mardi 30 décembre 2014

Les esclaves d’aujourd’hui

J’ai longtemps pensé que l’esclavage était un phénomène d’un passé lointain. Mais il y a quelques années, j’ai découvert que la réalité est bien différente. Il y a plus d’esclaves aujourd’hui dans le monde qu’il n’y en avait dans le passé. Mais qui sont-ils? Où sont-ils?
 
En ce début de la nouvelle année, le pape François nous demande de faire croître en nous la conscience qu’existe bien ce phénomène tragique, inhumain, contraire à ce qui est le plus sacré : notre commune humanité et dignité. Car ce « fléau toujours plus répandu de l’exploitation de l’homme par l’homme blesse gravement la vie de communion et la vocation à tisser des relations interpersonnelles empreintes de respect, de justice et de charité. »
 
Cet abominable phénomène, qui conduit à piétiner la dignité et les droits fondamentaux de l’autre et à en anéantir la liberté et la dignité, prend de multiples formes. Dressons-en une liste partielle mais déjà impressionnantes. Ce sont les nombreux travailleurs et travailleuses, même mineurs, asservis dans les divers secteurs, du travail domestique au travail agricole, de l’industrie manufacturière au secteur minier, tant dans les pays où la législation du travail n’est pas conforme aux normes et aux standards minimaux internationaux que, même illégalement, dans les pays où la législation protège le travailleur. Ce sont les  nombreux migrants qui souffrent de la faim, sont privés de liberté, dépouillés de leurs biens ou abusés physiquement et sexuellement. Ce sont ceux d’entre eux qui, arrivés à destination après un voyage dans des conditions physiques très dures et dominé par la peur et l’insécurité, sont détenus dans des conditions souvent inhumaines. Ce sont ces migrants poussés à vivre dans la clandestinité et écrasés par un véritable « travail esclave ».
 
Il y en a encore d'autres : les personnes contraintes de se prostituer, les esclaves sexuels, les femmes forcées de se marier, même vendues dans ce but, les victimes de prélèvements d’organes,  les enfants soldats.
 
Phénomène ahurissant! Il importe au moins d’en prendre conscience et de voir, chacun et chacune dans sa conscience, ce qu’il y a à faire seuls ou ensemble pour œuvrer à extirper ce fléau de notre humanité en voie de mondialisation. S’agira-t-il d’une mondialisation de l’esclavage ou d’une mondialisation de la solidarité et de la fraternité?
 
Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 22 décembre 2014

Le crucifix

Habituellement, un crucifix est disposé proche du tabernacle. Il marque le lien historique avec l’origine de ce don de l’Eucharistie aux humains. « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jean 3, 16 s) Et Jésus, la veille de sa mort, oriente le cœur vers ce don : « Nul n'a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. » (Jean 15, 13)
 
Le tabernacle rend visible au croyant le Dieu caché fou d’amour pour nous. 
(6e texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 15 décembre 2014

Le dialogue de Noël

Jésus 

Je te regarde couché sur la paille.
Je voudrais bien que mon cœur soit une chaude crèche pour t’accueillir.
Mais mon cœur est bien pauvre et si peu accueillant.
Il est froid, sans feu qui pétille, sans sourire. 

J’entends dans mon cœur ta réponse. 

Ne t’inquiète pas ainsi!
Je suis ce pauvre qui tend la main au coin de la rue.
Regarde-moi avec tendresse, offre-moi un sourire, peut-être aussi un sou. 

Je suis cette vieille dame qui se meurt d’ennui dans sa solitude.
Visite-moi : ce sera un geste amical et consolant.
 
Je suis ce jeune en mal d’être compris et encouragé.
Dis-moi un mot qui me dise au coeur que je suis bien une personne aimable. 

Je suis cet enfant qui est en train de mourir de faim et de froid.
Viens à mon secours selon ce que tu peux. 

Merci de m’accueillir ainsi dans ton cœur.  

Et en ce jour de Noël, je suis pour toi bénédictions.
Et je le serai durant l’année 2015. 

MERCI Jésus! Que tes bénédictions soient aussi pour toutes les personnes qui t’offriront une crèche, un peu de chaleur, une bouchée de pain, un sourire.  
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 12 décembre 2014

La lampe du tabernacle

C’est cette petite lampe rouge qui attire d’abord notre regard, surtout dans la nuit. Elle fait penser à la lumière du phare toujours brillant dans la tempête et guidant en sécurité vers le bon port. Elle indique la présence effective d'hosties consacrées dans le tabernacle. Elle symbolise aussi les fidèles en adoration, veillant avec leur Seigneur et Ami.
 
Le tabernacle rend visible au croyant le Dieu caché se faisant petite lampe pour nos pas hésitants dans les ténèbres de la vie.
(5e texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 5 décembre 2014

Voir l’invisible

L’usage de tabernacles ou de contenants d’autres formes pour garder des hosties consacrées remonte aux débuts de l’ère chrétienne. Nos ancêtres ont peu à peu saisi le besoin de cette présence, certes cachée, mais bien active de Jésus au milieu d’eux. Car Jésus a voulu rester toujours disponible dans le sacrement pour les malades en danger de mort, afin qu’Il soit leur viatique lors du grand passage vers la vie éternelle. Mais il s’offre aussi à l’adoration, à la louange, à l’intercession, en somme à un cœur à cœur toujours mystérieux et vivifiant.
 
Le pouvoir de l’image et du symbole
Mais revenons à notre questionnement : « Que perçoivent donc là celles et ceux qui se tiennent, parfois même longuement et en silence devant un tabernacle, et que plusieurs d’entre nous ne trouvent pas? »
 
Pour deviner un peu cette expérience, prenons une comparaison. Que ressent-on parfois en sortant d’une exposition d’œuvres d’art? L’émerveillement devant ces images pacifie notre cœur. Nous avons le goût de nous recueillir et de laisser pénétrer en nous la beauté étalée sous nos yeux. Nous devinons caché dans cette matière, devenue subtile et presque translucide, le secret invisible de notre vie, de nos désirs, de nos attentes, de nos aspirations.
 
Et dans quel langage dire ces sentiments? Le langage scientifique ne suffit pas ici. Pour évoquer l’invisible, les grandes traditions religieuses ou poétiques se servent du langage symbolique qui relie en une seule gerbe un grand nombre de sens possibles, connexes et qui ouvrent un très large horizon de significations à l’intuition, à la pensée et à la méditation.
 
La tradition artistique chrétienne a une longue histoire de l’usage des images et des symboles pour tracer les chemins du visible à l’invisible. Le tabernacle est un de ces sentiers. Arrêtons-nous à certains des symboles, souvent gravés sur les portes des tabernacles ou reproduits dans leur environnement immédiat, qui en une seule image évoquent toute une histoire divine en relation avec le Christ, Dieu rendu visible à nos yeux.
(4e texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 29 novembre 2014

Jésus tabernacle divin dans notre histoire

Pour les disciples de Jésus, l'histoire du tabernacle ne s’arrête pas à ces catastrophes qui ont détruit la tente de rencontre d’Israël. Le plan de Dieu a voulu que ce tabernacle, lieu de rencontre de Dieu et de son Peuple au désert, soit comme la préfiguration d’un autre tabernacle. C’est l’évangéliste Jean qui nous le révèle. « Le Verbe s'est fait chair et il a piqué sa tente au cœur de notre camp. » (Jean 1,14) Croyants et croyantes, nous sommes des nomades, et Dieu a voulu que son Fils, Jésus, devienne le véritable tabernacle dont le tabernacle ancien était l’image, la préfiguration. Le Dieu invisible, que personne n’a jamais vu, se rend visible à nos yeux en son Fils Jésus. Dieu vient ainsi partager notre vie, se faire tout proche et nous donner accès à Lui. Caché sous l’humilité d’une chair humaine, comme il le fut dans l’obscurité de la tente de la rencontre, Dieu est avec nous pour toujours, lui le Dieu de la tendresse, de la fidélité, de la gratuité, de l’amour miséricordieux.
 
Mort et ressuscité, Jésus est disparu de nos yeux. Mais il a voulu demeurer avec nous, voilé, mais visible par la foi, dans le mystère de l’Eucharistie. La célébration de la messe est le grand moment de la rencontre du Dieu fait l’un de nous et chacun de nous en communauté. Là, il se donne en nourriture et en boisson, dans le sacrement de l’alliance nouvelle et éternelle. Il vient ainsi, dans nos tabernacles, demeurer au cœur de son Peuple, comme autrefois dans le désert avec les nomades désirant ardemment le but de leur marche périlleuse. Il nous y donne rendez-vous, nous convoque à le rencontrer dans la pénombre de nos tabernacles de bois, de bronze ou d’or! Comme autrefois dans le désert, il parle à nos cœurs et guide nos pas jusqu’à la terre promise de paix et de joie éternelles. Quel mystère!
(3e texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 23 novembre 2014

La tente de rendez-vous

L’Ancien Testament nous fait connaître l’existence d’un tabernacle qui a joué un très grand rôle dans les pérégrinations du peuple d’Israël Appelé aussi la tente de réunion, ou de rencontre, ou encore de rendez-vous, c’était le lieu essentiel des rencontres entre Dieu et son Peuple durant ses marches au désert, jusqu’à la terre promise. Encore nommé « la demeure de Dieu », le Tout-Autre invisible s’y faisait le Tout-Proche, présent dans la nuée à la fois lumineuse et obscure. De là, par l’intermédiaire de Moïse, il guidait les Hébreux à travers les périls de leur pauvre vie nomade pour les conduire jusqu’à la Terre promise.
 
Le Dieu que personne ne peut voir sans mourir et qui demeure au ciel se rendait, là dans ce tabernacle situé au cœur du camp et mobile comme lui, présent aux vicissitudes de son Peuple en restant à la fois tout proche et caché dans la nuée qui couvre la tente. En somme, ce tabernacle mobile était le lieu essentiel de la rencontre de Dieu avec son Peuple. Il était reconnu comme particulièrement saint, sanctifié par cette présence mystérieuse, cachée, mais agissante, qui dirigeait toute l’histoire du Peuple et par lui le destin à venir de l’humanité.
 
La raison d’être pratique de ce tabernacle était d’abriter l’arche d’alliance appelée aussi l’arche du Témoignage. C’est là qu’étaient gardées très précieusement les tables que Moïse reçut de Dieu sur le mont Sinaï après que le Très-Haut y eut gravé les clauses de l’alliance entre Lui et le Peuple. En somme, l’arche de l’alliance et son contenu sont, dans le tabernacle, le signe visible du Dieu invisible. C’est le « Saint des Saints » qui à la fois manifestera et cachera la présence Dieu à son Peuple jusqu’à ce que le tabernacle soit remplacé par le temple. Mais ce dernier avec tout son contenu sera détruit par les grandes guerres qui ont dispersé le Peuple dans le monde.
(2e texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 14 novembre 2014

Nos tabernacles

Un photographe en train de préparer une exposition de photos de divers tabernacles des paroisses environnantes m’a un jour demandé un texte pour accompagner sa présentation. Il s’agit de Monsieur Richard Perron, dont vous pouvez examiner le site Internet très riche. C’est cet écrit que je vous présente en quelques épisodes.
 
On raconte que Moïse, guidé par une foi capable de voir les œuvres cachées de Dieu dans l’obscurité de l’histoire, accomplit la libération de son peuple. Il a su percevoir « l’Invisible dans la matière ». C’est le chemin que sont appelés à suivre tous les croyants et croyantes. Depuis que le Dieu éternel et invisible s’est rendu visible à nos yeux lors de l’Incarnation de son Fils Unique dans notre chair, ce passage par les images et les symboles s’offre à qui veut apprivoiser le mystère des réalités invisibles qui œuvrent en toute vie humaine.
 

Les tabernacles font partie de ces canaux par où on pénètre la matière pour y contempler l’indicible mystère. Qu'ils meublent nos cathédrales, nos humbles églises de campagne ou encore ces chapelles rencontrées ici et là, les tabernacles sont de petites armoires destinées à conserver les ciboires contenant des hosties consacrées durant la messe. On y garde précieusement et sous clé ce qui symbolise et rend présent le « grand mystère de la foi » que l’assemblée chante après la consécration du pain et du vin.
 
Afin de stimuler ce passage incessant du visible à l’Invisible, les tabernacles sont souvent des œuvres d’art. Même les plus humbles sont décorés de symboles qui cherchent à évoquer le mystère qui se cache là, dans l’obscurité, et qui attire, questionne, rayonne. Mais comment ne pas nous demander : « Que voient donc là celles et ceux qui s’y tiennent, parfois même longuement et en silence, et que plusieurs d’entre nous ne trouvent pas? »
(1er texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 9 novembre 2014

Prière du pape François à Marie

Le pape termine son grand texte intitulé La joie de l’Évangile en demandant à Marie  «que, par sa prière maternelle, elle nous aide pour que l’Église devienne une maison pour beaucoup, une mère pour tous les peuples, et rende possible la naissance d’un monde nouveau. »
 
Je transcris tout simplement cette prière. Puisse-t-elle nous inspirer pour qu’à notre tour nous osions nous adresser à la mère de Jésus, la reconnaissant comme notre mère et celle capable de faire de nous des personnes engagées au service de l’Évangile!
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
 
Vierge et Mère Marie,
toi qui, mue par l’Esprit,
as accueilli le Verbe de la vie
dans la profondeur de ta foi humble,
totalement abandonnée à l’Éternel,
aide-nous à dire notre “oui”
dans l’urgence, plus que jamais pressante,
de faire retentir la Bonne Nouvelle de Jésus.

 
Toi, remplie de la présence du Christ,
tu as porté la joie à Jean-Baptiste,
le faisant exulter dans le sein de sa mère.
Toi, tressaillant de joie,
tu as chanté les merveilles du Seigneur.
Toi, qui es restée ferme près de la Croix
avec une foi inébranlable
et a reçu la joyeuse consolation de la résurrection,
tu as réuni les disciples dans l’attente de l’Esprit
afin que naisse l’Église évangélisatrice.

 
Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités
pour porter à tous l’Évangile de la vie
qui triomphe de la mort.
Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies
pour que parvienne à tous
le don de la beauté qui ne se ternit pas.

 
Toi, Vierge de l’écoute et de la contemplation,
mère du bel amour, épouse des noces éternelles,
intercède pour l’Église, dont tu es l’icône très pure,
afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais se s’arrête
dans sa passion pour instaurer le Royaume.

 
Étoile de la nouvelle évangélisation,
aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion,
du service, de la foi ardente et généreuse,
de la justice et de l’amour pour les pauvres,
pour que la joie de l’Évangile
parvienne jusqu’aux confins de la terre
et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière.

 
Mère de l’Évangile vivant,
source de joie pour les petits,
prie pour nous.
Amen. Alléluia!

mercredi 5 novembre 2014

Marie, Mère de l’Évangélisation

« Avec l’Esprit Saint, il y a toujours Marie au milieu du peuple. Elle était avec les disciples pour l’invoquer (cf. Ac 1,14), et elle a ainsi rendu possible l’explosion missionnaire advenue à la Pentecôte. Elle est la Mère de l’Église évangélisatrice et sans elle nous n’arrivons pas à comprendre pleinement l’esprit de la nouvelle évangélisation. »
 
Nous sommes à la fin de l’intense Exhortation du pape François  La joie de l’Évangile (par. 284ss). Et c’est en ces mots qu’il commence son hommage filial à Marie. Il la reconnaît comme le don de Dieu à son Peuple, réalisé par Jésus sur la croix, quand il dit à Marie : «Femme, voici ton fils », puis qu’il dit à l’ami bien-aimé : « Voici ta mère » (Jn 19, 26-27).  Jésus nous a laissé sa mère comme notre mère. « Il nous conduit à elle, car il ne veut pas que nous marchions sans une mère. »
 
« Marie est celle qui sait transformer une grotte pour des animaux en maison de Jésus, avec de pauvres langes et une montagne de tendresse. Elle est la petite servante du Père qui tressaille de joie dans la louange. Elle est l’amie toujours attentive pour que le vin ne manque pas dans notre vie. Elle est celle dont le cœur est transpercé par la lance, qui comprend toutes les peines. Comme mère de tous, elle est signe d’espérance pour les peuples qui souffrent les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que naisse la justice. Elle est la missionnaire qui se fait proche de nous pour nous accompagner dans la vie, ouvrant nos cœurs à la foi avec affection maternelle. Comme une vraie mère, elle marche avec nous, lutte avec nous, et répand sans cesse la proximité de l’amour de Dieu. »
 
Marie est l’Étoile de la nouvelle évangélisation. Nous fixons notre regard sur elle, pour qu’elle nous aide à annoncer à tous le message de salut. « Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Église. Car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. En elle, nous voyons que l’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles, mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants. » Elle met de la chaleur maternelle dans notre quête de justice. « Cette dynamique de justice et de tendresse, de contemplation et de marche vers les autres, est ce qui fait d’elle un modèle ecclésial pour l’évangélisation. »
 
Quelle est la place de Marie dans ma vie de baptisé et d’engagé dans l’Église et pour un monde plus juste et plus fraternel?
(47e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

jeudi 30 octobre 2014

La force missionnaire de l’intercession

Le pape François (dans La joie de l’Évangile par. 281ss) nous enseigne une forme de prière qui nous stimule au don de nous-mêmes pour l’évangélisation et nous motive à chercher le bien des autres : c’est l’intercession. Il nous donne en exemple saint Paul. Sa prière était remplie de personnes : « En tout temps dans toutes mes prières pour vous tous […] car je vous porte dans mon cœur » (Ph 1, 4.7).
 
Puis le pape note que cette attitude se transforme aussi en remerciement à Dieu pour les autres : « Et d’abord je remercie mon Dieu par Jésus Christ à votre sujet à tous » (Rm 1, 8). C’est un remerciement constant : « Je rends grâce à Dieu sans cesse à votre sujet pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée dans le Christ Jésus » (1 Co 1,4); « Je rends grâce à Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous » (Ph 1, 3).
 
Pour développer ces deux formes de prières (intercession et remerciement), il faut développer en nous un certain regard. « Ce n’est pas un regard incrédule, négatif et privé d’espérance, mais bien un regard spirituel, de foi profonde, qui reconnaît ce que Dieu même fait en eux. En même temps, c’est la gratitude qui vient d’un cœur vraiment attentif aux autres. De cette manière, quand un évangélisateur sort de sa prière, son cœur est devenu plus généreux, il s’est libéré de l’isolement et il désire faire le bien et partager la vie avec les autres. »
 
« Nous pouvons dire que l’intercession émeut le cœur de Dieu, mais, en réalité, c’est lui qui nous précède toujours, et ce que nous sommes capables d’obtenir par notre intercession c’est la manifestation, avec une plus grande clarté, de sa puissance, de son amour et de sa loyauté au sein de son peuple. »
(46e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 18 octobre 2014

L’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit

Dans La joie de l’Évangile (par. 275ss.), le pape François commente diverses attitudes négatives vécues en Église : pessimisme, fatalisme, méfiance. Certaines personnes ne se donnent pas à la mission parce qu’elles croient que rien ne peut changer. «Cette attitude est précisément une mauvaise excuse pour rester enfermés dans le confort, la paresse, la tristesse de l’insatisfaction, le vide égoïste. »
 
Les premiers disciples allèrent prêcher, « le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole » (Mc16, 20). Cela s’accomplit aussi de nos jours. Le Christ ressuscité nous invite à le connaître, à vivre avec lui. Il est « la source profonde de notre espérance, et son aide ne nous manquera pas dans l’accomplissement de la mission qu’il nous confie. (…) Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. » Notre défi est d’y croire de tout notre cœur.
 
La foi signifie croire en Jésus, croire, qu’il est vivant, qu’il nous aime vraiment, qu’il ne nous abandonne pas, qu’il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie, qu’il marche victorieux avec nous dans l’histoire.  « La résurrection du Christ produit partout les germes de ce monde nouveau; et même s’ils venaient à être taillés, ils poussent de nouveau, car la résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée de cette histoire, car Jésus n’est pas ressuscité pour rien. Ne restons pas en marge de ce chemin de l’espérance vivante ! »
 
« La mission n’est pas un commerce ni un projet d’entreprise, pas plus qu’une organisation humanitaire, ni un spectacle pour raconter combien de personnes se sont engagées grâce à notre propagande; elle est quelque chose de beaucoup plus profond, qui échappe à toute mesure. (…) L’Esprit Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut; nous nous dépensons sans prétendre, cependant, voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire. Apprenons à nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble. »
 
Cette attitude demande une confiance ferme en l’Esprit Saint, à alimenter dans la prière. « Il est vrai que cette confiance en l’invisible peut nous donner le vertige : c’est comme se plonger dans une mer où nous ne savons pas ce que nous allons rencontrer. Moi-même j’en ai fait l’expérience plusieurs fois. Toutefois, il n’y a pas de plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à vouloir calculer et contrôler tout, et de permettre à l’Esprit de nous éclairer, de nous guider, de nous orienter, et de nous conduire là où il veut. Il sait bien ce dont nous avons besoin à chaque époque et à chaque instant.»
 
Est-ce que j’entretiens par la prière la certitude de l’action de Jésus Ressuscité et de son Esprit dans ma vie et dans mon engagement dans l’Église et dans le monde?
(45e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 10 octobre 2014

Le plaisir spirituel d’être un peuple

Le pape François nous étonne toujours par ses audacieuses initiatives pour se faire proche de tous, surtout des pauvres de toutes catégories. Dans La joie de l’Évangile (par. 268ss), il explicite les raisons évangéliques de ce style apostolique.  Pour être d’authentiques évangélisateurs, il faut développer « le goût spirituel d’être proche de la vie des gens, jusqu’à découvrir que c’est une source de joie supérieure. » Car en regardant Jésus en Croix, « nous redécouvrons qu’il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé. »
 
L’Évangile nous montre Jésus proche de tous. « Quand il parlait avec une personne, il la regardait dans les yeux avec une attention profonde pleine d’amour : “Jésus fixa sur lui son regard et l’aima” (Mc 10, 21). Nous le voyons accessible, quand il s’approche de l’aveugle au bord du chemin (cf. Mc 10, 46-52), et quand il mange et boit avec les pécheurs (cf. Mc 2, 16), sans se préoccuper d’être traité de glouton et d’ivrogne (cf. Mt 11, 19). Nous le voyons disponible quand il laisse une prostituée lui oindre les pieds (cf. Lc 7, 36-50) ou quand il accueille de nuit Nicodème (cf. Jn 3,1-15). Le don de Jésus sur la croix n’est autre que le sommet de ce style qui a marqué toute sa vie. »
 
François nous invite à nous laisser séduire par ces exemples. Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres, que nous entrions en contact avec l’existence concrète des autres et que nous connaissions « la force de la tendresse.» Alors, « nous voulons nous intégrer profondément dans la société, partager la vie de tous et écouter leurs inquiétudes, collaborer matériellement et spirituellement avec eux dans leurs nécessités, nous réjouir avec ceux qui sont joyeux, pleurer avec ceux qui pleurent et nous engager pour la construction d’un monde nouveau, coude à coude avec les autres. »
 
L’œuvre d’évangélisation enrichit alors l’esprit et le cœur, « nous ouvre des horizons spirituels, nous rend plus sensibles pour reconnaître l’action de l’Esprit, nous fait sortir de nos schémas spirituels limités. En même temps, un missionnaire pleinement dévoué expérimente dans son travail le plaisir d’être une source, qui déborde et rafraîchit les autres. (…) Personne ne vit mieux en fuyant les autres, en se cachant, en refusant de compatir et de donner, en s’enfermant dans le confort. Ce n’est rien d’autre qu’un lent suicide. »
 
« Brisons les murs, pour que notre cœur se remplisse de visages et de noms! »
 
Est-ce là un programme que je veux et peux mettre en application? Quel est le pas que je suis appelé à faire aujourd’hui en ce sens?
(44e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

jeudi 2 octobre 2014

La rencontre personnelle avec l’amour de Jésus

« La première motivation pour évangéliser est l’amour de Jésus que nous avons reçu, l’expérience d’être sauvés par lui qui nous pousse à l’aimer toujours plus. Mais, quel est cet amour qui ne ressent pas la nécessité de parler de l’être aimé, de le montrer, de le faire connaître? Si nous ne ressentons pas l’intense désir de le communiquer, il est nécessaire de prendre le temps de lui demander dans la prière qu’il vienne nous séduire. » Ainsi s’exprime le pape François dans La joie de l’Évangile (par. 264).
 
La meilleure motivation pour se décider à communiquer l’Évangile est de le contempler avec amour, de s’attarder en ses pages et de le lire avec le cœur. « Toute la vie de Jésus, sa manière d’agir avec les pauvres, ses gestes, sa cohérence, sa générosité quotidienne et simple, et finalement son dévouement total, tout est précieux et parle à notre propre vie. »
« L’Évangile répond aux nécessités les plus profondes des personnes, parce que nous avons tous été créés pour ce que l’Évangile nous propose : l’amitié avec Jésus et l’amour fraternel. » Il est un trésor de vie et d’amour. « Notre tristesse infinie ne se soigne que par un amour infini. »
 
Il importe de goûter soi-même cette amitié de Jésus et son message. « On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. » Le véritable missionnaire  « sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne. »
 
Ai-je été séduit par Jésus? Ça a changé ma vie? Ça me donne le besoin intime d’en parler, de le faire connaître?
(43e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 26 septembre 2014

L’esprit de la nouvelle évangélisation

« À la Pentecôte, l’Esprit fait sortir d’eux-mêmes les Apôtres et les transforme en annonciateurs des grandeurs de Dieu. » De plus, il infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, (parresia), à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant.
 
C’est ainsi que le pape François commence le dernier chapitre (par. 262-288) de son exhortation apostolique intitulée La joie de l’Évangile. Et il explicite : « Comme je voudrais trouver les paroles pour encourager une période évangélisatrice plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d’amour profond, et de vie contagieuse! Mais je sais qu’aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec l’Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Église évangélisatrice. »
 
Puis le pape invoque l’Esprit Saint « de venir renouveler, secouer, pousser l’Église dans une audacieuse sortie au dehors de soi, pour évangéliser tous les peuples. » Suivent quelques motivations et suggestions spirituelles.
 
Comment accueillir l’impulsion missionnaire venant de l’Esprit? « Il faut toujours cultiver un espace intérieur qui donne un sens chrétien à l’engagement et à l’activité. Sans des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens, nous nous affaiblissons à cause de la fatigue et des difficultés, et la ferveur s’éteint. L’Église ne peut vivre sans le poumon de la prière. »
 
« Il est salutaire de se souvenir des premiers chrétiens et de tant de frères au cours de l’histoire qui furent remplis de joie, pleins de courage, infatigables dans l’annonce, et capables d’une grande résistance active. (…) Apprenons des saints qui nous ont précédés et qui ont affronté les difficultés propres à leur époque. » Le pape offre quelques motivations qui nous aideront à les imiter aujourd’hui. Et il coiffe ces motivations des titres suivants :
·         La rencontre personnelle avec l'amour de Jésus qui nous sauve.
·         Le plaisir spirituel d’être un peuple.
·         L’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit.
·         La force missionnaire de l’intercession.
 
Dans mes prochains textes, je résumerai ces orientations de vie chrétienne et apostolique que le pape juge adaptées aux besoins de notre Église actuelle et de notre monde.
 
Est-ce que je vis « des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur »?
(42e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 20 septembre 2014

Un chemin de dialogue

Selon le pape François (La joie de l’Évangile par. 238-258), l’Église doit s’engager dans trois champs de dialogue « pour accomplir un service en faveur du plein développement de l’être humain et procurer le bien commun : le dialogue avec les États, avec la société – qui inclut le dialogue avec les cultures et avec les sciences – et avec les autres croyants qui ne font pas partie de l’Église catholique. »
 
« Dans le dialogue avec l’État et avec la société, l’Église n’a pas de solutions pour toutes les questions particulières. Mais, avec les diverses forces sociales, elle accompagne les propositions qui peuvent répondre le mieux à la dignité de la personne humaine et au bien commun. »
 
Le dialogue entre science et foi est aussi un chemin d’harmonie et de pacification. La foi ne craint pas la raison. Elle la cherche et lui fait confiance.  « L’évangélisation est attentive aux avancées scientifiques pour les éclairer de la lumière de la foi et de la loi naturelle, de manière à ce qu’elles respectent toujours la centralité et la valeur suprême de la personne humaine en toutes les phases de son existence. »
 
L’engagement œcuménique est une condition de la paix entre les peuples. Il est un apport à l’unité de la famille humaine. Le pape ajoute de nombreuses remarques fort stimulantes sur le dialogue avec le Judaïsme, l’Islam, les autres religions, aussi avec les personnes qui ne se rattachent à aucune tradition religieuse. On trouve dans ces paragraphes des  paroles de sagesse à accueillir comme autant d’appels à notre responsabilité envers l’Évangile et la paix.
 
Enfin, le pape insiste sur l’importance du respect de la liberté religieuse.  Elle comprend la liberté de choisir la religion que l’on estime vraie et de manifester publiquement sa propre croyance. Un sain pluralisme « n’implique pas une privatisation des religions, avec la prétention de les réduire au silence, à l’obscurité de la conscience de chacun, ou à la marginalité de l’enclos fermé des églises, des synagogues et des mosquées. Il s’agirait en définitive d’une nouvelle forme de discrimination et d’autoritarisme. Le respect dû aux minorités agnostiques et non croyantes ne doit pas s’imposer de manière arbitraire qui fasse taire les convictions des majorités croyantes ni ignorer la richesse des traditions religieuses. Cela, à la longue, susciterait plus de ressentiment que de tolérance et de paix. 
 
Ai-je déjà réfléchi à l’un ou l’autre de ces chemins de dialogue en vue de la paix? Y ai-je déjà fait quelques pas? Et quel pas est devant moi?
(41e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 8 septembre 2014

Heureux les artisans de paix

Comme la joie et l’amour, la paix est un fruit de l’Esprit (cf. Ga 5, 22) (1). Le pape François (dans La joie de l’Évangile par, 217-237 (2)) montre que le bien commun (3) et la paix (4) font partie d’une annonce véritable de la dimension sociale de l’Évangile.
 
Il rappelle d’abord que la paix n’est pas simplement une absence de guerre, de violence obtenue par l’imposition d’un secteur sur les autres. De même, la paix ne peut pas servir d’excuse « pour justifier une organisation sociale qui réduit au silence ou tranquillise les plus pauvres, de manière à ce que ceux qui jouissent des plus grands bénéfices puissent conserver leur style de vie sans heurt, alors que les autres survivent comme ils peuvent. Les revendications sociales qui ont un rapport avec la distribution des revenus, l’intégration sociale des pauvres et les droits humains ne peuvent pas être étouffées sous prétexte de construire un consensus de bureau ou une paix éphémère, pour une minorité heureuse. La dignité de la personne humaine et le bien commun sont au-dessus de la tranquillité de quelques-uns qui ne veulent pas renoncer à leurs privilèges. »
 
La paix suppose un ordre qui comporte une justice plus parfaite entre les hommes. « En définitive, une paix qui n’est pas le fruit du développement intégral de tous n’aura pas d’avenir et sera toujours semence de nouveaux conflits et de diverses formes de violence. »
 
Le pape affirme que « pour avancer dans cette construction d’un peuple en paix, juste et fraternel, il y quatre principes reliés à des tensions bipolaires propres à toute réalité sociale. » Ils  « orientent spécifiquement le développement de la cohabitation sociale et la construction d’un peuple où les différences s’harmonisent dans un projet commun. » Leur application « peut être un authentique chemin vers la paix dans chaque nation et dans le monde entier. »
 
Voici ces quatre principes :
·         Le temps est supérieur à l’espace. « Ce principe permet de travailler à long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats. Il aide à supporter avec patience les situations difficiles et adverses, ou les changements des plans qu’impose le dynamisme de la réalité. »
·         L’unité est supérieure au conflit.  « C’est d’accepter de supporter le conflit, de le résoudre et de le transformer en un maillon d’un nouveau processus. »
·         La réalité est supérieure à l’idée. « Ce critère est lié à l’incarnation de la Parole et à sa mise en pratique. »
·         Le tout est supérieur à la partie. Il faut « prêter attention à la dimension globale pour ne pas tomber dans une mesquinerie quotidienne. En même temps, il ne faut pas perdre de vue ce qui est local, ce qui nous fait marcher les pieds sur terre. »
 
« Bienheureux les artisans de paix! » En suis-je un dans mon milieu?
(40e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 1 septembre 2014

Diverses formes de pauvreté


Dès le début de son ministère, le pape François a surpris par son élan audacieux vers les marginalisés, les rejetés, les oubliés. Pensons à ses visites dans les lieux de misère tels qu’hôpitaux pour enfants handicapés ou pauvres, prisons, refuges pour sans-abris. Nous ne pouvons pas oublier les images de sa visite à l’ile de Lampedusa. Quand il est allé au Brésil, il a tenu à aller dans une favéla. On pourrait allonger cette liste de ses gestes qui nous ont à la fois enthousiasmés, mais sans doute aussi dérangés.
 
Dans La joie de l’Évangile (par. 209ss), il présente une sorte d’inventaire de ces marginalisés dans lesquels il reconnaît le Christ souffrant, crucifié, méprisé. « Jésus, l’évangélisateur par excellence et l’Évangile en personne, s’identifie spécialement aux plus petits. (cf. Mt 25, 40). Ceci nous rappelle que nous tous, chrétiens, sommes appelés à avoir soin des plus fragiles de la terre. »
 
Il s’agit de personnes fragiles, qui restent en arrière, les plus dépourvues :
·         les sans-abris;
·         les toxico-dépendants;
·         les réfugiés;
·         les populations indigènes;
·         les personnes âgées toujours plus seules et abandonnées;
·         les migrants;
·         le crime mafieux de la traite des personnes;
·         les femmes souffrant d’exclusion, de maltraitance, de violence;
·         les enfants à naître;
·         l’ensemble de la création dont nous sommes le gardien.
 
Où est-ce que je me situe devant ces personnes?
 
Comment me concerne l'interpellation papale : « Nous tous, les chrétiens, petits, mais forts dans l’amour de Dieu, comme saint François d’Assise, nous sommes appelés à prendre soin de la fragilité du peuple et du monde dans lequel nous vivons. »
(39e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau