dimanche 29 mars 2015

Sortir de l’indifférence

C’est l’interpellation du pape François: sortir de la mondialisation de l’indifférence. Cette attitude est tellement répandue que cet appel à en sortir ne vaut pas que pour le carême 2015. Il importe d’y confronter toute notre vie.
 
Cette attitude égoïsme qu’est l’indifférence prend vraiment une place étonnante dans nos vies. On peut en percevoir diverses causes. Nous allons relativement bien, alors nous n’avons pas à nous ouvrir aux autres! Oui,  nous sommes informés des drames humains qui gangrènent comme un cancer l’humanité. Mais ces nouvelles nous arrivent à travers un écran. Alors tout cela est lointain et puis on s’y sent impuissant!
 
Pour dépasser ces attitudes de fermeture satisfaite sur soi et sur les siens, il faut développer l’amour en nos cœurs. Seul l’amour qui se donne permet de sortir d’une indifférence mortelle pour notre vie chrétienne. Seul l’amour peut nous amener à vivre intensément notre mission d’enfants de Dieu dans le monde.
 
« L’Église suit Jésus Christ sur la route qui la conduit vers tout homme, jusqu’aux confins de la terre (cf. Ac 1,8). Nous pouvons ainsi voir dans notre prochain le frère et la sœur pour lesquels le Christ est mort et ressuscité. Tout ce que nous avons reçu, nous l’avons reçu aussi pour eux. » 
 
Le pape François ajoute : « Je désire tant que les lieux où se manifeste l’Église, en particulier nos paroisses et nos communautés, deviennent des îles de miséricorde au milieu de la mer de l’indifférence ! » Quel geste, si petit soit-il, puis-je poser pour que ce souhait se concrétise dans ma vie?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 22 mars 2015

La tour de Babel

Le pape François citait récemment un enseignement au sujet de la tour de Babel. « Pour fabriquer cette tour, il fallait fournir un grand effort; il fallait fabriquer des briques, et pour fabriquer les briques il fallait faire de la boue et apporter de la paille, et mélanger la boue avec la paille, la couper ensuite en carrés, puis la faire sécher, puis la cuire, et quand les briques étaient cuites et refroidies, les apporter pour construire la tour. »
 
« Si une brique tombait — ce travail avait tellement coûté —, cela devenait presque une tragédie nationale. Celui qui l’avait laissée tomber était puni ou chassé, je ne sais pas bien ce qu’on lui faisait, mais en revanche si un ouvrier tombait, il ne se passait rien. Cela arrive quand la personne est placée au service du dieu argent ; et c’est un rabbin juif qui le racontait en 1200, en expliquant ces choses horribles. »
 
Et chez nous aujourd’hui ? Une petite variation à la bourse trouve tout de suite son écho angoissé ou enthousiaste dans les médias alors qu’un sans-abri qui meurt de froid passe presque inaperçu ! Voilà qui invite à réfléchir sur la situation actuelle de notre planète ! Et que faire pour changer un peu ces façons de faire ici et dans les pays pauvres ?
 
C’est ce à quoi travaillent de nombreux organismes populaires, dont Développement et Paix. Les soutenir est une façon de nous solidariser contre de telles situations.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 15 mars 2015

La solidarité

Nous vivons dans un monde où tout nous invite à nous refermer sur nous-mêmes, sur nos intérêts personnels ou de groupes. Aussi, la solidarité est une réalité que nous avons de la difficulté à vivre entre nous et surtout avec les pauvres d’ici et d’ailleurs. Pourtant, l’évolution de notre planète appelle d’une façon urgente une « mondialisation de la solidarité ».
 
S’adressant à un regroupement mondial des mouvements populaires, le pape François en a dit ceci : « La solidarité est un mot qui ne plaît pas toujours ; je dirais que parfois, nous l’avons transformé en un gros mot, on ne peut pas le prononcer. »
 
En fait, ce mot « est beaucoup plus que certains gestes de générosité ponctuels. C’est penser et agir en termes de communauté, de priorité de la vie de tous sur l’appropriation des biens de la part de certains.»
 
« C’est également lutter contre les causes structurelles de la pauvreté, de l’inégalité, du manque de travail, de terre et de logement, de la négation des droits sociaux et du travail. C’est faire face aux effets destructeurs de l’Empire de l’argent : les déplacements forcés, les émigrations douloureuses, la traite de personnes, la drogue, la guerre, la violence et toutes les réalités que beaucoup d’entre vous subissent et que nous sommes tous appelés à transformer. La solidarité, entendue dans son sens le plus profond, est une façon de faire l’histoire et c’est ce que font les mouvements populaires. »
 
Il importe donc de les soutenir, non seulement ceux d’ici mais ceux répartis à travers le monde. C’est ce que fait Développement et Paix, qu’il est bon d’encourager.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 6 mars 2015

Les personnes âgées

Sont-elles un poids ou une richesse dans nos milieux? La question se pose alors qu’il y a de plus en plus de personnes âgées dans notre société. Et elles vivent de plus en plus longtemps. Beaucoup d’entre elles sont pauvres ou de situation modeste. Mais toutes sont riches d’une longue expérience, d’une sagesse acquise souvent dans la souffrance et un dur travail.

Faut-il les marginaliser, les oublier comme devenues inutiles? Agir ainsi aurait pour effet d’appauvrir toute notre société. Ces personnes sont capables d’apporter de belles contributions à leurs enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants. Elles interviennent aussi comme bénévoles dans une foule de domaines.

Nous sommes très préoccupés d’efficacité, de performance. Nous oublions peut-être l’amitié, l’accueil gratuit, le réconfort compréhensif et bon, le partage des biens du cœur et de l’esprit.

On entend parfois des critiques basées sur des considérations économiques. Pourtant, ces personnes ont œuvré pour le bien-être de nos sociétés. Elles ont droit à un soutien quand elles sont dans le besoin.

Surtout, elles ont une dignité inaliénable. Chaque être humain, quel que soit son âge, a droit au respect et à la considération. Il faut résister à la tentation de rejeter les personnes fragilisées par l’âge. Elles ne sont pas un problème : elles sont une richesse humaine et spirituelle parmi nous. Il faut se le rappeler dans le cadre d’une réflexion sur le « suicide assisté ».

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 28 février 2015

Les migrants et les réfugiés

Le 18 janvier 2015 marquait le 101e anniversaire de la Journée mondiale des migrants et des réfugiés. Le pape a donné un message très interpellant à cette occasion. La mission de l’Église, pèlerine sur la terre est d’aimer Jésus particulièrement dans les plus pauvres et abandonnés. « Au nombre de ceux-ci figurent certainement les migrants et les réfugiés. »
 
Le pape trace nettement le chemin pour toute communauté chrétienne. « L’Église sans frontières, mère de tous, diffuse dans le monde la culture de l’accueil et de la solidarité, selon laquelle personne ne doit être considéré inutile, encombrant ou être écarté. » Chaque communauté chrétienne est appelée à nourrir, orienter et indiquer le chemin vers ces rejetés. Elle doit les accompagner avec patience et s’en faire proche dans la prière et dans les œuvres de miséricorde. 
 
Le pape nous met en garde contre une tentation qui nous guette tous. C’est de se méfier, d’être hostile envers ces personnes avant même qu’on ne connaisse leurs parcours de vie, de persécution ou de misère. « Dans ce cas, suspicions et préjugés entrent en conflit avec le commandement biblique d’accueillir avec respect et solidarité l’étranger dans le besoin. »
 
« Nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur »
 
« Jésus-Christ est toujours en attente d’être reconnu dans les migrants et dans les réfugiés, dans les personnes déplacées et les exilés, et aussi de cette manière il nous appelle à partager nos ressources, parfois à renoncer à quelque chose de notre bien-être acquis. »
 
C’est un appel à dépasser les frontières et à favoriser « le passage d’une attitude de défense et de peur, de désintérêt ou de marginalisation. » L’attitude chrétienne est de vivre une « culture de la rencontre, seule capable de construire un monde plus juste et fraternel. »
 
Cet appel dramatique nous dit quoi chez nous, me dit quoi personnellement? Et nous faisons quoi?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 20 février 2015

Le scandale de la faim

Près d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde. Pourtant, il y a de la nourriture pour répondre à tous ces besoins. Le pape François dénonce régulièrement ce scandale. « Jeter de la nourriture équivaut à voler les pauvres et ceux qui ont faim. »
 
Il écrivait en 2014 : « Le thème proposé par la FAO pour la Journée d’aujourd’hui — Agriculture familiale : nourrir le monde, préserver la planète — souligne la nécessité de partir des personnes, en tant qu’individus ou groupes, pour proposer de nouvelles formes et modes de gestion des différents aspects de la nutrition. De façon plus spécifique, il faut reconnaître toujours plus le rôle de la famille rurale et développer toutes ses potentialités. […] La famille rurale est en mesure de répondre à la demande de denrées alimentaires sans détruire les ressources de la création. »
 
« C’est un scandale qu’existent encore la faim et la malnutrition dans le monde! » Depuis quelques années, Développement et Paix s’est engagé dans cette lutte mondiale contre la faim. Nous pouvons voir ce qui s’est fait en Haïti dans ce sens depuis le tremblement de terre. Sa campagne annuelle porte le titre : « Parce qu’on sème ». On y traite de la nécessité de la petite agriculture familiale pour nourrir le monde.
 
C’est un mouvement à soutenir.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 13 février 2015

Être les yeux de l’aveugle

Le pape François a écrit un message pour la journée mondiale des malades, le 11 février. Il lui a donné comme titre : “J’étais les yeux de l’aveugle, les pieds du boiteux” (Jb 29,15). C’est un texte très beau, capable d’inspirer réflexions et actions. Je n’en cite que quelques lignes.

Voici quelques mots consacrés aux personnes qui ont soin des personnes malades. « Que de chrétiens rendent témoignage aujourd’hui encore, non par leurs paroles mais par leur vie enracinée dans une foi authentique, d’être « les yeux de l’aveugle » et les « pieds du boiteux » ! Des personnes qui sont proches des malades ayant besoin d’une assistance permanente, d’une aide pour se laver, s’habiller, se nourrir. Ce service, surtout lorsqu’il se prolonge dans le temps, peut devenir fatigant et pénible. Il est relativement facile de servir pendant quelques jours, mais il est difficile de soigner une personne pendant des mois, voire des années, également si celle-ci n’est plus à même de remercier. » Il ajoute : « Le temps passé à côté du malade est un temps sacré. »

 « La sagesse du cœur, c’est la sortie de soi vers le frère. Notre monde oublie parfois la valeur spéciale du temps passé auprès du lit d’un malade, parce qu’on est harcelé par la hâte, par la frénésie de l’action, de la production et on oublie la dimension de la gratuité, de l’acte de prendre soin, de se charger de l’autre. En réalité, derrière cette attitude se dissimule souvent une foi tiède, oublieuse de cette parole du Seigneur qui déclare :

 «C’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40). À lire et à méditer!

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau