dimanche 12 novembre 2017

L’amour pardonne

Aimer, c’est ne pas être rancunier. Ce qui exige un cœur simple qui refuse l’aigreur et pousse à toujours reprendre des relations confiantes avec les autres, quoi qu’il arrive. Au contraire, les mauvais sentiments entretenus finissent par pénétrer les entrailles et gâcher la vie de relations avec les autres. On prend note du mal qui nous est fait, on le comptabilise, on le rumine.
 
« Généralement la tendance, c’est de chercher toujours plus de fautes, d’imaginer toujours plus de méchanceté, de supposer toutes sortes de mauvaises intentions, de sorte que la rancœur s’accroît progressivement et s’enracine. De cette manière, toute erreur ou chute du conjoint peut porter atteinte au lien amoureux et à la stabilité de la famille. Le problème est que parfois on donne la même gravité à tout, avec le risque de devenir impitoyable devant toute erreur de l’autre. La juste revendication de ses propres droits devient une soif de vengeance persistante et constante plus qu’une saine défense de la dignité personnelle. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 105)
 
Le contraire de la rancune, c’est le pardon, qui conduit à ne pas enregistrer le mal qu’on nous fait. L’amour oublie au fur et à mesure ce qui blesse. Le cœur est alors libéré des tentations de concevoir toutes sortes de machinations, de complot pour se venger. Voilà le cœur libre pour aimer vraiment! Pardonner, c’est essayer de comprendre la faiblesse d’autrui et chercher à trouver des excuses à l’autre personne. Le modèle est Jésus en croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu'ils font. » (Luc 23, 34)
 
Pour y suivre Jésus sont exigées une ouverture du cœur, de la tolérance, une recherche incessante de réconciliation. « Aucune famille n'ignore combien l'égoïsme, les dissensions, les tensions, les conflits font violence à la communion familiale et peuvent même parfois l'anéantir : c'est là que trouvent leur origine les multiples et diverses formes de division dans la vie familiale. » (Pape François)
 
Pour parvenir à pardonner dans le couple ou la famille, il faut d’abord en venir à nous pardonner nous-mêmes. « Il faut prier avec sa propre histoire, s’accepter soi-même, savoir cohabiter avec ses propres limites, y compris se pardonner, pour pouvoir avoir cette même attitude envers les autres. »
 
Cela suppose aussi l’expérience d’être pardonné par Dieu, qui donne toujours une nouvelle chance, promeut et stimule. « Si nous acceptons que l’amour de Dieu est inconditionnel, que la tendresse du Père n’est ni à acheter ni à payer, alors nous pourrons aimer par-dessus tout, pardonner aux autres, même quand ils ont été injustes contre nous. Autrement, notre vie en famille cessera d’être un lieu de compréhension, d’accompagnement et de stimulation; et elle sera un espace de tension permanente et de châtiment mutuel. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(18e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 4 novembre 2017

L’amour n’est pas chicanier

La personne qui aime en vérité est bâtisseuse de paix, de vie harmonieuse dans le couple, la famille, la communauté. Ce qui exige de savoir contrôler ses humeurs et de garder la mesure. Car mille détails peuvent nous irriter, nous rendre acides, aiguisés, pointus. Tant de choses de la vie quotidienne avec les autres nous excitent, nous provoquent, même parfois nous exaspèrent! Sans un amour fort, la fièvre monte, une violence intérieure se déchaîne, l’animosité s’exacerbe. Ce qui peut conduire à des désastres dans la communauté, qu’elle soit petite ou grande.
 
Le pape François analyse cette attitude en notant qu’il s’agit d’une « action intérieure d’indignation provoquée par quelque chose d’extérieur. Il s’agit d’une violence interne, d’une irritation dissimulée qui nous met sur la défensive devant les autres, comme s’ils étaient des ennemis gênants qu’il faut éviter. Alimenter cette agressivité intime ne sert à rien. Cela ne fait que nous rendre malades et finit par nous isoler. L’indignation est saine lorsqu’elle nous porte à réagir devant une grave injustice, mais elle est nuisible quand elle tend à imprégner toutes nos attitudes devant les autres. » (La joie de l’amour, par. 103)
 
Sentir la force de l’agressivité qui jaillit de nos entrailles est une chose, la laisser devenir explosion de colère en est une autre. Elle devient alors une source de querelles, de chicanes, de destruction autour de nous. Il faut y reconnaître une grande tentation, contre laquelle s. Paul nous met en garde encore aujourd’hui. « Si vous êtes en colère, ne tombez pas dans le péché; que le soleil ne se couche pas sur votre colère. » (Éphésiens 4,26)
 
Aussi faut-il ne jamais terminer la journée sans faire la paix en famille. « Et comment dois-je faire la paix? Me mettre à genoux? Non! Seulement un petit geste, une petite chose et l’harmonie familiale revient. Une caresse suffit, sans [rien dire]. Mais ne jamais finir la journée sans faire la paix ». (Pape François)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(17e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 28 octobre 2017

L’amour n’est pas égoïste

On connait la célèbre prière pour la paix attribuée à François d’Assise. Elle enseigne qu’un amour qui n’est pas égoïsme, mais détachement de soi, bâtit la paix dans le couple, la famille, la communauté.
 
« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
là où est la haine, que je mette l'amour.
Là où est l'offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l'union. […]
 
O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler, à être compris qu'à comprendre, à être aimé qu'à aimer.
 
Car c'est en se donnant qu'on reçoit, c'est en s'oubliant qu'on se retrouve, c'est en pardonnant qu'on est pardonné, c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie. »
 
S. Paul enseignait à ses communautés : « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts; pensez aussi à ceux des autres. » (Philippiens 2, 4)
 
Plutôt chercher à aimer qu’à être aimé! Car il y a une radicale opposition entre l’amour qui est oubli de soi et l’égoïsme qui est centrement sur son « moi ». Aimer consiste à chercher le bien de l’autre, le bien commun du couple, de la famille.
 
Ces affirmations mettent en question l’affirmation sans cesse répétée : « Pour aimer les autres, il faut premièrement s’aimer soi-même. » Le pape François en conclut : « Il ne faut pas donner priorité à l’amour de soi-même comme s’il était plus noble que le don de soi aux autres. Une certaine priorité de l’amour de soi-même peut se comprendre seulement comme une condition psychologique, en tant que celui qui est incapable de s’aimer soi-même rencontre des difficultés pour aimer les autres. »
 
Aimer ainsi est possible. Jésus a suivi ce chemin, jusqu’au don de sa vie : ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. (cf. Jean 13, 1) C’est en le regardant vivre et mourir que nous apprenons à aimer!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(16e texte d’une série sur La joie de l’amour)

jeudi 19 octobre 2017

L’amour est aimable

Aimer, c’est être aimable. La personne qui aime évite ce qui est choquant, les propos qui blessent, le manque de tact ou d’égard dans le couple, dans la famille, dans la communauté. Grossièreté, indécence sont évitées. Au contraire, cette personne cultive la délicatesse, la politesse. C’est une forme de respect de la liberté des autres et une façon de reconnaître et d’honorer leur dignité. Nous sommes au cœur de toute vie en commun.
 
Le pape François commente (dans La joie de l’amour, par. 99-100) : « L’amour n’œuvre pas avec rudesse, il n’agit pas de manière discourtoise, il n’est pas dur dans les relations. Ses manières, ses mots, ses gestes sont agréables et non pas rugueux ni rigides. Il déteste faire souffrir les autres. » La personne qui aime est courtoise. Elle pare les relations de délicatesse et de gratuité.
 
Un regard aimable sur l’autre nous permet de ne pas trop nous arrêter sur ses limites. Nous pouvons alors l’accepter et nous unir dans un projet commun, bien que nous soyons différents. L’amour aimable crée des liens, cultive des relations, crée de nouveaux réseaux d’intégration, construit une trame sociale solide. Il se protège ainsi lui-même, puisque sans le sens d’appartenance on ne peut pas se donner longtemps aux autres; chacun finit par chercher seulement ce qui lui convient et la cohabitation devient impossible. Une personne antisociale croit que les autres existent pour satisfaire ses nécessités, et que lorsqu’ils le font, ils accomplissent seulement leur devoir. Il n’y a donc pas de place pour l’amabilité de l’amour et son langage. Celui qui aime est capable de dire des mots d’encouragement qui réconfortent, qui fortifient, qui consolent, qui stimulent. » (Pape François)
 
Être aimable n’est pas un style que le chrétien peut choisir ou rejeter. Tel fut Jésus. Il n’use pas de paroles qui humilient, qui attristent, qui irritent, qui dénigrent. « En famille il faut apprendre ce langage aimable de Jésus. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(15e texte d’une série sur La joie de l’amour)

jeudi 12 octobre 2017

L’amour ne se gonfle pas d’orgueil

Un amour humble, ouvert, simple est un bon ciment dans un couple et dans une famille. Il manifeste une douceur et une bonté de cœur envers les autres.
 
Au contraire, la personne qui s’enfle et se rengorge devant son conjoint ou ses enfants fait une œuvre destructrice, qui ébranle la maison qu’elle devrait construire.
 
L’amour vrai et solide se met avec respect au niveau de l’autre. Il est simple. Il rejette la vanité et tout ce qui porterait à se donner des airs importants. Sinon, cet amour devient désagréable : il repousse au lieu d’attirer.
 
Il s’agit donc de ne pas s’en faire accroire, de ne pas se remplir de vent, de ne pas se laisser aller à des enflures dans les relations matrimoniales et familiales, comme pour toutes les relations dans diverses communautés.
 
Le pape François (dans La joie de l’amour par. 97) a commenté : « L’amour n’est pas arrogant. » La personne qui aime vraiment ne se grandit pas devant les autres. « Certains se croient grands parce qu’ils sont plus instruits que les autres, et ils s’appliquent à être exigeants envers eux et à les contrôler; alors qu’en réalité ce qui nous grandit, c’est l’amour qui comprend, protège, sert de rempart au faible, qui nous rend grands. »
 
Les conseils de Paul au sujet des critères qui doivent guider dans le choix d’un responsable de communauté sont éclairants. Car les parents sont bien les responsables de cette première cellule d’Église qu’est la famille. Paul donc écrit :
 
« Le responsable doit être […] ni buveur ni brutal, mais bienveillant, ni querelleur ni cupide. […] Il ne doit pas être un nouveau converti; sinon, aveuglé par l’orgueil, il pourrait tomber sous la même condamnation que le diable. » (1Timothée 3, 2-6) Le diable, c’est celui qui divise, qui déchire, qui détruit, qui jette méfiance et haine partout où il agit.
 
Oui, qui aime ne doit pas s’en faire accroire ni s’enfler d’orgueil!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(14e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 7 octobre 2017

L’amour ne se vante pas

L’amour ne fanfaronne pas. Il ne manque pas de tact ni de mesure. Il élimine de la vie les paroles arrogantes, inconsidérées, qu’il s’agisse de frivolités ou d’insolence.
 
Le vantard est importun, offensant, outrancier. Il provoque le trouble. Son comportement est agressif. Ainsi, il détruit ce que l’amour doit construire dans le couple, la famille ou une communauté. Il rend toute coopération impossible avec l’autre, que ce soit le conjoint, un enfant, un voisin. La personne qui passe son temps à dire : « C’est moi qui… », est un casse-pieds. Tout ce qui est bluff et goût de paraître est un obstacle à l’amour vrai.
 
Le pape François note qu’il s’agit de « la gloriole, le désir de se montrer supérieur pour impressionner les autres par une attitude pédante et quelque peu agressive. Celui qui aime, non seulement évite de parler trop de lui-même, mais en plus parce qu’il est centré sur les autres, il sait se mettre à sa place sans prétendre être au centre. » (La joie de l’amour, par. 97)
 
Ce chemin qui permet à l’amour de bâtir couple, famille, communauté, nous est admirablement tracé par s. Paul : « S’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage avec amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la compassion, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres. Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (aux Philippiens, 2,1-5)
 
Le modèle de l’amour et de l’humilité est bien le Jésus que nous le présentent les évangiles.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(13e texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 1 octobre 2017

Invitation pour le lancement de mon livre

C’est avec joie que je vous invite au lancement de mon livre, dont le titre est : Il nous aima jusqu’au bout (Médiaspaul). Il s’agit d’une lecture méditée du testament de Jésus (Jean ch. 13 à 17) pour en recueillir la richesse de vie, d’amitié, d’espérance, d’élan vers l’avenir, comme autant de pistes sur nos chemins d’aujourd’hui. Son lancement aura lieu le 6 octobre, à 19 h, à la cathédrale Saint-Joseph au 245, boul. St-Joseph (secteur Hull), porte 4. Stationnement disponible derrière l'église. Toutes et tous sont les bienvenus.
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau