samedi 9 décembre 2017

Pour ce Noël 2017

Tant de femmes crient les violences et viols qui leur sont infligées.
Tant de couples vivent dans la souffrance leurs amours qui s’éteignent.
Tant d’enfants ont faim, même dans notre société d’abondance et de gaspillage.
Tant de jeunes camouflent leurs angoisses et sentent mourir leur goût de vivre.
Tant de vieillards ne sont pas respectés et ne sentent pas leur sagesse reconnue.
Tant de réfugiés sollicitent un accueil, un refuge, une main tendue, une amitié.
 
Voilà Jésus parmi nous en 2017,
dans la pauvreté et l’humiliation de
la crèche!

Il pose son regard sur moi et me demande : 
Veux-tu me regarder?
Veux-tu faire un pas vers moi?
Veux-tu m’ouvrir ta main?
Veux-tu me manifester un peu de tendresse et d’amour?
Veux-tu m’accueillir avec un cœur généreux?
 
Que sera pour nous ce Noël 2017?
 
Puissent les anges chanter en nos cœurs : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
 
Voilà mon souhait pour nous toutes et tous.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 2 décembre 2017

L’amour fait confiance en tout

Quand deux personnes s’aiment, elles se font confiance. Un tel préjugé favorable envers l’autre élimine les tendances facilement ancrées dans le cœur humain d’interpréter tout en mal, de soupçonner l’autre de me mentir ou de me tromper, de développer de la méfiance qui empoisonne les relations humaines.
 
Aimer une personne, c’est lui faire crédit, ne pas suspecter ses intentions ou sa conduite. Une sourde méfiance entretenue envers l’autre, que ce soit le conjoint ou un enfant, détruit la communauté familiale. Ça infecte les relations quotidiennes et conduit souvent à des situations catastrophiques. Sans confiance mutuelle, que peut-on bâtir ensemble? Ce qui est vrai d’ailleurs dans toute communauté humaine.
 
« L’amour fait confiance, il préserve la liberté, il renonce à tout contrôler, à posséder, à dominer. Cette liberté qui rend possibles des espaces d’autonomie, d’ouverture au monde et de nouvelles expériences, permet que la relation s’enrichisse. »
 
Cette même relation amoureuse (amour conjugal, ou parental, ou familial) « favorise la sincérité et la transparence, car lorsque quelqu’un sait que les autres ont confiance en lui et valorisent la bonté fondamentale de son être, il se montre alors tel qu’il est, sans rien cacher. Celui qui sait qu’on se méfie toujours de lui, qu’on le juge sans compassion, qu’on ne l’aime pas de manière inconditionnelle, préférera garder ses secrets, cacher ses chutes et ses faiblesses, feindre ce qu’il n’est pas. En revanche, une famille où règne fondamentalement une confiance affectueuse, et où on se refait toujours confiance malgré tout, permet le jaillissement de la véritable identité de ses membres et fait que, spontanément, on rejette la tromperie, la fausseté ou le mensonge. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 115)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(21e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 25 novembre 2017

L’amour excuse tout

La vie conjugale et familiale, comme toute vie en communauté, a besoin d’une grande force pour faire face à tout ce qui menacer la qualité de son vivre-ensemble. Un de ces dynamismes, c’est la capacité de développer une activité miséricordieuse et pacifique face à l’autre.
 
C’est ce que fait la personne qui sait excuser l’autre, le supporter, le couvrir, dissimuler ses défauts. Un tel amour est le fruit d’une loyauté fidèle. Un proverbe juif affirme qu’aimer « rend l’œil aveugle et l’oreille sourde. »
 
Ainsi la personne qui aime ne cherche pas à divulguer ce qui lui semble faible, ou blessé, ou incorrect dans l’autre. Elle tient cachées ces limites inhérentes à toute relation humaine et ainsi protège l’autre contre les attaques, les malveillances.
 
La personne qui aime et sait excuser garde le silence sur le mal qu’il peut y avoir dans une autre personne. Cela implique de limiter son jugement, de contenir le penchant à lancer une condamnation dure et implacable. C’est le chemin tracé par Jésus qui ordonne à ses disciples : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. » (Luc 6, 37) Et vaut dans tout couple, toute famille, la recommandation : « Ne médisez pas les uns des autres. » (Lettre de Jacques 4, 11)
 
« Les époux, qui s’aiment et s’appartiennent, parlent en bien l’un de l’autre, ils essayent de montrer le bon côté du conjoint au-delà de ses faiblesses et de ses erreurs. En tout cas, ils gardent le silence pour ne pas nuire à son image. […] Ces défauts ne sont qu’une partie, non la totalité, de l’être de l’autre. Un fait désagréable dans la relation n’est pas la totalité de cette relation. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 113)
 
