gardons-nous de mettre en œuvre une pastorale des ghettos et pour des ghettos. »
 
La troisième clé : la valeur du témoignage des « anciens ». « Dans les songes de nos anciens, se trouve bien souvent la possibilité que nos jeunes aient de nouvelles visions, aient de nouveau un avenir, aient un lendemain, aient une espérance. »  (Discours, par 3) « Ce sont deux réalités — les personnes âgées et les jeunes — qui vont ensemble et qui ont besoin l’une de l’autre et qui sont liées. […] Que c’est beau! Les grands-parents qui apportent un témoignage. »
 
Et le pape conclut en rappelant l’amour de Dieu pour chaque personne. « Et dans une telle confiance, dans une telle certitude, avec beaucoup d’humilité et de respect, nous voulons nous approcher de tous nos frères pour vivre la joie de l’amour en famille. » Renonçons aux « enclos » qui nous gardent à distance des drames humains. Acceptons d’entrer vraiment en contact avec la vie concrète des autres et de connaître la force de la tendresse.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(32e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 3 mars 2018

L’amour dans le vieux couple

L’espérance actuelle de vie fait que de plus en plus de couples âgés célèbrent 60 ou même 70 ans de mariage. Un tel allongement de la vie du couple exige bien des ajustements. Le pape Francois, dans La joie de l’amour, par 163, formule diverses remarques intéressantes à ce sujet. « Peut-être le conjoint n’est-il plus passionné par un désir sexuel intense qui le pousse vers l’autre personne, mais il sent le plaisir de l’appartenance mutuelle, de savoir qu’il n’est pas seul, qu’il a un ‘‘complice” qui connaît tout de sa vie et de son histoire et qui partage tout. C’est le compagnon sur le chemin de la vie avec lequel on peut affronter les difficultés et profiter des belles choses. Cela produit aussi une satisfaction qui accompagne la tendresse propre à l’amour conjugal. Nous ne pouvons pas nous promettre d’avoir les mêmes sentiments durant toute la vie. En revanche, oui, nous pouvons avoir un projet commun stable, nous engager à nous aimer et à vivre unis jusqu’à ce que la mort nous sépare, et à vivre toujours une riche intimité. L’amour que nous nous promettons dépasse toute émotion, tout sentiment et tout état d’âme, bien qu’il puisse les inclure. C’est une affection plus profonde, avec la décision du cœur qui engage toute l’existence. »
 
Le pape ajoute, par 164 : « Dans l’histoire d’un mariage, l’apparence physique change, mais ce n’est pas une raison pour que l’attraction amoureuse s’affaiblisse. On tombe amoureux d’une personne complète avec son identité propre, non pas seulement d’un corps, bien que ce corps, au-delà de l’usure du temps, ne cesse jamais d’exprimer de quelque manière cette identité personnelle qui a séduit le cœur. Quand les autres ne peuvent plus reconnaître la beauté de cette identité, le conjoint amoureux demeure capable de la percevoir par l’instinct de l’amour, et l’affection ne disparaît pas. Il réaffirme sa décision d’appartenir à cette personne, la choisit de nouveau, et il exprime ce choix dans une proximité fidèle et pleine de tendresse. »  Le lien conjugal peut alors continuer à se développer, se construire jour après jour. »
 
Pour vivre cela, il faut crier vers l’Esprit Saint, lui demander qu’il vienne répande son feu sur cet amour, pour le consolider et l’ajuster à chaque nouvelle situation.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(31e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 24 février 2018

Sexualité et érotisme au service de l’union du couple

Il existe certaines pathologies qui peuvent affecter gravement la sexualité et son sens humain. Telle est la satisfaction égoïste des désirs et des instincts; ou encore la réduction de l’autre à une chose qu’on utilise et qu’on jette. « Le corps de l’autre est fréquemment manipulé comme une chose que l’on garde tant qu’il offre de la satisfaction, et il est déprécié quand il perd son attrait. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 153) De telles déviations du sens de la sexualité donnent comme résultat diverses formes d’abus, de perversion et de violence sexuelle. De telles attitudes ou comportement tuent la dignité de l’autre.
 
De telles manipulations peuvent aussi se produire dans le mariage. Quelles en sont les conséquences? L’acte conjugal imposé au conjoint n’est pas alors un véritable acte d’amour. Il ruine les justes rapports entre les époux. Car les relations sexuelles dans le couple doivent être vécues dans un commun accord et donc dans un dialogue respectueux.
 
S’il doit être clair que toute forme de soumission sexuelle doit être rejetée, il faut aussi affirmer nettement que « le rejet des déviations de la sexualité et de l’érotisme ne devrait jamais nous conduire à les déprécier ni à les négliger. L’idéal du couple ne peut pas se définir seulement comme une donation généreuse et sacrifiée, où chacun renonce à tout besoin personnel et se préoccupe seulement de faire du bien à l’autre sans aucune satisfaction. Rappelons qu’un véritable amour sait aussi recevoir de l’autre, qu’il est capable de s’accepter comme vulnérable et ayant des besoins, qu’il ne renonce pas à accueillir avec sincérité et joyeuse gratitude les expressions corporelles de l’amour à travers la caresse, l’étreinte, le baiser et l’union sexuelle. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 157) Chaque conjoint doit et donner à l’autre et recevoir de l’autre.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(30e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 16 février 2018

L’amour érotique dans le mariage

Désirs, sentiments et émotions ont une grande place dans le mariage. Ils ne sont pas bons ou mauvais en eux-mêmes. Tout dépend de ce que nous en faisons, comment nous les orientons, quels sont les actes qui en découlent. Certaines émotions sont entretenues pour faire du bien à l’autre. Mais nos sentiments et désirs peuvent aussi être voulus pour lui faire du mal. La source du bien ou du mal, pour nos sentiments, passions, émotions se trouve dans la qualité de l’amour qui est dans notre cœur et dans la maîtrise de soi qu’on a développé.
 
Le pape François dans son grand texte sur La joie de l’amour affirme : « L’amour matrimonial conduit à ce que toute la vie émotionnelle devienne un bien pour la famille et soit au service de la vie commune. Une famille arrive à maturité quand la vie émotionnelle de ses membres se transforme en une sensibilité qui ne domine ni n’obscurcit les grandes options et les valeurs, mais plutôt qui respecte la liberté de chacun, jaillit d’elle, l’enrichit, l’embellit et la rend plus harmonieuse pour le bien de tous. »
 
L’érotisme a sa place dans cet amour. Mais, pour éviter sa divinisation qui serait une déformation destructrice qui le priverait de sa dignité et le déshumanise, il faut une éducation de l’émotivité et de l’instinct. On peut alors « réaliser un beau parcours avec les passions, ce qui signifie les orienter toujours davantage dans un projet de don de soi et d’épanouissement personnel intégral qui enrichisse les relations entre les membres de la famille. Cela n’implique pas de renoncer à des moments de bonheur intense, mais de les assumer comme entrelacés avec d’autres moments de don généreux, d’attente patiente, de fatigue inévitable, d’effort pour un idéal. La vie en famille est tout cela et mérite d’être vécue entièrement. » (Pape François, La joie de l’amour)
 
Dieu nous a créés capable de jouissance et veut que nous épanouissions toutes les possibilités qu’il nous a données. Il nous veut heureux, il veut que nous laissions jaillir la joie face à la tendresse de l’autre. Mais il ne faut pas limiter notre amour à sa dimension érotique. Il faut savoir que le plaisir peut trouver d’autres formes d’expression dans les différents moments de la vie.
 
Il importe de ne pas réduire la sexualité à un moyen de satisfaction ou à un divertissement. Elle est un langage, une relation avec une autre personne qui doit être prise au sérieux et respectée. La sexualité « est non seulement une source de fécondité et de procréation », mais elle comprend « la capacité d’exprimer l’amour : cet amour dans lequel précisément l’homme-personne devient don. » (Jean-Paul II) Aussi, « l’érotisme le plus sain, même s’il est lié à une recherche du plaisir, suppose l’émerveillement, et pour cette raison il peut humaniser les pulsions. » (Pape François)
 
En somme, la dimension érotique de l’amour est un don de Dieu qui embellit la rencontre des époux, enrichit la vie du couple et de la famille, rend capable du don de soi dans la joie de l’amour.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(29e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 10 février 2018

Qui est le lépreux?

L’histoire du lépreux qui rencontre Jésus est une image forte de la grande compassion du Christ envers les personnes blessées et marginalisées, spécialement en cette Journée mondiale du malade. Alors que la société mettait à l’écart le lépreux, Jésus se fait accueillant, lui touche et le purifie. L’Église doit être comme un hôpital de campagne répète souvent le pape François.  
 
Aujourd’hui, qui est le lépreux de notre époque? Ne serait-il pas dans l’itinérant rencontré dans une station de métro ou sur la rue? Ne serait-il pas dans cette personne âgée malade et seule, ou encore dans ce jeune dont la vie est sans espoir? Ne serait-il pas dans ce réfugié qui tente de fuir la guerre à la recherche d’un monde meilleur pour lui et les siens? Sous le regard du lépreux d’hier et d’aujourd’hui se cache le regard d’un enfant aimé de Dieu qui est unique. Sa dignité est plus forte que la maladie ou son état de vie.
 
Si Jésus nous invite à dépasser nos peurs et nos préjugés, son message est également une invitation à la compassion pour les personnes fragilisées de notre monde, pas uniquement de notre communauté locale, mais du grand village planétaire. L’accueil du lépreux d’aujourd’hui est un témoignage réel de l’action de l’amour du Christ pour notre humanité. 
 
René Laprise
Diacre permanent

(Ce texte a été publié dans la chronique Échos de la Parole de l'Office de catéchèse du Québec)

samedi 3 février 2018

Un dialogue qui valorise et construit

« Le dialogue est une manière privilégiée et indispensable de vivre, d’exprimer et de faire mûrir l’amour, dans la vie matrimoniale et familiale. » C’est par cette affirmation que le pape François  (La joie de l’amour) commence un long développement sur le dialogue, sa signification, son importance, sa capacité d’humaniser les relations humaines, de dépasser les incompréhensions, de guérir les blessures, de réchauffer l’amour, de retisser une communion qui s’effrite.
 
Le dialogue crée des ponts, abat des murs, brise l’isolement, ouvre au monde de l’autre, transforme et purifie le cœur.
 
Le dialogue implique une écoute mutuelle qui permet à chacun de s’exprimer, de s’expliquer dans un climat de douceur, d’écoute, de confiance.
 
Une condition fondamentale du dialogue est de ne pas entretenir la volonté d’imposer à tout prix son point de vue. Cette ouverture permet une réelle écoute de l’autre, sans l’interrompre. Il faut permettre à l’autre de finir ce qu’il a à dire. Agir autrement est non seulement un manque de respect, mais une agression. Le dialogue exige qu’on accorde une réelle importance à l’autre.
 
Le dialogue exige que chacun apprenne à s’exprimer sans blesser. Il faut surveiller quel langage on emploie et comment, avec quels accents ou gestes on s’exprime. Il est essentiel d’éviter un langage qui agresse, ironise, culpabilise, humilie.
 
« N’oubliez pas : dialoguer signifie écouter ce que me dit l’autre et dire avec douceur ce que je pense. Si les choses se déroulent ainsi, la famille, le quartier, le lieu de travail seront meilleurs. Mais si je ne laisse pas l’autre dire tout ce qu’il a sur le cœur et que je commence à hurler — aujourd’hui on hurle beaucoup — cette relation entre nous ne se terminera pas bien; la relation entre mari et femme, entre parents et enfants ne se terminera pas bien. Écouter, expliquer, avec douceur, ne pas crier contre l’autre, ne pas hurler, mais avoir un cœur ouvert. »  (Pape François, Audience jubilaire)
 
L’amour libère de la peur de l’autre et surpasse les pires barrières. Il ouvre le cœur par l’humilité. Il guérit les blessures par la douceur. Il ouvre les oreilles et rend disponible pour accueillir l’autre, pour comprendre ses sentiments. Il purifie la bouche pour se dire avec confiance et paix dans le cœur. Il change le regard et fait voir les beautés invisibles au-dessous des apparences choquantes ou changeantes. Il fait toujours espérer et croire que l’autre peut changer, mais aussi que moi-même je peux m’améliorer. En somme, l’amour assure qu’il y a un avenir, quoi qu’il arrive.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(28e texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 28 janvier 2018

Trois clés qui ouvrent les cœurs

Il s’agit de trois paroles indispensables dans la vie quotidienne, qui mettent du baume dans les relations entre époux et dans la famille. Elles disent et mettent en acte la tendresse et l’affection de l’amour dans ses diverses dimensions.
 
Première clé : « S’il te plaît », ou encore : « Est-ce que ça te plaît que je fasse cela? » Il s’agit de demander la permission avec simplicité et vérité. Ainsi, on refuse d’être envahissant, d’imposer, sans aucune consultation ou écoute, ses propres choix, préférences, projets. C’est une question de courtoisie, de respect, de politesse. Sans ce baume, le miel de l’amour risque de tourner au vinaigre.
 
Deuxième clé : « Merci ». Employer ce langage, c’est reconnaître l’amour de l’autre, son accueil, sa bienveillance. C’est une parole de gratitude pour sa bonté, sa patience, sa fidèle présence, sa compréhension, et encore pour tout ce que l’autre apporte au couple et à la famille. Sans cette délicatesse, l’amour devient hautain, hargneux même.
 
Troisième clé : « Excuse-moi ». Il faut savoir se pardonner dans le couple ou en famille. Car nous avons des défauts. Et nous faisons des choses qui ne sont pas bonnes, qui font mal aux autres. Il arrive même qu’on se dise des paroles violentes, agressives, désagréables et qui blessent. « Êtes-vous en colère? Ne péchez pas; que le soleil ne se couche pas sur votre ressentiment. » (Éph 4, 26) La science donne raison à s. Paul! Il est donc très important de ne pas finir la journée sans faire la paix. Ce n’est pas nécessairement une parole. Ça peut être un geste qui parle au cœur de l’autre. C’est là dans le couple et la famille une source importante de joie.
 
Certains silences, entre mari et femme, entre parents et enfants, entre frères et sœurs peuvent devenir très pénibles et même destructeurs. Au contraire, ces trois clés, pratiquées régulièrement, protègent et alimentent l’amour.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(27e texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 21 janvier 2018

Pourquoi se marier?

Se marier, c’est donner à son amour une expression visible, sociale. L’engagement dans le sacrement de mariage peut à première vue sembler être une simple et en somme négligeable façon d’institutionnaliser un fait. Et ne serait-ce pas là risquer de compromettre l’amour conjugal qui existe déjà?
 
L’amour conjugal porte pourtant en lui un désir, j’oserais dire un instinct, de durer par-delà, les difficultés et souffrances qu’il peut impliquer. C’est là un grand défi. Et alors, le couple qui s’est uni en public, devant les proches et devant la société, trouvera « dans cette institution la manière d’orienter sa stabilité et sa croissance réelle et concrète. » L’amour ne se réduit pas à un consentement externe, ou à un contrat matrimonial. Mais cet engagement visible devant la famille et la société a son importance. Il montre le sérieux de l’attachement à l’autre et exprime la ferme décision de s’appartenir l’un à l’autre.
 
« Le mariage, en tant qu’institution sociale, est une protection et le fondement de l’engagement mutuel, de la maturation de l’amour, afin que l’option pour l’autre grandisse en solidité, dans le concret et en profondeur, et pour qu’il puisse, en retour, accomplir sa mission dans la société. C’est pourquoi le mariage va au-delà de toutes les modes passagères et perdure. Son essence est enracinée dans la nature même de la personne humaine et de son caractère social. Il implique une série d’obligations, mais qui jaillissent de l’amour même, un amour si déterminé et si généreux qu’il est capable de risquer l’avenir. »
 
S’engager l’un envers l’autre en public, sans réserve et sans restriction, assure aussi l’autre conjoint « qu’il pourra toujours avoir confiance, qu’il ne sera pas abandonné quand il perdra son attrait, quand il aura des difficultés. »
 
J’ai souvent l’occasion de participer à des célébrations de 50e, de 60e, même parfois de 70e anniversaire de mariage. Le témoignage de ces couples chante dans ces fêtes amicales et familiales le désir profond du cœur humain : vieillir avec toi.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(26e texte d’une série sur La joie de l’amour)

lundi 15 janvier 2018

La joie de l’amour dans le mariage

Il ne faut pas confondre la recherche obsessionnelle du plaisir et la joie véritable dans le mariage. Cette dernière « élargit la capacité de jouir et nous permet de trouver du plaisir dans des réalités variées, même aux étapes de la vie où le plaisir s’éteint. » Cette joie peut être vécue même dans la douleur. Elle implique « d’accepter que le mariage soit un mélange nécessaire de satisfactions et d’efforts, de tensions et de repos, de souffrances et de libérations, de satisfactions et de recherches, d’ennuis et de plaisirs. » Ce qui importe alors est de toujours tendre à développer cette amitié qui fait qu’on prend alors soin l’un de l’autre. Les époux qui vivent avec cœur leur amour s’entraident dans les joies et les peines de la vie quotidienne.
 
Pour parvenir à se soutenir ainsi mutuellement, ils doivent être attentifs à la beauté, à la valeur unique de l’autre. L’amour conjugal fait qu’on ne se concentre pas seulement sur les attraits physiques ou psychologiques du conjoint ou de la conjointe. Les époux savent rejeter la tentation cachée dans la société de consommation qui est la nôtre, qui nous pousse à posséder l’autre. C’est là une attitude contraire à la tendresse. Car cette dernière « conduit à vibrer face à une personne avec un immense respect et avec une certaine peur de lui faire du tort ou de la priver de sa liberté. L’amour de l’autre implique ce goût de contempler et de valoriser le beau et la sacralité de son être personnel, qui existe au-delà de mes nécessités. » Ce qui compte alors, c’est de chercher le bien de l’autre, quelle que soit sa situation physique ou psychologique. 
 
L‘amour ouvre les yeux et fait voir la beauté secrète de l’autre. L’amour conjugal est alors joie, même au cœur des épreuves et de la souffrance. L’amour est alors même plus fort que la mort!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(25e texte d’une série sur La joie de l’amour)