jeudi 17 août 2017

Jésus et sa famille

Le pape François nous présente dans La joie de l’amour (par. 65-66) une belle synthèse de Jésus et sa famille. Il nous invite à accompagner Jésus sur son chemin de vie depuis son incarnation en Marie et durant sa vie à Nazareth. Il est bon de lire lentement ce texte.
 
« L’incarnation du Verbe dans une famille humaine, à Nazareth, touche par sa nouveauté l’histoire du monde. Nous avons besoin de plonger dans le mystère de la naissance de Jésus, dans le oui de Marie à l’annonce de l’ange, lorsque la Parole a été conçue dans son sein; également dans le oui de Joseph, qui a donné à Jésus son nom et a pris en charge Marie; dans la fête des bergers près de la crèche; dans l’adoration des Mages; dans la fuite en Égypte à travers laquelle Jésus participe à la douleur de son peuple exilé, persécuté et humilié; dans l’attente religieuse de Zacharie et dans la joie qui accompagne la naissance de Jean le Baptiste; dans la promesse accomplie pour Siméon et Anne au temple; dans l’admiration des docteurs écoutant la sagesse de Jésus adolescent. Et ensuite, pénétrer les trente longues années où Jésus gagnait son pain en travaillant de ses mains, en murmurant la prière et la tradition croyante de son peuple et en étant éduqué dans la foi de ses parents, jusqu’à la faire fructifier dans le mystère du Royaume. C’est cela le mystère de la Nativité et le secret de Nazareth, plein de parfum familial! C’est le mystère, qui a tant fasciné François d’Assise, Thérèse de l’Enfant-Jésus et Charles de Foucauld, où se désaltèrent aussi les familles chrétiennes pour renouveler leur espérance et leur joie. »
 
« L’alliance d’amour et de fidélité, dont vit la Sainte Famille de Nazareth, illumine le principe qui donne forme à toute famille et la rend capable de mieux affronter les vicissitudes de la vie et de l’histoire. Sur cette base, toute famille, malgré sa faiblesse, peut devenir une lumière dans l’obscurité du monde. » Puis est ajoutée une belle citation de Paul VI : « Que Nazareth nous enseigne ce qu’est la famille, sa communion d’amour, son austère et simple beauté, son caractère sacré et inviolable; apprenons de Nazareth comment la formation qu’on y reçoit est douce et irremplaçable; apprenons quel est son rôle primordial sur le plan social » (Discours prononcé à Nazareth, 5janvier 1964
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(7e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 12 août 2017

Célébration de la nativité de saint Jean Baptiste et fête nationale des Québécoises et Québécois

Frères et sœurs.

Le 12 octobre 2011 au matin, un ami est venu à mon appartement pour m’offrir une icône de saint Jean-Baptiste. J’en fus ému. Mon ami ne savait pas que ce jour-là était le premier de ma retraite. Par lui, Jean-Baptiste venait m’indiquer le chemin. Comme il l’a fait il y a 2000 ans pour ses premiers disciples, il a pour moi pointé du doigt Jésus et m’a dit : « Suis-le ». Depuis, l’icône de Jean-Baptiste est fixée au-dessus de mon ordinateur!

Les hommes et les femmes qui ont quitté la France pour la terre d’Amérique ont apporté la dévotion à saint Jean Baptiste dans leurs bagages humains et spirituels.

Dès 1606, des colons français se dirigeant vers l’Acadie firent escale le 24 juin à Terre-Neuve pour y célébrer la messe. Le « Monument de la Foi », érigé sur la Place d’Armes de la ville de Québec, rappelle la première messe sur l’ile de Montréal, le 24 juin 1615. Dès 1636, notent les Relations de Jésuites, nos ancêtres célébraient avec enthousiasme et des deux côtés du fleuve la Saint-Jean, avec messes solennelles et feux de joie.

Champlain, inspiré par les valeurs de l’Évangile, a rêvé d’une civilisation où l’on vivrait, Français et Autochtones, dans le respect de l’autre, l’enrichissement mutuel et la paix. Maisonneuve, plantant la croix sur la montagne, donna à Montréal un héritage semblable. Marie de l’Incarnation, Catherine de St-Augustin, Marguerite Bourgeoys, Jeanne Mance ont fondé écoles, hôpitaux, refuges aussi bien pour les Autochtones que pour les Français. Ces personnes et tant d’autres ont inscrit l’Évangile et ses valeurs dans l’ADN de notre nation.

400 ans plus tard, saint Jean Baptiste veut et peut toujours orienter notre cœur et notre discernement vers les valeurs fondamentales pour notre avenir ensemble.

Jean-Baptiste fut l’enfant d’un peuple en panne d’espérance et en mal de raisons de vivre. Il continue aujourd’hui sa mission qui consiste à nous indiquer où puiser le courage de bâtir une société plus juste, plus solidaire, capable de poser des gestes de réconciliation. Cette célébration est une invitation à retrouver nos raisons de vivre dans le cœur d’un Dieu fait homme qui, toujours, aime, accueille, pardonne, ouvre l’avenir. C’est une vaccination contre la résignation passive, la fuite dans les distractions.

Jean-Baptiste fut l’enfant de la rencontre. Alors que Marie, enceinte de Jésus, saluait Élisabeth, il dansa de joie dans le sein de sa mère. Cette célébration nous invite à la joie de la rencontre de l’autre : le réfugié, celui qui tend la main pour quelques sous et surtout pour un accueil, un sourire. C‘est la joie de la fraternité universelle voulue par Dieu et toujours à bâtir.

Jean-Baptiste fut l’homme du désert. Sa pauvreté volontaire interpelle notre mode de vie, notre style de consommation et de gaspillage, les blessures irréparables que nous imposons à la nature.

Jean-Baptiste fut le prophète à la parole dérangeante. À tous, il dit : « Si quelqu'un a de quoi manger, qu'il partage avec celui qui n'en a pas. » Aux détenteurs de pouvoir et de la force, il dit : « Ne faites ni violence ni tort à personne. » Aux brasseurs d’affaires et d’argent il dit : « N'exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé. » (Lc 3, 11-14) Notre célébration répercute l’appel de Jean-Baptiste à la justice, à la sensibilité envers l’autre, à la générosité du cœur. La fidélité à notre héritage culturel et spirituel appelle un supplément d’âme, un sursaut de solidarité. Cette fête entretient le goût de bâtir une société marquée par une attention aux marginalisés, aux blessés par la vie et par la société.

Nous célébrons la naissance de Jean-Baptiste dans une famille humble, mais bien enracinée dans la parenté et en bonnes relations avec les voisins. Plus tard, sa mission sera de ramener « le cœur des parents vers leurs enfants, celui des enfants vers leurs parents. » Le couple et la famille sont les bases essentielles de la société et de l’Église. Y sont précieuses les relations de tendresse, de soutien, de consolation entre les grands-parents et les petits-enfants. Et notre société vieillissante appelle un surcroît d’attention des enfants envers leurs vieux parents qui risquent de se retrouver dans la solitude d’un appartement, où ils ont la sécurité, mais peuvent manquer de tendresse et de réconfort de la part des leurs.

Jean-Baptiste fut le témoin d’un Dieu qui aime et qui se souvient. La plaque d’immatriculation de mon auto affiche : « Je me souviens ». Que cette célébration de saint Jean-Baptiste et de notre fête nationale nous rappelle d’où nous venons, de quelle tendresse nous sommes aimés, quelle tâche est devant nous. Nous sommes appelés à devenir une tranche d’humanité porteuse des valeurs évangéliques d’adoration envers Dieu notre Père, de justice et de bonté envers tout humain, et d’admiration affectueuse et protectrice de la nature.

Que l’Esprit de Jésus ressuscité nous y guide!
Amen.

† Roger Ébacher
Archevêque émérite de Gatineau.

Homélie du 24 juin 2017 à la cathédrale St-Joseph de Gatineau

vendredi 4 août 2017

Le travail nécessaire pour la famille

Le travail est une réalité importante dans la vie d’un couple et d’une famille. Nous savons comment le chômage peut y faire des ravages! C’est cette réalité, constatée dans la vie quotidienne, que reflète la Bible. Le pape François le note dans son texte sur La joie de l’amour (par. 23-26).
 
Le travail est une partie fondamentale de la dignité de la vie humaine. La Bible l’insinue dès ses premières pages. Il y est déclaré que « l'homme a été établi dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder » (Genèse 2, 15). C’est l’image du père qui travaille pour gagner le pain de la famille.
 
Le livre des Proverbes (31, 10-31) nous donne un très beau texte sur « la tâche de la mère de famille, dont le travail est décrit dans ses détails quotidiens, suscitant l’éloge de l’époux et des enfants. » Le pape rappelle que « le travail permet à la fois le développement de la société, l’entretien de la famille ainsi que sa stabilité et sa fécondité. »
 
La Bible montre aussi que le chômage ou le travail précaire deviennent une souffrance pour tout le groupe familial. Nous en voyons un exemple dans le beau livre de Ruth. Au temps de Jésus, le chômage et la pauvreté harcèlent les familles. C’est aussi ce que nous enseigne la parabole des travailleurs assis, dans une oisiveté forcée, sur la place publique et qui attendent que quelqu’un les emploie (Matthieu 20, 1-16).
 
C’est ce que vivent bien des familles dans beaucoup de pays, et aussi certaines familles dans le nôtre. Ce manque de travail crée insécurité et tensions au sein des divers membres : couple et enfants. Aussi, est-ce essentiel de lutter contre les causes du chômage et de soutenir par divers chemins disponibles les familles ainsi affectées.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(6e texte d’une série sur La joie de l’amour)

lundi 31 juillet 2017

Les formes modernes d’esclavage

Les connaissons-nous? Reconnaissons-nous leur gravité, leur capacité d’avilissement des personnes et de corruption de nos sociétés? Savons-nous que ce sont là des crimes contre l’humanité?
 
En voici une courte liste : la traite et le trafic de personnes, les enfants soldats et les nouvelles formes d’esclavage comme le travail forcé, la prostitution, le trafic d’organes, le commerce de la drogue, le crime organisé. Ce sont là de véritables crimes contre l’humanité. Le pape François le rappelait aux juges, leur demandant de lutter avec fermeté et courage contre ces maux, se gardant de se laisser corrompre.
 
Il est aussi important de réfléchir sur les objectifs du développement durable et intégral votés par les 193 pays de l’ONU, visant 2030. On y lit entre autres la cible 8.7 : « Prendre des mesures immédiates et efficaces pour supprimer le travail forcé, mettre fin à l’esclavage moderne et à la traite des êtres humains, interdire et éliminer les pires formes de travail des enfants, y compris le recrutement et l’utilisation d’enfants soldats et, d’ici à 2025, mettre fin au travail des enfants sous toutes ses formes ».
 
Notre pays s’y est aussi engagé. Est-ce que ça me concerne? Que puis-je faire pour aider à nous sensibiliser à ces questions si douloureuses et actuelles? En parler au député? Échanger avec des gens de ma famille, de mon milieu, mes enfants, à l’école? Ou encore? De tels drames doivent tisonner notre créativité! Comment puis-je œuvrer pour ouvrir de nouveaux chemins à la dignité humaine et à la paix?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 29 juillet 2017

Jésus connaît la souffrance des familles

Les récits évangéliques nous montrent Jésus se faire sans cesse proche des familles, de leurs souffrances, de leurs défis. Le pape François le note dans son texte intitulé : La joie de l’amour (par. 21). On y trouve les références aux divers textes ici commentés).
 
Jésus lui-même naît dans une famille modeste qui bientôt doit fuir vers une terre étrangère. Enfant, il a donc vécu avec Marie et Joseph comme un réfugié en Égypte, avec les souffrances qu’une telle situation inflige à une famille. Puis il a grandi dans un village obscur, avec d’autres enfants d’humbles familles. Un jour, il a mis sa famille en crise en affirmant que sa priorité était de rester dans la demeure de son Père du ciel : parole qui fut bien obscure et troublante pour ses parents. Il a connu la nécessité de gagner la vie de la famille. Il a vécu bien des tensions avec sa parenté proche.
 
Jésus est entré dans la maison de son ami le pêcheur Pierre, où la belle-mère de celui-ci est malade. On y voit sa sollicitude pour aider le couple plongé dans une situation angoissante.
 
Jésus se laisse impliquer dans le drame de la mort dans la maison de Jaïre. Il sent dans son cœur la souffrance de ce père alors que sa jeune fille est mourante. Jésus y va et pose le geste qu’il peut pour refaire cette famille, lui redonner de l’espoir. C’est aussi ce qu’il fait pour Marthe et Marie prises dans le deuil de leur frère Lazare qui vient de mourir. Elles l’appellent et l’attendent avec anxiété. Il se rend dans leur maison. Il les soutient, les console, redonne vie à cette famille.
 
Jésus écoute le cri désespéré d’une veuve du village de Naïn qui porte en terre son fils unique. Il ressent jusque dans le frémissement de ses entrailles le drame de cette famille décimée. Il se fait proche, touche le cercueil, redonne la vie à l’enfant et à sa mère le goût et le courage de continuer à vivre. Jésus, de même, écoute la clameur du père de l’épileptique dans un petit village bien modeste.
 
Jésus rencontre des publicains comme Matthieu ou Zachée dans leurs propres maisons. Il accueille des pécheresses comme la femme qui a fait irruption dans la maison du pharisien. Sans cesse, il va là où un couple, une famille souffre. Il va vers, il accueille, il se fait présent dans les lieux où habitent les gens, où ils vivent leurs joies et leurs souffrances, là où se nouent et se dénouent tant de drames conjugaux, familiaux, humains.
 
Jésus connaît les angoisses et les tensions des familles qu’il introduit dans ses paraboles : des enfants qui abandonnent la maison familiale pour tenter une aventure; des enfants difficiles, aux comportements inexplicables ou victimes de la violence. Il s’intéresse aux noces qui courent le risque d’être honteuses par manque de vin ou par l’absence des invités.
 
Jésus est proche aujourd’hui de tous ces maux qui frappent tant de couples, de familles, au long de jours et des saisons de la vie. Il faut le supplier d’y venir, d’y mettre en œuvre sa bonté, sa miséricorde, sa tendresse. Il le peut et il le veut, car il connaît toutes nos fragilités, mais aussi toutes nos aspirations à aimer vraiment et à vivre.
 
Il est bon de situer Jésus dans la longue histoire des familles dans la Bible. C’est ce que fait un texte intéressant auquel je vous réfère.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(5e texte d’une série sur La joie de l’amour)

jeudi 13 juillet 2017

Le couple humain, image de Dieu

Un jour, Jésus rappelle à ses interlocuteurs ce que nous risquons parfois d’oublier et qui est le sens même du couple humain : « N'avez-vous pas lu que le Créateur, dès l'origine, les fit homme et femme? » (Matthieu 19, 4) C’est bien ce qu’enseigne le début de la Bible : « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. » (Genèse 1,27)
 
Le pape François, dans son magnifique texte intitulé La joie de l’amour, commente : « Les deux grandioses premiers chapitres de la Genèse nous offrent l’image du couple humain dans sa réalité fondamentale. Dans ce texte initial de la Bible brillent certaines affirmations décisives. » (par. 10)
 
Et il précise : « Le couple qui aime et procrée est la vraie “sculpture” vivante (non pas celle de pierre ou d’or que le Décalogue interdit), capable de manifester le Dieu créateur et sauveur. C’est pourquoi l’amour fécond arrive à être le symbole des réalités intimes de Dieu. » (par. 11) Ainsi, la relation féconde du couple devient une image qui oriente notre méditation vers le mystère de Dieu amour et vie, donateur généreux de vie. « Le Dieu Trinité est communion d’amour, et la famille est son reflet vivant. » Le Dieu auquel croient les chrétiens, dans son mystère le plus intime, est une famille, « puisqu’il porte en lui-même la paternité, la filiation et l’essence de la famille qu’est l’amour. »
 
Il faut admirer le couple humain dans son visage lumineux. Pensons à la relation directe – les yeux dans les yeux –, à cette rencontre avec « un visage, un “tu” qui reflète l’amour divin. » C’est ce qu’exprime admirablement la femme du Cantique des Cantiques dans une merveilleuse profession d’amour et de don réciproque : « Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui […]. Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi! » (2, 16; 6, 3).
 
Pensons aussi à la beauté de la procréation et de la famille. Dans la Bible, l’union matrimoniale est évoquée à la fois dans sa dimension sexuelle et corporelle et aussi en tant que don volontaire d’amour : étreinte physique et union des cœurs et des vies. En jaillit la famille, construite de pierres vivantes. « La présence d’enfants est, de toute manière, un signe de plénitude de la famille, dans la continuité de la même histoire du salut, de génération en génération. » (par. 14)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(4e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 7 juillet 2017

La famille dans la Bible

Comme le note le pape François dans son document sur le couple et la famille (La joie de l’amour), « la Bible abonde en familles, en générations, en histoires d’amour et en crises familiales. » (par. 8) Elle est remplie de méditations, d’instructions, de récits très réalistes, de poésie aussi sur cette double réalité humaine fondamentale.
 
Dès les premières pages de la Bible, on rencontre la famille d’Adam et d’Ève. De page en page, on découvre un cortège ininterrompu d’alliances et de noces, de joies et de peines, de tendresses et de violences, de paix mais aussi de sang, qui caractérise la force de la vie qui continue ainsi son chemin de génération en génération.
 
Dieu crée l’humanité, homme et femme, à son image. Ainsi le couple humain devient co-créateur. Et « la capacité du couple humain à procréer est le chemin par lequel passe l’histoire du salut. » (par. 11)
 
La Parole de Dieu évoque l’union matrimoniale « non seulement dans sa dimension sexuelle et corporelle, mais aussi en tant que don volontaire d’amour. L’objectif de cette union est “de parvenir à être une seule chair”, soit par l’étreinte physique, soit par l’union des cœurs et des vies et, peut-être, à travers l’enfant qui naîtra des deux et portera en lui, en unissant, non seulement génétiquement, mais aussi spirituellement, les deux “chairs”. » (par. 13)
 
La présence d’enfants est interprétée dans la Bible comme un signe de plénitude de la famille. Par eux se tissent des liens entre les générations et s’affirme une ouverture sur l’avenir de la vie.
 
L’Évangile nous rappelle également que les enfants ne sont pas une propriété des parents : ils ont devant eux leur propre chemin de vie. Nous voyons Jésus obéissant à ses parents terrestres, mais aussi prenant ses distances d’eux. À Marie et Joseph qui sont étonnés devant le fait qu’il reste à Jérusalem après le pèlerinage annuel (cf. Lc 2, 51), Jésus affirme que sa vocation personnelle exige une séparation de ses parents. Il a une mission à accomplir hors de sa famille.
 
Dans la Bible, la Parole de Dieu nous aide à percevoir des dimensions profondes et parfois secrètes du mystère du couple et de la famille.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(3e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 30 juin 2017

La famille aujourd’hui

Je rencontre souvent des jeunes qui expriment leur désir de stabiliser leur couple et de fonder une famille. Ces jeunes ne sont ni aveugles ni naïfs. Ils constatent autour d’eux toutes sortes de situations conjugales et familiales. Ils rencontrent des couples épanouis, des familles dynamiques. Ils savent que des couples se séparent. Ils voient dans les médias jusqu’où peut aller la détérioration d’un couple, conduisant même parfois au meurtre.
 
Pourtant, ils osent croire que leur amour sera plus fort que les obstacles qui pourront obstruer son épanouissement. Ils se sentent prêts à y investir leur générosité, leur fidélité, aussi leur patience et une confiance dans le temps pour bâtir un foyer solide et rayonnant.
 
Ils veulent édifier une maisonnée vivante, où l’amour transmet la vie et la vie étend l’amour autour du foyer.
 
Le pape François a donné un texte très puissant sur le couple et la famille. Il l’a coiffé d’un titre très suggestif : La joie de l’amour. Il y offre une bonne nouvelle aux couples et familles en devenir, un encouragement à toutes les familles, un soutien plein de compréhension aux familles qui vivent de grandes difficultés et risquent la décomposition.
 
Il appelle tous les membres de l’Église à soutenir les familles. Et il exhorte tout particulièrement à manifester de la miséricorde aux couples blessés, en mal de soutien, de compréhension et de guérison.
 
Ce texte est d’une telle richesse qu’il faut le lire lentement. Aussi, dans les prochains documents de mon blogue, j’en soulignerai quelques aspects, espérant ainsi permettre à beaucoup d’accéder à ce précieux document.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(2e texte d’une série sur La joie de l’amour)

vendredi 23 juin 2017

L’amour dans la famille

Il y a plus d’un an, le pape François publiait une exhortation adressée à tous les membres de l’Église. Il lui a donné le beau titre : La joie de l’amour. Le pape y présente la bonne nouvelle de l’enseignement biblique et évangélique sur les couples et les familles.

Durant de nombreuses heures, lors de deux synodes mondiaux, le pape François a écouté des évêques provenant des divers pays de la terre raconter la situation du couple et de la famille dans leurs régions respectives. Il a médité le tout en y ajoutant ses propres réflexions et a offert un très stimulant document sur « l’amour dans la famille ».

Recherchant à rejoindre toutes les périphéries de l’Église, le pape a vu qu’il devait mettre en priorité le couple et la famille. Il connaît, par sa longue expérience pastorale, les peines, les difficultés, les échecs de tant de couples et familles. Mais il voit surtout le beau qui s’y vit, humblement, au jour le jour. Là se construit au ras du quotidien l’humanité avec ses richesses variées. Là se transmet la vie, se forment des hommes et des femmes qui sauront porter à leur génération des valeurs, de l’amour, de l’espérance. Le pape dit clairement deux objectifs de son texte. C’est « une proposition aux familles chrétiennes, qui les stimule à valoriser les dons du mariage et de la famille, et à garder un amour fort et nourri de valeurs, telles que la générosité, l’engagement, la fidélité ou la patience. » C’est donc un texte très positif, qui vise à reconnaitre la beauté et la nécessité des couples et des familles dans notre monde d’aujourd’hui.

Par ailleurs, le pape dit clairement dans ce texte sa propre attitude devant les couples et les familles en difficulté. Il y « vise à encourager chacun à être un signe de miséricorde et de proximité là où la vie familiale ne se réalise pas parfaitement ou ne se déroule pas dans la paix et la joie. »

Ce texte papal est un don généreux du chef de l’Église catholique aux couples et aux familles. Mais il est capable d’éclairer et de stimuler toute personne de bonne volonté qui porte dans son cœur l’amour de la vie, de la solidarité, de la communion entre les groupes humains et les peuples.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

(1er texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 18 juin 2017

L’Esprit décloisonne

Dieu le Père a voulu, dans un amour miséricordieux qui nous déconcerte, que par l’incarnation son Fils éternel soit cloisonné dans cet homme juif : Jésus. Durant sa vie cachée, Jésus a été cloisonné dans un minuscule bourg : Nazareth. Puis, durant sa vie publique, il a été cloisonné dans ce petit pays qu’était la Palestine sous la férule de l’Empire romain. Sans autre moyen de communication que ses pieds et sa bouche, sans auto, ni micro, radio ou internet, Jésus a été cloisonné dans les limitations humaines d’espace et de temps de son époque. « Mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l’Esprit » (1 Pierre 3, 18), Jésus est décloisonné. Grâce à l’œuvre de l’Esprit le ressuscitant, il vient maintenant vers celles et ceux qui croient en lui, à toute heure ou année ou siècle, et partout dans le monde. Il est vivant, présent, actif aujourd’hui.
 
À ses débuts, l’Église était cloisonnée à Jérusalem. Par le moyen déconcertant d’une violente persécution, l’Esprit l’a décloisonnée, dispersant les disciples. Ainsi, Philippe fuit jusque dans une ville de Samarie, ce petit peuple humilié par les Juifs, méprisé comme hérétiques. Décloisonné de sa peur et des limites de Jérusalem, Philippe y proclame hardiment que Jésus est bien le Messie attendu, le Christ. Les foules ont cru en cette Parole. « Et il y eut dans cette ville une grande joie. » (Actes des Apôtres 8, 8) Joie qui est le fruit de l’Esprit accomplissant l’œuvre que lui confie le Père et le Fils! Alors, l’Église-Mère, Jérusalem, envoie Pierre et Jean confirmer par un signe ecclésial cette œuvre de l’Esprit travaillant les cœurs de ces Samaritains. Ils « leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint. »
 
Que fait maintenant l’Esprit pour nous qui sommes cloisonnés dans notre « moi » fermé, égoïste, apeuré, méprisant les autres et posant partout des clôtures pour se protéger dans une supposée sécurité? Le Père, répondant à la prière de Jésus ressuscité, nous donne l’Esprit pour qu’il nous décloisonne. Il est le consolateur, le défenseur, l’avocat, celui qui nous conduit à notre identité chrétienne qui est d’être aimé par le Père et de nous aimer les uns les autres. Cet Esprit demeure auprès de nous comme un ami fidèle; il est en nous comme l’âme de notre vie chrétienne; il est toujours avec nous et nous ouvre au Père et aux autres (voir Jean 14, 15-21).
 
Viens, Esprit Saint!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 11 juin 2017

Les dons du Christ ressuscité aux humains

Monté au ciel, Jésus ressuscité donne l’Esprit promis et comble les croyants d’une grande diversité de grâces, dons et charismes, qu’il importe de mettre en œuvre dans la vie chrétienne. « Mettez-vous, chacun selon le don qu'il a reçu, au service les uns des autres, comme de bons administrateurs de la grâce de Dieu, variée en ses effets. » (1 P 4, 10-11)
 
« Il y a diversité de dons de la grâce, mais c'est le même Esprit […] À chacun est donnée la manifestation de l'Esprit en vue du bien de tous. À l'un, par l'Esprit, est donné un message de sagesse, à l'autre, un message de connaissance, selon le même Esprit; à l'un, dans le même Esprit, c'est la foi; à un autre, dans l'unique Esprit, ce sont des dons de guérison; à tel autre, d'opérer des miracles, à tel autre, de prophétiser, à tel autre, de discerner les esprits, à tel autre encore, de parler en langues; enfin à tel autre, de les interpréter. Mais tout cela, c'est l'unique et même Esprit qui le met en œuvre, accordant à chacun des dons personnels divers, comme il veut. » (1 Co 12, 4-11)
 
Le concile Vatican II a abondamment repris ces enseignements.
 
Très grande diversité de ces dons : « Cette Église qu’il [l’Esprit Saint] introduit dans la vérité tout entière (cf. Jn 16, 13), et à laquelle il assure l’unité de la communauté et du ministère, il la bâtit et la dirige grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques, il l’orne de ses fruits (cf. Ep 4, 11-12; 1 Co 12, 4; Ga 5, 22). » (L.G.4)
 
Bénéficiaires des charismes : À tous les chrétiens incombe la tâche de travailler pour faire connaître et accepter le message évangélique. « Pour l’exercice de cet apostolat, le Saint-Esprit qui sanctifie le Peuple de Dieu par les sacrements et le ministère accorde en outre aux fidèles des dons particuliers (cf. 1 Co 12, 7), les “répartissant à chacun comme il l’entend” (cf. 1 Co 12, 11) pour que tous et “chacun selon la grâce reçue se mettant au service des autres” soient eux-mêmes “comme de bons intendants de la grâce multiforme de Dieu” (1 P 4, 10), en vue de l’édification du Corps tout entier dans la charité (cf. Ep 4, 16). » (AM 3)
 
Responsabilités qui en découle : « De la réception de ces charismes, même les plus simples, résulte pour chacun des croyants le droit et le devoir d’exercer ces dons dans l’Église et dans le monde, pour le bien des hommes et l’édification de l’Église, dans la liberté du Saint-Esprit qui “souffle où il veut” (Jn 3, 8), de même qu’en communion avec ses frères dans le Christ et très particulièrement avec ses pasteurs. » (Ap.3)
 
Ces quelques rappels sont autant d’appels à vérifier ce que nous faisons des charismes dont l’Esprit nous comble et comment nous respectons et apprécions les charismes que l’Esprit distribue abondamment à tous, mais dans une très riche variété.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

mercredi 7 juin 2017

Que fait au ciel Jésus ressuscité?

Jésus y vit en communion avec le Père dans l’Esprit Saint. Échanges d’amour qui dépassent ce que nous pouvons imaginer. C’est là le mystère de l’intense et ineffable vie divine : Dieu est amour, éternelle relation d’amour des trois personnes divines!
 
Mais qu’y fait Jésus pour nous? Il y poursuit sa mission de donner la vie éternelle à tous ceux qui croient en lui. Il actualise dans le temps et l’espace l’œuvre qu’il a menée à son plein accomplissement sur la croix, mais qui doit maintenant rejoindre l’humanité dans toutes ses dimensions. C’est l’œuvre de révélation du Père et de salut pour les croyants devenus enfants de Dieu. En somme, Jésus ressuscité continue son œuvre de nous sanctifier et de nous envoyer en mission par l’action de l’Esprit Saint qu’il donne sans mesure.
 
L’Église s’adresse au Père dans sa liturgie eucharistique : « Tu as tellement aimé le monde, Père très saint, que tu nous as envoyé ton propre Fils, lorsque les temps furent accomplis pour qu’il soit notre sauveur. » Conçu de l’Esprit Saint, il est passé en annonçant aux pauvres la bonne nouvelle du salut. Puis, pour accomplir le dessein d’amour du Père, il s’est livré librement à la mort et fut ressuscité par l’Esprit. Monté chez le Père, « il a envoyé d’auprès de toi [le Père], comme premier don fait aux croyants, l’Esprit qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification. » (Prière eucharistique IV)
 
C’était bien là la promesse faite par Jésus ressuscité : « C'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés d'ici quelques jours. » Et il ajoutait : « Vous allez recevoir une puissance, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. » (Actes des Apôtres 1, 8)
 
Jésus ressuscité, par le don sans mesure de l’Esprit, fait naître l’Église au cœur des divers peuples et cultures. Et il accompagne sans cesse cette Église née de la foi et du baptême dans sa constante croissance, et celle de ses membres jusqu’à leur pleine maturité dans la foi, dans l’espérance, dans l’amour et dans le témoignage.
 
Il resterait de longues méditations à développer pour discerner l’action actuelle de Jésus par le don de l’Esprit dans la foi, dans la proclamation de la Parole, dans chacun des sacrements, dans une multitude de charismes distribués en abondance, dans le rappel constant des Paroles de Jésus, dans la défense des chrétiens accusés et condamnés comme Jésus le fut.
 
Seul l’Esprit pour nous conduire à prospecter sans arrêt cette mine inépuisable qu’est l’œuvre de Jésus ressuscité continuant à agir avec puissance, douceur et miséricorde dans notre monde, dans nos propres vies, dans notre Église. Il faut souvent l’en prier!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

jeudi 1 juin 2017

Pentecôte

Que s’est-il passé lors de la Pentecôte (Actes des Apôtres 2,1-41)? C’était l’une des trois grandes fêtes annuelles de la religion juive, cinquante jours après la fête de Pâque. En ce qui concerne Jésus, mort la veille de la Pâque juive, il est ressuscité le lendemain de cette fête. Mais ce n’est pas encore connu, sauf par les disciples qui en ont été bouleversés. Et durant ces cinquante jours, ils ont attendu la promesse d’un don provenant de Jésus ressuscité.
 
Ce don est livré durant cette Pentecôte. Tous les apôtres, réunis avec Marie, d’autres femmes et des disciples pour prier, « furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. » La Pentecôte est l’effet de la résurrection de Jésus. Il avait promis l’Esprit et il le donne.
 

L’Esprit donné par Jésus ressuscité est au début, au cœur et au couronnement de toute vie chrétienne.
 
C’est lui qui fait sortir les disciples de leurs peurs, de leurs enfermements.
 
C’est lui qui remplit leurs cœurs de lumière, de ferveur, d’audace.
 
C’est lui qui défait et annule le drame de Babel (Genèse 11,1-10), cette tentative d’unification de l’humanité dans l’uniformité d’une seule langue pour tous les peuples. L’Esprit donné par Jésus ressuscité suscite l’unification de l’humanité par la valorisation des diverses langues de la terre, avec ce qu’elles représentent : talents, cultures, traditions, qui sont autant de richesses à mettre au service des autres dans la même communauté fraternelle.
 
C’est lui qui pousse les disciples sur les places publiques pour y actualiser l’antique prophétie : « Je répandrai mon Esprit sur toute créature : vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens auront des visions, et vos anciens auront des songes. Même sur mes serviteurs et sur mes servantes, je répandrai mon Esprit en ces jours-là, et ils prophétiseront. » (Joël 3, 1-5) À tous est offerte la capacité de prophétiser l’amour de Dieu en œuvre au cœur du monde.
 
C’est lui qui accomplit l’Alliance nouvelle dans laquelle toutes les nations de la terre sont convoquées afin de vivre dans la paix, la fraternité, la solidarité, l’amour.
 
C’est lui qui aujourd’hui accomplit les mêmes œuvres en nous pour que nous puissions accueillir le don de la foi, devenir véritablement enfants de Dieu, participant à sa divinité (en sommes : des dieux). Par cette force qui nous est donnée, nous pouvons et devons proclamer à notre génération : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez. »
 
Puissent nos actes et nos paroles jaillir vraiment de cette source intime en nous qu’Esprit pour que les gens autour de nous perçoivent quelque chose de cet infini mystère que l’amour miséricordieux de Dieu notre Père.
 
Nous entrons dans ce que la liturgie nomme : « Le temps ordinaire ». C’est dans ce temps, de la vie quotidienne, que nous sommes appelés à témoigner de ce Don qu’est Jésus ressuscité nous comblant de son Esprit.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 29 mai 2017

L’Esprit animateur de notre vie d’enfant de Dieu

Il ne suffit pas de naître enfant de Dieu, par l’œuvre de l’Esprit. Il faut croître dans cette vie qui nous est donnée, mais aussi confiée. Nous ne sommes pas seuls pour travailler à ce que cette vie divine reçue au baptême se développe, s’épanouisse, donne de bons fruits dans notre monde, pour la gloire du Père. Jésus nous l’a promis : « Moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. C'est lui l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et qu'il ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous et il est en vous. » (Jean 14, 15-18) L’Esprit reçu au baptême vit en nous pour nous conduire à la maturité de notre vie chrétienne et apostolique, et à la sainteté.
 
Jésus nomme cet Esprit : un Paraclet. Il est celui qui répond à nos cris de détresse, d’angoisse, désarroi. Il vient nous consoler dans nos épreuves et nos larmes. Il se fait notre défenseur contre les ennemis qui veulent détruire notre vie d’enfant de Dieu. Il est notre avocat.
 
Jésus le nomme aussi : Esprit-Saint. Car c’est lui qui nous conduit à une sainteté de vie et à un témoignage sanctifiant, si nous lui sommes fidèles. Car Lui-même étant Saint, il est le sanctificateur au ras de nos vies quotidiennes par sa présence dynamique dans la Parole, dans les sacrements, dans l’Église, et aussi par une multitude d’autres chemins que chacun doit reconnaître pour y être docile et marcher vers sa maturité chrétienne.
 
Jésus nomme encore cet Esprit : l’Esprit de vérité. Sans lui, nous ne pouvons pas connaître le véritable Dieu : notre Père. Sans lui, la Parole de Dieu notre Père est morte pour nous. Sans lui, les sacrements ne sont pas des sources jaillissantes en nous, mais des rites extérieurs et souvent vides de sens.
 
Jésus explique à ses disciples désemparés : « C'est l'Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. » (Jean 6, 63) Puissions-nous répondre à Jésus comme l’a fait Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous? Tu as des paroles de vie éternelle. Et nous, nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu. »  C’est l’Esprit qui nous rappelle les Paroles de Jésus et nous conduit à toujours mieux les comprendre dans la prière et la méditation. Alors, ces Paroles deviennent en nous « esprit et vie », vitalité chrétienne sans cesse renouvelée, comme une source jaillissant du fond de notre cœur.
 
Il faut chercher à toujours mieux connaître cet Esprit. Je vous invite à lire mon livre intitulé : Devenir enfant de Dieu. Il vous offrira des précisions sur les rôles si vitaux de l’Esprit dans notre vie spirituelle quotidienne et dans notre témoignage en faveur de Jésus ressuscité.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 20 mai 2017

L’Esprit qui donne la vie

La communauté chrétienne rassemblée atteste sa foi en disant : « Je crois en l’Esprit-Saint qui est Seigneur et qui donne la vie. » Que signifions-nous quand nous faisons cette proclamation de notre foi? Nous reconnaissons que l’Esprit-Saint est à l’origine d’une nouvelle naissance : celle des enfants de Dieu recevant une vie spirituelle et éternelle de leur Père par Jésus ressuscité et par son Esprit. Comment le savons-nous? C’est saint Jean qui nous l’apprend.
 
Jésus déclare à Nicodème (Jean 3, 1-17), un maître et un notable dans son peuple : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » Nicodème est estomaqué! « Comment un homme pourrait-il naître s'il est vieux? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître? » Jésus insiste et précise : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. » Certes, l’Esprit est bien mystérieux. Comme le vent, nous ne savons pas d’où il vient ni où il va. Mais nous expérimentons ses effets : il donne la vie éternelle. Et il le fait par le lien vital qu’il crée entre le croyant et Jésus qui, du haut de la croix, a livré son Souffle (Esprit) à ceux qui croient (Jean 19, 30. 34). En somme, cette œuvre de l‘Esprit est en même temps l’œuvre du Fils mort et ressuscité et en dernier essor l’œuvre du Père qui est source de toute vie. Dieu a tant aimé le monde! Il a voulu faire de ceux qui croient en Jésus ses propres enfants, membres de sa famille divine. Voilà ce que font la foi et le baptême, par l’Esprit de Jésus.
 
Le sacrement du baptême est le moyen voulu par le Père pour que Jésus ressuscité donne son Esprit qui est vie éternelle à celles et ceux qui croient.
 
Suis-je conscient de cet immense cadeau? J’ai développé ces réalités dans mon livre intitulé : Devenir enfant de Dieu. Je vous invite à le lire, à méditer les pages qui vous rejoignent le plus, qui parlent à votre cœur et vous révèlent l’étonnant mystère que vous portez au fond de vous : un cœur neuf, le cœur d’un enfant de Dieu qui se fait follement chéri par le Père, cœur qui est habité par l’Esprit de Jésus ressuscité y apportant la vie divine en abondance.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

mercredi 17 mai 2017

Comment connaître l’Esprit-Saint?

Nous proclamons notre foi en communauté, durant la messe dominicale : « Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie; il procède du Père et du Fils; avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire;  il a parlé par les prophètes. »
 
D’où nous vient cette connaissance de la troisième personne de la Sainte Trinité? Pour connaître Dieu et quelques aspects de son mystère intime comme de ses actions dans nos vies personnelles, nos communautés, nos sociétés et notre monde, nous ne pouvons pas nous contenter de puiser dans nos connaissances naturelles des réalités. Car « seul Dieu peut bien parler de Dieu. » C’est donc dans la Parole de Dieu qu’il nous puiser pour en venir à connaître, au moins un peu, cet Esprit à la fois bien mystérieux et bien actif parmi nous et en nous.
 
Car il faut ajouter que nous pouvons aussi avoir une certaine connaissance de l’Esprit de Jésus et du Père en nous, si nous sommes attentifs, dans la prière et le discernement, aux mouvements que provoque la présence de cet Esprit divin dans notre affectivité spirituelle. Je pense à la place reconnue à l’Esprit consolateur dans la méthode de saint Ignace pour en venir à discerner les mouvements de l’Esprit dans notre vie spirituelle, y soulignant le rôle fondamental de ces consolations. Mais remontons plus avant : chez le prophète Isaïe. « Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. » L’Esprit de Dieu vient consoler le peuple en exil.
 
Jésus, c’est le Fils de Dieu envoyé pour parler au cœur des croyants, de toutes les personnes de bonne volonté. Toujours, il offre l’Esprit-Saint, celui que nous aimons appeler : « l’Esprit consolateur »
 
« Viens, Esprit-Saint […] Consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos, dans la fièvre, la fraîcheur, dans les pleurs, le réconfort... »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 13 mai 2017

L’exultation pascale

Alors que nous approchons de la Pentecôte, notre cœur doit s’imprégner de la joie de Pâques. Exultation de celles et ceux qui suivent le Christ dans sa Pâque! Laissons-la doucement chanter dans nos cœurs.

Nous te louons, splendeur du Père. Jésus, Fils de Dieu. 
Qu’éclate dans le ciel la joie des anges!
Qu’éclate de partout la joie du monde
Qu’éclate dans l’Église la joie des fils de Dieu
La lumière éclaire l’Église,
La lumière éclaire la terre, peuples, chantez!
Voici pour tous les temps l’unique Pâque,
Voici pour Israël le grand passage,
Voici la longue marche vers la terre de liberté!
Ta lumière éclaire la route,
Dans la nuit ton peuple s’avance, libre, vainqueur! […]
Voici maintenant la Victoire,
Voici la liberté pour tous les peuples,
Le Christ ressuscité triomphe de la mort.
Ô nuit qui nous rend la lumière,
Ô nuit qui vit dans sa Gloire le Christ Seigneur!
Amour infini de notre Père,
Suprême témoignage de tendresse,
Pour libérer l’esclave, tu as livré le Fils!
Bienheureuse faute de l’homme,
Qui valut au monde en détresse le seul Sauveur!
Victoire qui rassemble ciel et terre,
Victoire où Dieu se donne un nouveau peuple
Victoire de l’Amour, victoire de la Vie.
Ô Père, accueille la flamme,
Qui vers toi s’élève en offrande, feu de nos cœurs!
Que brille devant toi cette lumière!
Demain se lèvera l’aube nouvelle
D’un monde rajeuni dans la Pâque de ton Fils!
Et que règnent la Paix, la Justice et l’Amour,
Et que passent tous les hommes
De cette terre à ta grande maison, par Jésus Christ!

Laissons ces mots pénétrer jusqu’au fond de nos cœurs et que leur Souffle y active le feu qui y pétille pour qu’il « s’enflamme d’avantage, comme une torche en mouvement. » (s. Augustin)