« L’autre n’est pas seulement ce qui me dérange. Il est beaucoup plus que cela. Pour la même raison, je n’exige pas que son amour soit parfait pour l’apprécier. Il m’aime comme il est et comme il peut, avec ses limites, mais que son amour soit imparfait ne signifie pas qu’il est faux ou qu’il n’est pas réel. Il est réel, mais limité et terrestre. C’est pourquoi, si je lui en demande trop, il me le fera savoir d’une manière ou d’une autre, puisqu’il ne pourra accepter ni de jouer le rôle d’un être divin, ni d’être au service de toutes mes nécessités. L’amour cohabite avec l’imperfection, il l’excuse, et il sait garder le silence devant les limites de l’être aimé. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(20e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 18 novembre 2017

L’amour se réjouit avec les autres

La personne qui aime s’afflige du malheur de son conjoint, de ses enfants, au lieu de s’en réjouir méchamment. Et il partage son bonheur, sa fierté quand leur arrive du bien.
 
Cette joie, si elle est authentique, doit être à la fois intime et manifestée. Il s’agit de prendre part activement et avec allégresse à la joie de l’autre, au bien qui est en lui ou en elle. Comment la manifester? Par des félicitations; des applaudissements; ou encore en témoignant son accord et louant la personne qui reçoit, possède, vit de belles choses qui mettent de la lumière dans sa vie.
 
Se réjouir du bien de l’autre, c’est reconnaître sa dignité, valoriser ses capacités, ses belles œuvres, ses talents, son grand cœur. Pour y parvenir, il faut ne pas entretenir en soi le réflexe de toujours se comparer, ne pas développer un complexe de compétition, même avec le conjoint, au point de se réjouir secrètement de ses échecs.
 
« Si nous n’alimentons pas notre capacité de nous réjouir du bien de l’autre, et surtout si nous nous concentrons sur nos propres besoins, nous nous condamnons à vivre avec peu de joie, puisque, comme l’a dit Jésus : “Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir” (Actes des Apôtres 20,35). La famille doit toujours être un lieu où celui qui obtient quelque chose de bon dans la vie, sait qu’on le fêtera avec lui. » (Pape François , La joie de l’amour, par. 119-110)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(19e texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 12 novembre 2017

L’amour pardonne

Aimer, c’est ne pas être rancunier. Ce qui exige un cœur simple qui refuse l’aigreur et pousse à toujours reprendre des relations confiantes avec les autres, quoi qu’il arrive. Au contraire, les mauvais sentiments entretenus finissent par pénétrer les entrailles et gâcher la vie de relations avec les autres. On prend note du mal qui nous est fait, on le comptabilise, on le rumine.
 
« Généralement la tendance, c’est de chercher toujours plus de fautes, d’imaginer toujours plus de méchanceté, de supposer toutes sortes de mauvaises intentions, de sorte que la rancœur s’accroît progressivement et s’enracine. De cette manière, toute erreur ou chute du conjoint peut porter atteinte au lien amoureux et à la stabilité de la famille. Le problème est que parfois on donne la même gravité à tout, avec le risque de devenir impitoyable devant toute erreur de l’autre. La juste revendication de ses propres droits devient une soif de vengeance persistante et constante plus qu’une saine défense de la dignité personnelle. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 105)
 
Le contraire de la rancune, c’est le pardon, qui conduit à ne pas enregistrer le mal qu’on nous fait. L’amour oublie au fur et à mesure ce qui blesse. Le cœur est alors libéré des tentations de concevoir toutes sortes de machinations, de complot pour se venger. Voilà le cœur libre pour aimer vraiment! Pardonner, c’est essayer de comprendre la faiblesse d’autrui et chercher à trouver des excuses à l’autre personne. Le modèle est Jésus en croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu'ils font. » (Luc 23, 34)
 
Pour y suivre Jésus sont exigées une ouverture du cœur, de la tolérance, une recherche incessante de réconciliation. « Aucune famille n'ignore combien l'égoïsme, les dissensions, les tensions, les conflits font violence à la communion familiale et peuvent même parfois l'anéantir : c'est là que trouvent leur origine les multiples et diverses formes de division dans la vie familiale. » (Pape François)
 
Pour parvenir à pardonner dans le couple ou la famille, il faut d’abord en venir à nous pardonner nous-mêmes. « Il faut prier avec sa propre histoire, s’accepter soi-même, savoir cohabiter avec ses propres limites, y compris se pardonner, pour pouvoir avoir cette même attitude envers les autres. »
 
Cela suppose aussi l’expérience d’être pardonné par Dieu, qui donne toujours une nouvelle chance, promeut et stimule. « Si nous acceptons que l’amour de Dieu est inconditionnel, que la tendresse du Père n’est ni à acheter ni à payer, alors nous pourrons aimer par-dessus tout, pardonner aux autres, même quand ils ont été injustes contre nous. Autrement, notre vie en famille cessera d’être un lieu de compréhension, d’accompagnement et de stimulation; et elle sera un espace de tension permanente et de châtiment mutuel. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(18e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 4 novembre 2017

L’amour n’est pas chicanier

La personne qui aime en vérité est bâtisseuse de paix, de vie harmonieuse dans le couple, la famille, la communauté. Ce qui exige de savoir contrôler ses humeurs et de garder la mesure. Car mille détails peuvent nous irriter, nous rendre acides, aiguisés, pointus. Tant de choses de la vie quotidienne avec les autres nous excitent, nous provoquent, même parfois nous exaspèrent! Sans un amour fort, la fièvre monte, une violence intérieure se déchaîne, l’animosité s’exacerbe. Ce qui peut conduire à des désastres dans la communauté, qu’elle soit petite ou grande.
 
Le pape François analyse cette attitude en notant qu’il s’agit d’une « action intérieure d’indignation provoquée par quelque chose d’extérieur. Il s’agit d’une violence interne, d’une irritation dissimulée qui nous met sur la défensive devant les autres, comme s’ils étaient des ennemis gênants qu’il faut éviter. Alimenter cette agressivité intime ne sert à rien. Cela ne fait que nous rendre malades et finit par nous isoler. L’indignation est saine lorsqu’elle nous porte à réagir devant une grave injustice, mais elle est nuisible quand elle tend à imprégner toutes nos attitudes devant les autres. » (La joie de l’amour, par. 103)
 
Sentir la force de l’agressivité qui jaillit de nos entrailles est une chose, la laisser devenir explosion de colère en est une autre. Elle devient alors une source de querelles, de chicanes, de destruction autour de nous. Il faut y reconnaître une grande tentation, contre laquelle s. Paul nous met en garde encore aujourd’hui. « Si vous êtes en colère, ne tombez pas dans le péché; que le soleil ne se couche pas sur votre colère. » (Éphésiens 4,26)
 
Aussi faut-il ne jamais terminer la journée sans faire la paix en famille. « Et comment dois-je faire la paix? Me mettre à genoux? Non! Seulement un petit geste, une petite chose et l’harmonie familiale revient. Une caresse suffit, sans [rien dire]. Mais ne jamais finir la journée sans faire la paix ». (Pape François)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(17e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 28 octobre 2017

L’amour n’est pas égoïste

On connait la célèbre prière pour la paix attribuée à François d’Assise. Elle enseigne qu’un amour qui n’est pas égoïsme, mais détachement de soi, bâtit la paix dans le couple, la famille, la communauté.
 
« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
là où est la haine, que je mette l'amour.
Là où est l'offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l'union. […]
 
O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler, à être compris qu'à comprendre, à être aimé qu'à aimer.
 
Car c'est en se donnant qu'on reçoit, c'est en s'oubliant qu'on se retrouve, c'est en pardonnant qu'on est pardonné, c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie. »
 
S. Paul enseignait à ses communautés : « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts; pensez aussi à ceux des autres. » (Philippiens 2, 4)
 
Plutôt chercher à aimer qu’à être aimé! Car il y a une radicale opposition entre l’amour qui est oubli de soi et l’égoïsme qui est centrement sur son « moi ». Aimer consiste à chercher le bien de l’autre, le bien commun du couple, de la famille.
 
Ces affirmations mettent en question l’affirmation sans cesse répétée : « Pour aimer les autres, il faut premièrement s’aimer soi-même. » Le pape François en conclut : « Il ne faut pas donner priorité à l’amour de soi-même comme s’il était plus noble que le don de soi aux autres. Une certaine priorité de l’amour de soi-même peut se comprendre seulement comme une condition psychologique, en tant que celui qui est incapable de s’aimer soi-même rencontre des difficultés pour aimer les autres. »
 
Aimer ainsi est possible. Jésus a suivi ce chemin, jusqu’au don de sa vie : ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. (cf. Jean 13, 1) C’est en le regardant vivre et mourir que nous apprenons à aimer!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(16e texte d’une série sur La joie de l’amour)

jeudi 19 octobre 2017

L’amour est aimable

Aimer, c’est être aimable. La personne qui aime évite ce qui est choquant, les propos qui blessent, le manque de tact ou d’égard dans le couple, dans la famille, dans la communauté. Grossièreté, indécence sont évitées. Au contraire, cette personne cultive la délicatesse, la politesse. C’est une forme de respect de la liberté des autres et une façon de reconnaître et d’honorer leur dignité. Nous sommes au cœur de toute vie en commun.
 
Le pape François commente (dans La joie de l’amour, par. 99-100) : « L’amour n’œuvre pas avec rudesse, il n’agit pas de manière discourtoise, il n’est pas dur dans les relations. Ses manières, ses mots, ses gestes sont agréables et non pas rugueux ni rigides. Il déteste faire souffrir les autres. » La personne qui aime est courtoise. Elle pare les relations de délicatesse et de gratuité.
 
Un regard aimable sur l’autre nous permet de ne pas trop nous arrêter sur ses limites. Nous pouvons alors l’accepter et nous unir dans un projet commun, bien que nous soyons différents. L’amour aimable crée des liens, cultive des relations, crée de nouveaux réseaux d’intégration, construit une trame sociale solide. Il se protège ainsi lui-même, puisque sans le sens d’appartenance on ne peut pas se donner longtemps aux autres; chacun finit par chercher seulement ce qui lui convient et la cohabitation devient impossible. Une personne antisociale croit que les autres existent pour satisfaire ses nécessités, et que lorsqu’ils le font, ils accomplissent seulement leur devoir. Il n’y a donc pas de place pour l’amabilité de l’amour et son langage. Celui qui aime est capable de dire des mots d’encouragement qui réconfortent, qui fortifient, qui consolent, qui stimulent. » (Pape François)
 
Être aimable n’est pas un style que le chrétien peut choisir ou rejeter. Tel fut Jésus. Il n’use pas de paroles qui humilient, qui attristent, qui irritent, qui dénigrent. « En famille il faut apprendre ce langage aimable de Jésus. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(15e texte d’une série sur La joie de l’amour)

jeudi 12 octobre 2017

L’amour ne se gonfle pas d’orgueil

Un amour humble, ouvert, simple est un bon ciment dans un couple et dans une famille. Il manifeste une douceur et une bonté de cœur envers les autres.
 
Au contraire, la personne qui s’enfle et se rengorge devant son conjoint ou ses enfants fait une œuvre destructrice, qui ébranle la maison qu’elle devrait construire.
 
L’amour vrai et solide se met avec respect au niveau de l’autre. Il est simple. Il rejette la vanité et tout ce qui porterait à se donner des airs importants. Sinon, cet amour devient désagréable : il repousse au lieu d’attirer.
 
Il s’agit donc de ne pas s’en faire accroire, de ne pas se remplir de vent, de ne pas se laisser aller à des enflures dans les relations matrimoniales et familiales, comme pour toutes les relations dans diverses communautés.
 
Le pape François (dans La joie de l’amour par. 97) a commenté : « L’amour n’est pas arrogant. » La personne qui aime vraiment ne se grandit pas devant les autres. « Certains se croient grands parce qu’ils sont plus instruits que les autres, et ils s’appliquent à être exigeants envers eux et à les contrôler; alors qu’en réalité ce qui nous grandit, c’est l’amour qui comprend, protège, sert de rempart au faible, qui nous rend grands. »
 
Les conseils de Paul au sujet des critères qui doivent guider dans le choix d’un responsable de communauté sont éclairants. Car les parents sont bien les responsables de cette première cellule d’Église qu’est la famille. Paul donc écrit :
 
« Le responsable doit être […] ni buveur ni brutal, mais bienveillant, ni querelleur ni cupide. […] Il ne doit pas être un nouveau converti; sinon, aveuglé par l’orgueil, il pourrait tomber sous la même condamnation que le diable. » (1Timothée 3, 2-6) Le diable, c’est celui qui divise, qui déchire, qui détruit, qui jette méfiance et haine partout où il agit.
 
Oui, qui aime ne doit pas s’en faire accroire ni s’enfler d’orgueil!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(14e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 7 octobre 2017

L’amour ne se vante pas

L’amour ne fanfaronne pas. Il ne manque pas de tact ni de mesure. Il élimine de la vie les paroles arrogantes, inconsidérées, qu’il s’agisse de frivolités ou d’insolence.
 
Le vantard est importun, offensant, outrancier. Il provoque le trouble. Son comportement est agressif. Ainsi, il détruit ce que l’amour doit construire dans le couple, la famille ou une communauté. Il rend toute coopération impossible avec l’autre, que ce soit le conjoint, un enfant, un voisin. La personne qui passe son temps à dire : « C’est moi qui… », est un casse-pieds. Tout ce qui est bluff et goût de paraître est un obstacle à l’amour vrai.
 
Le pape François note qu’il s’agit de « la gloriole, le désir de se montrer supérieur pour impressionner les autres par une attitude pédante et quelque peu agressive. Celui qui aime, non seulement évite de parler trop de lui-même, mais en plus parce qu’il est centré sur les autres, il sait se mettre à sa place sans prétendre être au centre. » (La joie de l’amour, par. 97)
 
Ce chemin qui permet à l’amour de bâtir couple, famille, communauté, nous est admirablement tracé par s. Paul : « S’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage avec amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la compassion, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres. Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (aux Philippiens, 2,1-5)
 
Le modèle de l’amour et de l’humilité est bien le Jésus que nous le présentent les évangiles.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(13e texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 1 octobre 2017

Invitation pour le lancement de mon livre

C’est avec joie que je vous invite au lancement de mon livre, dont le titre est : Il nous aima jusqu’au bout (Médiaspaul). Il s’agit d’une lecture méditée du testament de Jésus (Jean ch. 13 à 17) pour en recueillir la richesse de vie, d’amitié, d’espérance, d’élan vers l’avenir, comme autant de pistes sur nos chemins d’aujourd’hui. Son lancement aura lieu le 6 octobre, à 19 h, à la cathédrale Saint-Joseph au 245, boul. St-Joseph (secteur Hull), porte 4. Stationnement disponible derrière l'église. Toutes et tous sont les bienvenus.
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 23 septembre 2017

L’amour n’est ni jaloux ni envieux

L’amour est ce qu’il y a de plus efficace au service de l’unité du couple et de la famille. Or, la jalousie, avec toutes ses mesquineries, s’y oppose radicalement. Amour et envie se contredisent.
 
Car l’amour parle de bonheur et l’envie parle de tristesse.
 
L’amour appelle le respect qui facilite les relations, cimente l’union, alors que la jalousie sépare et insiste sur ce qui divise. L’envie pour sa part refuse les inégalités et le respect des richesses de l’autre.
 
Les fruits de la jalousie envieuse sont l’animosité, la colère, les querelles de toutes sortes. L’amour au contraire est douceur et générosité.
 
L’histoire de Caïn et Abel montre que cette jalousie envieuse empoisonne les relations humaines et conduit à la destruction, même au meurtre.
 
Le livre des Actes des Apôtres (17, 1-8) donne un exemple de ce que produit la jalousie dans une communauté, de la plus petite à la plus grande. Paul prêchait avec succès Jésus ressuscité. « Mais les Juifs, pris de jalousie, ramassèrent sur la place publique quelques vauriens; ayant provoqué des attroupements, ils semaient le trouble dans la ville. »

« L’envie est une tristesse à cause du bien d’autrui, qui montre que le bonheur des autres ne nous intéresse pas, car nous sommes exclusivement concentrés sur notre propre bien-être. Alors que l’amour nous fait sortir de nous-mêmes, l’envie nous porte à nous centrer sur notre moi. Le véritable amour valorise les succès d’autrui, il ne les sent pas comme une menace, et il se libère du goût amer de l’envie. Il accepte que chacun ait des dons différents et divers chemins dans la vie. Il permet donc de découvrir son propre chemin pour être heureux, permettant que les autres trouvent le leur. » (pape François, La joie de l’amour par. 96) Et il ajoute : « L’amour nous porte à un sentiment de valorisation de chaque être humain, en reconnaissant son droit au bonheur. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(12e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 15 septembre 2017

L’amour rend service

Au cœur de la croissance, de la consolidation, de l’approfondissement du couple et de la famille, il y a l’amour qui rend service avec bonté et persévérance. Il s’agit d’un amour actif, efficace, disponible pour soutenir et aider les membres de la famille.
 
Cet état d’âme est complexe. On y voit de la bienveillance envers l’autre, de l’affabilité, du bon cœur, de la générosité. On parle aussi de ce service qu’est l’accueil de l’autre avec délicatesse et tendresse, sachant écouter, comprendre, avoir compassion et aider de son mieux. L’amour qui se rend utile aide avec le sourire. Aimer entretient la joie et le bien-vivre ensemble. C’est ainsi que l’amour vrai se manifeste, se prouve.
 
Le pape François (La joie de l’amour, par. 93-94) insiste sur le fait que l’amour conjugal et familial, comme tout amour, n’est pas une attitude passive. Il exige une activité, « une réaction dynamique et créative face aux autres. » L’amour ainsi vécu bénéficie aux autres, promeut leur bien. Il est juste de parler d’un « amour serviable ». La personne qui aime ainsi fait du bien aux autres autour d’elle. Comme disait saint Ignace de Loyola, « l’amour doit se mettre plus dans les œuvres que dans les paroles ».
 
Et le pape de conclure : l’amour « peut montrer ainsi toute sa fécondité, et il nous permet d’expérimenter le bonheur de donner, la noblesse et la grandeur de se donner pleinement, sans mesurer, gratuitement, pour le seul plaisir de donner et de servir. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(11e texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 10 septembre 2017

L’amour prend patience

Cette qualité nécessaire dans la vie familiale consiste à être lent à la colère. Le pape François commente, dans La joie de l’amour par. 91-92: « Cela se révèle quand la personne ne se laisse pas mener par les impulsions et évite d’agresser. »  Il s’agit de tenir bon et avec douceur pour supporter les autres ou les événements qui nous énervent.
 
Une telle attitude est faite à la fois de douceur, de force d’âme, d’humilité. Elle est le fruit de la paix, de la tranquillité intérieure. Elle ignore les lamentations, la susceptibilité, l’aigreur des relations dans le couple et dans la famille. Elle est en somme le fruit d’un grand cœur. Mais elle ne signifie pas de permettre qu’on nous maltraite en permanence, ni de tolérer les agressions physiques, ni de permettre qu’on nous traite comme des objets.
 
Le problème survient lorsque nous exigeons que les personnes soient parfaites;  ou bien quand nous nous mettons au centre et espérons que notre seule volonté s’accomplisse. Le résultat est alors que « tout nous impatiente, tout nous porte à réagir avec agressivité. Si nous ne cultivons pas la patience, nous aurons toujours des excuses pour répondre avec colère, et en fin de compte nous deviendrons des personnes qui ne savent pas cohabiter, antisociales et incapables de refréner les pulsions, et la famille se convertira en champ de bataille. » (Pape François)
 
Ce qui fortifie la patience, c’est de reconnaître « que l’autre aussi a le droit de vivre sur cette terre près de moi, tel qu’il est. Peu importe qu’il soit pour moi un fardeau, qu’il contrarie mes plans, qu’il me dérange par sa manière d’être ou par ses idées, qu’il ne soit pas tout ce que j’espérais. » L’amour est compréhension et compassion qui portent « à accepter l’autre comme une partie de ce monde, même quand il agit autrement que je l’aurais désiré. »
 
Rappelons l’exhortation de saint Paul qui donne le motif chrétien pour une telle patience : « Amertume, irritation, colère, éclats de voix ou insultes, tout cela doit être éliminé de votre vie, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ. » (Éphésiens, 4, 31-32)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(10e texte d’une série sur La joie de l’amour)

mardi 5 septembre 2017

Nécessité de l’amour dans le couple et la famille

Saint Paul (1 Corinthiens 13, 1-13) a fortement insisté sur la nécessité de l’amour à la base et comme moteur de toute vie chrétienne. Cet enseignement est essentiel pour ce qui concerne la construction et l’affermissement du couple et de la famille.
 
Nous employons comme équivalents les termes « amour » et « charité ». Ces deux mots sont très dévalorisés aujourd’hui. L’amour est réduit à un sentiment vague et passager. La charité est comprise comme une condescendance envers l’autre. Il faut retrouver la vérité et par le fait même la nécessité de l’amour-charité dans la vie quotidienne.
 
L’amour est la réalité fondamentale du couple et de la famille. C’est la plus grande valeur, l’unique absolument nécessaire. C’est elle qui assure la construction du couple et de la famille. Elle est la base et le moteur de sa fécondité et de son rayonnement.
 
Certes, bien d’autres attitudes sont utiles, souvent nécessaires pour qu’un couple se forme solidement, pour qu’une famille se développe dans l’harmonie et le respect mutuel de ses membres. Mais sans l’amour, tous ces autres talents finissent par ne servir à rien. Ils ne permettent pas d’atteindre le but recherché : construire une communauté de vie et d’amour soutenant l’estime mutuelle et l’épanouissement de ses membres.
 
Il ne faut jamais cesser de désirer, de chercher, de pratiquer l’amour, de le rendre actif dans le foyer. Car l’amour est ce qu’il y a de plus efficace et de plus complet dans le service de l’unité et de l’épanouissement de la vie.
 
On peut donc affirmer qu’aimer est la règle d’or sur laquelle tabler, se mesurer pour construire un milieu de vie épanouissant. On y comprend alors que, par exemple, parler sans être animé par l’amour peut détruire les relations qui doivent unifier les membres de la communauté familiale. Ou encore, quelqu’un pourrait se tuer à travailler pour sa famille. Sans amour, le résultat sera nul. Car seul l’amour peut donner courage et fidélité jusqu’au bout dans le don de soi à l’autre.
 
Aussi, le pape François a pu écrire dans La joie de l’amour (par. 89) : « Nous ne pourrions pas encourager un chemin de fidélité et de don réciproque si nous ne stimulions pas la croissance, la consolidation et l’approfondissement de l’amour conjugal et familial. »
 
Mais cet amour, quel est-il? Comment se montre-t-il? Par quels actes se manifeste-t-il dans sa vérité? C’est ce que nous verrons dans les prochains textes.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(9e texte d’une série sur La joie de l’amour)

mercredi 30 août 2017

Il nous aima jusqu’au bout

C’est avec joie que je vous présente mon récent livre.
 
Existe-t-il legs plus précieux que celui d’un testament spirituel? La plupart des fondateurs de communautés religieuses en ont laissé. Mais bien avant eux, Jésus lui-même nous a donné un tel testament. Jean, le disciple bien-aimé, l’a recueilli, médité puis mis pour nous par écrit. Ce sont les chapitres 13 à 17 de son évangile.
 
Jésus a terminé sa mission. C’est son dernier soir avec les siens. Au cours d’un repas d’adieu vécu dans un climat d’intimité et de tendresse, il dépose dans le cœur de ses disciples ses dernières instructions, l’assurance de sa présence et la promesse de généreux dons qui les rendront aptes à leur mission dans le monde.
 
À nous aussi, ce testament est personnellement adressé. Dans le présent livre je nous invite à en relire puis à en méditer les différents passages. Ce livre nous aide à en recueillir la richesse de vie, d’amitié, d’espérance, d’élan vers l’avenir, comme autant de pistes sur nos chemins d’aujourd’hui.
 
Vous êtes cordialement invité au lancement de ce livre qui aura lieu le 6 octobre. Ce livre est aussi disponible dans toutes les bonnes librairies (dont la Librairie Louis Fréchette, 313, rue Notre-Dame, Gatineau) au prix de $20.00.
 
Je vous remercie de l’accueil que vous lui réserverez.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 25 août 2017

L’amour

L’amour est au cœur du couple et de la famille. Il est une des grandes valeurs qui correspondent aux aspirations les plus intimes et les plus dynamiques du cœur humain. L’amour est aussi au cœur de l’expérience chrétienne du mariage et de la famille. Le mariage est la création d’une communauté de vie et d’amour conjugal. Ce même amour se fait familial et devient le principe de vie de cette société, miniature de la société humaine. Ainsi, le couple et la famille chrétiennes sont la première cellule de l’Église.
 
Pour la célébration liturgique de leur mariage, les futurs conjoints choisissent souvent un texte de saint Paul. Le voici :
 
« L’amour prend patience;
l’amour rend service;
l’amour ne jalouse pas;
il ne se vante pas,
ne se gonfle pas d’orgueil;
il ne fait rien d’inconvenant;
il ne cherche pas son intérêt;
il ne s’emporte pas;
il n’entretient pas de rancune;
il ne se réjouit pas de ce qui est injuste,
mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai;
il supporte tout,
il fait confiance en tout,
il espère tout,
il endure tout. »
 
Dans son grand texte sur La joie de l’amour, le pape François nous donne un magnifique commentaire de ce texte. L’amour, ce qui signifie la charité, est au cœur de la vie de tout chrétien, de tout couple et de toute famille chrétienne. Mais que signifie ce mot si beau et si malmené par toutes sortes d’interprétations. Dans mes prochains textes, je regarderai les explications du pape, qui sont si riches et dynamiques.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(8e texte d’une série sur La joie de l’amour)

jeudi 17 août 2017

Jésus et sa famille

Le pape François nous présente dans La joie de l’amour (par. 65-66) une belle synthèse de Jésus et sa famille. Il nous invite à accompagner Jésus sur son chemin de vie depuis son incarnation en Marie et durant sa vie à Nazareth. Il est bon de lire lentement ce texte.
 
« L’incarnation du Verbe dans une famille humaine, à Nazareth, touche par sa nouveauté l’histoire du monde. Nous avons besoin de plonger dans le mystère de la naissance de Jésus, dans le oui de Marie à l’annonce de l’ange, lorsque la Parole a été conçue dans son sein; également dans le oui de Joseph, qui a donné à Jésus son nom et a pris en charge Marie; dans la fête des bergers près de la crèche; dans l’adoration des Mages; dans la fuite en Égypte à travers laquelle Jésus participe à la douleur de son peuple exilé, persécuté et humilié; dans l’attente religieuse de Zacharie et dans la joie qui accompagne la naissance de Jean le Baptiste; dans la promesse accomplie pour Siméon et Anne au temple; dans l’admiration des docteurs écoutant la sagesse de Jésus adolescent. Et ensuite, pénétrer les trente longues années où Jésus gagnait son pain en travaillant de ses mains, en murmurant la prière et la tradition croyante de son peuple et en étant éduqué dans la foi de ses parents, jusqu’à la faire fructifier dans le mystère du Royaume. C’est cela le mystère de la Nativité et le secret de Nazareth, plein de parfum familial! C’est le mystère, qui a tant fasciné François d’Assise, Thérèse de l’Enfant-Jésus et Charles de Foucauld, où se désaltèrent aussi les familles chrétiennes pour renouveler leur espérance et leur joie. »
 
« L’alliance d’amour et de fidélité, dont vit la Sainte Famille de Nazareth, illumine le principe qui donne forme à toute famille et la rend capable de mieux affronter les vicissitudes de la vie et de l’histoire. Sur cette base, toute famille, malgré sa faiblesse, peut devenir une lumière dans l’obscurité du monde. » Puis est ajoutée une belle citation de Paul VI : « Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable; apprenons de Nazareth comment la formation qu’on y reçoit est douce et irremplaçable; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social » (Discours prononcé à Nazareth, 5janvier 1964
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(7e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 12 août 2017

Célébration de la nativité de saint Jean Baptiste et fête nationale des Québécoises et Québécois

Frères et sœurs.

Le 12 octobre 2011 au matin, un ami est venu à mon appartement pour m’offrir une icône de saint Jean-Baptiste. J’en fus ému. Mon ami ne savait pas que ce jour-là était le premier de ma retraite. Par lui, Jean-Baptiste venait m’indiquer le chemin. Comme il l’a fait il y a 2000 ans pour ses premiers disciples, il a pour moi pointé du doigt Jésus et m’a dit : « Suis-le ». Depuis, l’icône de Jean-Baptiste est fixée au-dessus de mon ordinateur!

Les hommes et les femmes qui ont quitté la France pour la terre d’Amérique ont apporté la dévotion à saint Jean Baptiste dans leurs bagages humains et spirituels.

Dès 1606, des colons français se dirigeant vers l’Acadie firent escale le 24 juin à Terre-Neuve pour y célébrer la messe. Le « Monument de la Foi », érigé sur la Place d’Armes de la ville de Québec, rappelle la première messe sur l’ile de Montréal, le 24 juin 1615. Dès 1636, notent les Relations de Jésuites, nos ancêtres célébraient avec enthousiasme et des deux côtés du fleuve la Saint-Jean, avec messes solennelles et feux de joie.

Champlain, inspiré par les valeurs de l’Évangile, a rêvé d’une civilisation où l’on vivrait, Français et Autochtones, dans le respect de l’autre, l’enrichissement mutuel et la paix. Maisonneuve, plantant la croix sur la montagne, donna à Montréal un héritage semblable. Marie de l’Incarnation, Catherine de St-Augustin, Marguerite Bourgeoys, Jeanne Mance ont fondé écoles, hôpitaux, refuges aussi bien pour les Autochtones que pour les Français. Ces personnes et tant d’autres ont inscrit l’Évangile et ses valeurs dans l’ADN de notre nation.

400 ans plus tard, saint Jean Baptiste veut et peut toujours orienter notre cœur et notre discernement vers les valeurs fondamentales pour notre avenir ensemble.

Jean-Baptiste fut l’enfant d’un peuple en panne d’espérance et en mal de raisons de vivre. Il continue aujourd’hui sa mission qui consiste à nous indiquer où puiser le courage de bâtir une société plus juste, plus solidaire, capable de poser des gestes de réconciliation. Cette célébration est une invitation à retrouver nos raisons de vivre dans le cœur d’un Dieu fait homme qui, toujours, aime, accueille, pardonne, ouvre l’avenir. C’est une vaccination contre la résignation passive, la fuite dans les distractions.

Jean-Baptiste fut l’enfant de la rencontre. Alors que Marie, enceinte de Jésus, saluait Élisabeth, il dansa de joie dans le sein de sa mère. Cette célébration nous invite à la joie de la rencontre de l’autre : le réfugié, celui qui tend la main pour quelques sous et surtout pour un accueil, un sourire. C‘est la joie de la fraternité universelle voulue par Dieu et toujours à bâtir.

Jean-Baptiste fut l’homme du désert. Sa pauvreté volontaire interpelle notre mode de vie, notre style de consommation et de gaspillage, les blessures irréparables que nous imposons à la nature.

Jean-Baptiste fut le prophète à la parole dérangeante. À tous, il dit : « Si quelqu'un a de quoi manger, qu'il partage avec celui qui n'en a pas. » Aux détenteurs de pouvoir et de la force, il dit : « Ne faites ni violence ni tort à personne. » Aux brasseurs d’affaires et d’argent il dit : « N'exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. » (Lc 3, 11-14) Notre célébration répercute l’appel de Jean-Baptiste à la justice, à la sensibilité envers l’autre, à la générosité du cœur. La fidélité à notre héritage culturel et spirituel appelle un supplément d’âme, un sursaut de solidarité. Cette fête entretient le goût de bâtir une société marquée par une attention aux marginalisés, aux blessés par la vie et par la société.

Nous célébrons la naissance de Jean-Baptiste dans une famille humble, mais bien enracinée dans la parenté et en bonnes relations avec les voisins. Plus tard, sa mission sera de ramener « le cœur des parents vers leurs enfants, celui des enfants vers leurs parents. » Le couple et la famille sont les bases essentielles de la société et de l’Église. Y sont précieuses les relations de tendresse, de soutien, de consolation entre les grands-parents et les petits-enfants. Et notre société vieillissante appelle un surcroît d’attention des enfants envers leurs vieux parents qui risquent de se retrouver dans la solitude d’un appartement, où ils ont la sécurité, mais peuvent manquer de tendresse et de réconfort de la part des leurs.

Jean-Baptiste fut le témoin d’un Dieu qui aime et qui se souvient. La plaque d’immatriculation de mon auto affiche : « Je me souviens ». Que cette célébration de saint Jean-Baptiste et de notre fête nationale nous rappelle d’où nous venons, de quelle tendresse nous sommes aimés, quelle tâche est devant nous. Nous sommes appelés à devenir une tranche d’humanité porteuse des valeurs évangéliques d’adoration envers Dieu notre Père, de justice et de bonté envers tout humain, et d’admiration affectueuse et protectrice de la nature.

Que l’Esprit de Jésus ressuscité nous y guide!
Amen.

† Roger Ébacher
Archevêque émérite de Gatineau.

Homélie du 24 juin 2017 à la cathédrale St-Joseph de Gatineau