samedi 9 décembre 2017

Pour ce Noël 2017

Tant de femmes crient les violences et viols qui leur sont infligées.
Tant de couples vivent dans la souffrance leurs amours qui s’éteignent.
Tant d’enfants ont faim, même dans notre société d’abondance et de gaspillage.
Tant de jeunes camouflent leurs angoisses et sentent mourir leur goût de vivre.
Tant de vieillards ne sont pas respectés et ne sentent pas leur sagesse reconnue.
Tant de réfugiés sollicitent un accueil, un refuge, une main tendue, une amitié.
 
Voilà Jésus parmi nous en 2017,
dans la pauvreté et l’humiliation de
la crèche!

Il pose son regard sur moi et me demande : 
Veux-tu me regarder?
Veux-tu faire un pas vers moi?
Veux-tu m’ouvrir ta main?
Veux-tu me manifester un peu de tendresse et d’amour?
Veux-tu m’accueillir avec un cœur généreux?
 
Que sera pour nous ce Noël 2017?
 
Puissent les anges chanter en nos cœurs : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
 
Voilà mon souhait pour nous toutes et tous.

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 2 décembre 2017

L’amour fait confiance en tout

Quand deux personnes s’aiment, elles se font confiance. Un tel préjugé favorable envers l’autre élimine les tendances facilement ancrées dans le cœur humain d’interpréter tout en mal, de soupçonner l’autre de me mentir ou de me tromper, de développer de la méfiance qui empoisonne les relations humaines.
 
Aimer une personne, c’est lui faire crédit, ne pas suspecter ses intentions ou sa conduite. Une sourde méfiance entretenue envers l’autre, que ce soit le conjoint ou un enfant, détruit la communauté familiale. Ça infecte les relations quotidiennes et conduit souvent à des situations catastrophiques. Sans confiance mutuelle, que peut-on bâtir ensemble? Ce qui est vrai d’ailleurs dans toute communauté humaine.
 
« L’amour fait confiance, il préserve la liberté, il renonce à tout contrôler, à posséder, à dominer. Cette liberté qui rend possibles des espaces d’autonomie, d’ouverture au monde et de nouvelles expériences, permet que la relation s’enrichisse. »
 
Cette même relation amoureuse (amour conjugal, ou parental, ou familial) « favorise la sincérité et la transparence, car lorsque quelqu’un sait que les autres ont confiance en lui et valorisent la bonté fondamentale de son être, il se montre alors tel qu’il est, sans rien cacher. Celui qui sait qu’on se méfie toujours de lui, qu’on le juge sans compassion, qu’on ne l’aime pas de manière inconditionnelle, préférera garder ses secrets, cacher ses chutes et ses faiblesses, feindre ce qu’il n’est pas. En revanche, une famille où règne fondamentalement une confiance affectueuse, et où on se refait toujours confiance malgré tout, permet le jaillissement de la véritable identité de ses membres et fait que, spontanément, on rejette la tromperie, la fausseté ou le mensonge. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 115)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(21e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 25 novembre 2017

L’amour excuse tout

La vie conjugale et familiale, comme toute vie en communauté, a besoin d’une grande force pour faire face à tout ce qui menacer la qualité de son vivre-ensemble. Un de ces dynamismes, c’est la capacité de développer une activité miséricordieuse et pacifique face à l’autre.
 
C’est ce que fait la personne qui sait excuser l’autre, le supporter, le couvrir, dissimuler ses défauts. Un tel amour est le fruit d’une loyauté fidèle. Un proverbe juif affirme qu’aimer « rend l’œil aveugle et l’oreille sourde. »
 
Ainsi la personne qui aime ne cherche pas à divulguer ce qui lui semble faible, ou blessé, ou incorrect dans l’autre. Elle tient cachées ces limites inhérentes à toute relation humaine et ainsi protège l’autre contre les attaques, les malveillances.
 
La personne qui aime et sait excuser garde le silence sur le mal qu’il peut y avoir dans une autre personne. Cela implique de limiter son jugement, de contenir le penchant à lancer une condamnation dure et implacable. C’est le chemin tracé par Jésus qui ordonne à ses disciples : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et vous serez pardonnés. » (Luc 6, 37) Et vaut dans tout couple, toute famille, la recommandation : « Ne médisez pas les uns des autres. » (Lettre de Jacques 4, 11)
 
« Les époux, qui s’aiment et s’appartiennent, parlent en bien l’un de l’autre, ils essayent de montrer le bon côté du conjoint au-delà de ses faiblesses et de ses erreurs. En tout cas, ils gardent le silence pour ne pas nuire à son image. […] Ces défauts ne sont qu’une partie, non la totalité, de l’être de l’autre. Un fait désagréable dans la relation n’est pas la totalité de cette relation. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 113)
 
« L’autre n’est pas seulement ce qui me dérange. Il est beaucoup plus que cela. Pour la même raison, je n’exige pas que son amour soit parfait pour l’apprécier. Il m’aime comme il est et comme il peut, avec ses limites, mais que son amour soit imparfait ne signifie pas qu’il est faux ou qu’il n’est pas réel. Il est réel, mais limité et terrestre. C’est pourquoi, si je lui en demande trop, il me le fera savoir d’une manière ou d’une autre, puisqu’il ne pourra accepter ni de jouer le rôle d’un être divin, ni d’être au service de toutes mes nécessités. L’amour cohabite avec l’imperfection, il l’excuse, et il sait garder le silence devant les limites de l’être aimé. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(20e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 18 novembre 2017

L’amour se réjouit avec les autres

La personne qui aime s’afflige du malheur de son conjoint, de ses enfants, au lieu de s’en réjouir méchamment. Et il partage son bonheur, sa fierté quand leur arrive du bien.
 
Cette joie, si elle est authentique, doit être à la fois intime et manifestée. Il s’agit de prendre part activement et avec allégresse à la joie de l’autre, au bien qui est en lui ou en elle. Comment la manifester? Par des félicitations; des applaudissements; ou encore en témoignant son accord et louant la personne qui reçoit, possède, vit de belles choses qui mettent de la lumière dans sa vie.
 
Se réjouir du bien de l’autre, c’est reconnaître sa dignité, valoriser ses capacités, ses belles œuvres, ses talents, son grand cœur. Pour y parvenir, il faut ne pas entretenir en soi le réflexe de toujours se comparer, ne pas développer un complexe de compétition, même avec le conjoint, au point de se réjouir secrètement de ses échecs.
 
« Si nous n’alimentons pas notre capacité de nous réjouir du bien de l’autre, et surtout si nous nous concentrons sur nos propres besoins, nous nous condamnons à vivre avec peu de joie, puisque, comme l’a dit Jésus : “Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir” (Actes des Apôtres 20,35). La famille doit toujours être un lieu où celui qui obtient quelque chose de bon dans la vie, sait qu’on le fêtera avec lui. » (Pape François , La joie de l’amour, par. 119-110)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(19e texte d’une série sur La joie de l’amour)

dimanche 12 novembre 2017

L’amour pardonne

Aimer, c’est ne pas être rancunier. Ce qui exige un cœur simple qui refuse l’aigreur et pousse à toujours reprendre des relations confiantes avec les autres, quoi qu’il arrive. Au contraire, les mauvais sentiments entretenus finissent par pénétrer les entrailles et gâcher la vie de relations avec les autres. On prend note du mal qui nous est fait, on le comptabilise, on le rumine.
 
« Généralement la tendance, c’est de chercher toujours plus de fautes, d’imaginer toujours plus de méchanceté, de supposer toutes sortes de mauvaises intentions, de sorte que la rancœur s’accroît progressivement et s’enracine. De cette manière, toute erreur ou chute du conjoint peut porter atteinte au lien amoureux et à la stabilité de la famille. Le problème est que parfois on donne la même gravité à tout, avec le risque de devenir impitoyable devant toute erreur de l’autre. La juste revendication de ses propres droits devient une soif de vengeance persistante et constante plus qu’une saine défense de la dignité personnelle. » (Pape François, La joie de l’amour, par. 105)
 
Le contraire de la rancune, c’est le pardon, qui conduit à ne pas enregistrer le mal qu’on nous fait. L’amour oublie au fur et à mesure ce qui blesse. Le cœur est alors libéré des tentations de concevoir toutes sortes de machinations, de complot pour se venger. Voilà le cœur libre pour aimer vraiment! Pardonner, c’est essayer de comprendre la faiblesse d’autrui et chercher à trouver des excuses à l’autre personne. Le modèle est Jésus en croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu'ils font. » (Luc 23, 34)
 
Pour y suivre Jésus sont exigées une ouverture du cœur, de la tolérance, une recherche incessante de réconciliation. « Aucune famille n'ignore combien l'égoïsme, les dissensions, les tensions, les conflits font violence à la communion familiale et peuvent même parfois l'anéantir : c'est là que trouvent leur origine les multiples et diverses formes de division dans la vie familiale. » (Pape François)
 
Pour parvenir à pardonner dans le couple ou la famille, il faut d’abord en venir à nous pardonner nous-mêmes. « Il faut prier avec sa propre histoire, s’accepter soi-même, savoir cohabiter avec ses propres limites, y compris se pardonner, pour pouvoir avoir cette même attitude envers les autres. »
 
Cela suppose aussi l’expérience d’être pardonné par Dieu, qui donne toujours une nouvelle chance, promeut et stimule. « Si nous acceptons que l’amour de Dieu est inconditionnel, que la tendresse du Père n’est ni à acheter ni à payer, alors nous pourrons aimer par-dessus tout, pardonner aux autres, même quand ils ont été injustes contre nous. Autrement, notre vie en famille cessera d’être un lieu de compréhension, d’accompagnement et de stimulation; et elle sera un espace de tension permanente et de châtiment mutuel. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(18e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 4 novembre 2017

L’amour n’est pas chicanier

La personne qui aime en vérité est bâtisseuse de paix, de vie harmonieuse dans le couple, la famille, la communauté. Ce qui exige de savoir contrôler ses humeurs et de garder la mesure. Car mille détails peuvent nous irriter, nous rendre acides, aiguisés, pointus. Tant de choses de la vie quotidienne avec les autres nous excitent, nous provoquent, même parfois nous exaspèrent! Sans un amour fort, la fièvre monte, une violence intérieure se déchaîne, l’animosité s’exacerbe. Ce qui peut conduire à des désastres dans la communauté, qu’elle soit petite ou grande.
 
Le pape François analyse cette attitude en notant qu’il s’agit d’une « action intérieure d’indignation provoquée par quelque chose d’extérieur. Il s’agit d’une violence interne, d’une irritation dissimulée qui nous met sur la défensive devant les autres, comme s’ils étaient des ennemis gênants qu’il faut éviter. Alimenter cette agressivité intime ne sert à rien. Cela ne fait que nous rendre malades et finit par nous isoler. L’indignation est saine lorsqu’elle nous porte à réagir devant une grave injustice, mais elle est nuisible quand elle tend à imprégner toutes nos attitudes devant les autres. » (La joie de l’amour, par. 103)
 
Sentir la force de l’agressivité qui jaillit de nos entrailles est une chose, la laisser devenir explosion de colère en est une autre. Elle devient alors une source de querelles, de chicanes, de destruction autour de nous. Il faut y reconnaître une grande tentation, contre laquelle s. Paul nous met en garde encore aujourd’hui. « Si vous êtes en colère, ne tombez pas dans le péché; que le soleil ne se couche pas sur votre colère. » (Éphésiens 4,26)
 
Aussi faut-il ne jamais terminer la journée sans faire la paix en famille. « Et comment dois-je faire la paix? Me mettre à genoux? Non! Seulement un petit geste, une petite chose et l’harmonie familiale revient. Une caresse suffit, sans [rien dire]. Mais ne jamais finir la journée sans faire la paix ». (Pape François)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(17e texte d’une série sur La joie de l’amour)

samedi 28 octobre 2017

L’amour n’est pas égoïste

On connait la célèbre prière pour la paix attribuée à François d’Assise. Elle enseigne qu’un amour qui n’est pas égoïsme, mais détachement de soi, bâtit la paix dans le couple, la famille, la communauté.
 
« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
là où est la haine, que je mette l'amour.
Là où est l'offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l'union. […]
 
O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler, à être compris qu'à comprendre, à être aimé qu'à aimer.
 
Car c'est en se donnant qu'on reçoit, c'est en s'oubliant qu'on se retrouve, c'est en pardonnant qu'on est pardonné, c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie. »
 
S. Paul enseignait à ses communautés : « Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts; pensez aussi à ceux des autres. » (Philippiens 2, 4)
 
Plutôt chercher à aimer qu’à être aimé! Car il y a une radicale opposition entre l’amour qui est oubli de soi et l’égoïsme qui est centrement sur son « moi ». Aimer consiste à chercher le bien de l’autre, le bien commun du couple, de la famille.
 
Ces affirmations mettent en question l’affirmation sans cesse répétée : « Pour aimer les autres, il faut premièrement s’aimer soi-même. » Le pape François en conclut : « Il ne faut pas donner priorité à l’amour de soi-même comme s’il était plus noble que le don de soi aux autres. Une certaine priorité de l’amour de soi-même peut se comprendre seulement comme une condition psychologique, en tant que celui qui est incapable de s’aimer soi-même rencontre des difficultés pour aimer les autres. »
 
Aimer ainsi est possible. Jésus a suivi ce chemin, jusqu’au don de sa vie : ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. (cf. Jean 13, 1) C’est en le regardant vivre et mourir que nous apprenons à aimer!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
(16e texte d’une série sur La joie de l’amour)