vendredi 27 mai 2016

Dieu attend, comprend, pardonne

Le 19 mai 2015, le pape François nous a donné trois raisons de faire confiance à Dieu. « Dieu nous attend toujours, nous comprend toujours, nous pardonne toujours. »
 
Le pape revient sans cesse sur l’affirmation fondamentale : Dieu ne se lasse pas de pardonner. Le nom de Dieu est miséricorde et c’est cet amour miséricordieux qui peut changer le monde.
 
Voici quelques-uns de ses très nombreux tweets dans lesquels le pape dit de multiples façons que « le Seigneur ne se lasse jamais de nous pardonner. C’est nous qui nous lassons de demander pardon ».
 
18 août 2015 : « Quand nous faisons l’expérience de l’amour miséricordieux du Père, nous sommes davantage capables de partager cette joie avec les autres. »
 
8 août 2015 : « Nous sommes tous pécheurs. Laissons-nous transformer par la miséricorde de Dieu. »
 
4 juillet 2015 : « Ce qui nous donne la vraie liberté et le vrai bonheur, c’est l’amour compatissant du Christ. »
 
Les textes abondent! À chacun de les méditer, de les laisser prendre racine dans son cœur et dans sa vie!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

jeudi 19 mai 2016

Une Église qui sort dans le monde

Tel est le mot d’ordre du pape François. « Mieux vaut une Église blessée mais présente sur le chemin qu’une Église malade parce que fermée sur elle-même. »
 
Cet ordre missionnaire est explicité dans le magistral document sur La joie de l’Évangile. Il s’agit de développer et de mettre en action une nouvelle « sortie » missionnaire. Tout chrétien et toute communauté y sont sollicités. Les évêques du Québec répercutent cet appel dans un récent document intitulé Le tournant missionnaire des communautés chrétiennes.
 
Dans son document, le pape en appelle à la Parole de Dieu qui constamment met en œuvre ce dynamisme de la « sortie » chez les croyants. Abraham, Moïse, Jérémie, les apôtres sont poussés à sortir de leurs sécurités. Et aujourd’hui, nous sommes tous appelés à cette nouvelle « sortie » missionnaire. Il s’agit de « sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile. » (par. 20)
 
Le pape en donne une description stimulante : « L’Église “en sortie” est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui fêtent. » (24) Il faut « aller de l’avant, aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus. »
 
Et le pape lance un cri du cœur : « Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles. » (49)
 
Allez! Oust! Est-ce que ce cri va réussir à nous arracher de notre sommeil?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 13 mai 2016

Réinsertion sociale et miséricorde

La miséricorde a sa place, une place irremplaçable, dans notre société si elle veut devenir plus fraternelle, plus juste en somme. « Pensons à tout ce que l’on essaie de faire pour la réinsertion sociale des détenus, afin que celui qui a commis une erreur puisse, une fois qu’il a payé sa dette à la justice, trouver facilement un travail, au lieu de rester en marge de la société. » C’est le pape François qui s’exprime ainsi dans son livre : Le nom de Dieu est miséricorde (p.100).
 
Le Pape donne un fait qu’il a vécu pour appuyer cette affirmation : « J’ai utilisé une croix pastorale en bois d’olivier, réalisée dans un atelier de menuiserie qui fait partie d’un projet de réinsertion pour les détenus et les drogués. »
 
De telles phrases nous interpellent. Dans les années récentes, la tendance ici fut plutôt à durcir les peines, à les allonger, souvent dans des conditions fort peu propices à une préparation au retour dans la vie sociale et familiale.
 
Le pape précise encore : «  Avec la miséricorde, la justice est plus juste, elle se réalise pleinement. Cela ne veut pas dire qu’il faille être laxiste, ouvrir tout grand les portes des prisons pour laisser sortir ceux qui ont commis des délits très graves. Cela veut dire que nous devons aider ceux qui sont tombés à se relever. »
 
Et le pape met le doigt sur une tentation : « Parfois, nous préférons enfermer quelqu’un en prison plutôt que d’essayer de le récupérer, en l’aidant à se réinsérer dans la société. » (p. 101)
 
Nous ne savons pas pardonner! Nous en appelons, souvent à grands cris, à la justice, en oubliant que les criminels restent des humains, nos sœurs et nos frères, des personnes qui ont droit à notre soutien.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 7 mai 2016

Bonne fête des Mères

Le début de mai ramène la fête des Mères. Que notre mère soit encore vivante ou décédée, cette fête parle au cœur. Je me souviens de ces années de mon enfance où j’ai découvert cette fête. J’ai appris à inventer en secret un petit cadeau pour « m’man »! Ou bien à lui dessiner une carte bien naïve, mais qui disait mon cœur, mon affection, mon besoin aussi d’être aimé et protégé.
 
Le pape François a écrit sur le rôle irremplaçable de la mère dans nos vies, en particulier dans son beau texte sur la joie de l’amour dans le couple et la famille (par. 172).
 
Antidote le plus fort à la diffusion de l’individualisme égoïste, les mères « témoignent de la beauté de la vie. […] Une société sans mères serait une société inhumaine, parce que les mères savent témoigner toujours, même dans les pires moments, de la tendresse, du dévouement, de la force morale. Les mères transmettent souvent également le sens le plus profond de la pratique religieuse. […] Sans les mères, non seulement il n’y aurait pas de nouveaux fidèles, mais la foi perdrait une bonne partie de sa chaleur simple et profonde. »
 
Le rôle de la mère est au cœur de l’éducation humaine de l’enfant. « La mère, qui protège l’enfant avec affection et compassion, l’aide à éveiller la confiance, à expérimenter que le monde est un lieu bon qui le reçoit, et cela permet de développer une auto-estime qui favorise la capacité d’intimité et l’empathie. »
 
Et le pape ajoute : « Très chères mamans, merci, merci pour ce que vous êtes dans la famille et pour ce que vous donnez à l’Église et au monde. »
 
Même quand nos mamans ne sont plus sur cette terre, elles continuent avec amour à veiller sur nous. L’amour est éternel et passe même la mort.
 
La fête des Mères nous invite à nous souvenir, à remercier, à nous réjouir, à fêter ce magnifique don de Dieu qu’est une mère.
 
Je pense aussi à tous ces enfants du monde, orphelins très jeunes à cause des guerres, des maladies, de tant d’autres causes. Je me sens triste et démuni devant ces souffrances. Je peux au moins les présenter au Dieu de miséricorde dans ma prière et le supplier de leur envoyer quelque soutien maternel. Dieu affirme : « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. » (Isaïe 49,15) Je crois que Dieu saura donner quelques réponses à ma supplication.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

jeudi 5 mai 2016

La peine de mort et la miséricorde

Dans son livre intitulé : Le nom de Dieu est miséricorde, le pape François tient des propos stimulants sur l’impact de la miséricorde dans les domaines social et politique. Il nous interpelle. Car, depuis des années, comme peuple, nous avons tendance à durcir les peines contre les délinquants de toutes sortes, même parfois à réclamer le retour de la peine de mort.
 
Le pape cite ce que Jean-Paul II a écrit peu après les attaques terroristes sur le territoire américain : « Il n’y a pas de justice sans pardon. » Et le pape actuel continue : « La capacité de pardon est à la base de tout projet de société future plus juste et plus solidaire. Le refus du pardon, la loi de l’“œil pour œil, dent pour dent” risque d’alimenter une spirale de conflits sans fin. » (page 99) En somme, la miséricorde est indispensable dans toutes les relations humaines et fraternelles. « La seule mesure de la justice ne suffit pas. » (page 98)
 
Le pape reconnait des signes de plus grande acceptation de la miséricorde dans les domaines judiciaire, politique et dans l’opinion publique mondiale. « Même dans la justice terrestre, dans les normes judiciaires, une conscience nouvelle est en marche. […]  Pensons aux progrès de la conscience mondiale, en matière de refus de la peine de mort. » (page 100)
 
Il est nécessaire d’être sans cesse vigilants à ce sujet. Les tensions mondiales actuelles et toutes les peurs, les angoisses même, qu’elles engendrent peuvent durcir nos attitudes contre les criminels et vouloir que la peine de mort soit remise en vigueur!
 
Il est encourageant par ailleurs de savoir qu’une fois de temps à autre, le Colisée romain est illuminé de nuit (6). C’est ce qui se produit chaque fois qu’un pays décide d’abolir la peine de mort ou au moins de la suspendre.
 
La miséricorde a sa place nécessaire dans notre société. Il faut toujours y veiller!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 29 avril 2016

Le sport est un chemin éducatif

« Il y a trois chemins, trois piliers fondamentaux pour les enfants, les adolescents et les jeunes : l'éducation – scolaire et familiale –, le sport et le travail. Quand les trois sont présents, école, sport et travail, alors les conditions existent pour développer une vie pleine et authentique, évitant ainsi ces dépendances qui avilissent et ruinent l'existence. » Ainsi s’exprimait le pape François le 8 mai 2015 dans un discours à la fédération italienne de tennis.
 
Ce « fan du sport » qu’est le pape François a directement interpelé tous les acteurs dans ce domaine : « Vous les athlètes, vous avez une mission à accomplir : pouvoir être, pour ceux qui vous admirent, de vrais modèles à imiter. Et vous aussi, dirigeants, entraîneurs et professionnels du sport, vous êtes appelés à donner un bon témoignage des valeurs humaines, maîtres d'une pratique sportive qui soit toujours loyale et limpide. »
 
Le pape souligne la dimension morale : « Votre sport est un sport très orienté vers la compétition, mais la pression qui veut obtenir des résultats significatifs ne doit jamais pousser à prendre des raccourcis comme cela arrive dans le cas du dopage. Comme elle est laide et stérile la victoire qui est obtenue en trichant sur les règles et en trompant les autres! »
 
Il termine son discours en voyant dans le sport une parabole de la vie humaine et chrétienne : « Je voudrais donc exhorter chacun de vous à se mettre en jeu non seulement dans le sport – comme vous le faites déjà avec d'excellents résultats –, mais dans la vie, à la recherche du bien, du vrai bien, sans avoir peur, avec courage et enthousiasme. Mettez-vous en jeu avec les autres et avec Dieu, en donnant le meilleur de vous-même, dépensant votre vie pour ce qui le vaut vraiment et qui dure toujours. Mettez vos talents au service de la rencontre entre les personnes, de l'amitié, de l'inclusion. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 22 avril 2016

Écologie et solidarité humaine

Le récit biblique de la création affirme que Dieu établit l’homme et la femme sur terre afin qu’ils la cultivent et qu’ils la gardent (Genèse 2, 15). Ce texte suscite chez le pape François quelques questions. « Que signifie cultiver et garder la terre ? Cultivons-nous et gardons-nous vraiment la création ? Ou bien est-ce que nous l’exploitons et nous la négligeons ? » Le pape répond : « Cultiver et garder la création […] signifie faire croître le monde avec responsabilité, en le transformant afin qu’il soit un jardin, un lieu vivable pour tous. »
 
Et le pape continue : « Cultiver et garder […] concerne également les relations humaines. » Il s’agit de l’écologie humaine. « Nous vivons actuellement un moment de crise ; nous le voyons dans l’environnement, mais surtout, nous le voyons dans l’homme. La personne humaine est en danger. » Car prime parmi nous « les dynamiques d’une économie et d’une finance sans éthique. » Ce qui commande aujourd’hui, ce n’est pas l’homme, c’est l’argent, le gain. Pourtant, « Dieu notre Père a donné le devoir de garder la terre non pas à l’argent, mais à nous : aux hommes et aux femmes. Nous avons ce devoir ! »
 
Pourtant! Si tant enfants n’ont rien à manger, ce n’est pas une nouvelle! Que certaines sans-abri meurent de froid dans la rue, ce n’est pas une nouvelle ! « En revanche, une baisse de dix points dans les bourses de certaines villes représente une tragédie. Quelqu’un qui meurt, ce n’est pas une nouvelle, mais si les bourses chutent de dix points, c’est une tragédie ! Ainsi, les personnes sont mises au rebut, comme si elles étaient des déchets. »
 
« Cette culture du rebut nous a rendus insensibles également aux gaspillages et aux déchets alimentaires, qui sont encore plus répréhensibles lorsque dans chaque partie du monde malheureusement, de nombreuses personnes et familles souffrent de la faim et de la malnutrition. […] Rappelons-nous bien, cependant, que lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre, à celui qui a faim ! J’invite chacun à réfléchir sur le problème de la perte et du gaspillage de la nourriture, pour identifier des façons et des moyens qui, en affrontant sérieusement cette problématique, puissent être des instruments de solidarité et de partage avec les personnes le plus dans le besoin. »
 
Le pape conclut : « Je voudrais alors que nous prenions tous l’engagement sérieux de respecter et de garder la création, d’être attentifs à chaque personne, de combattre la culture du gaspillage et du rebut, pour promouvoir une culture de la solidarité et de la rencontre. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau