samedi 25 juillet 2015

Notre maison commune

Le pape François a publié une encyclique par laquelle il se propose d’entrer en dialogue avec tous au sujet de notre maison commune. En deux puissants paragraphes introductifs, il indique la raison de ce cri du cœur adressé à toute l'humanité, de cet appel urgent à agir.
 
« “Loué sois-tu, mon Seigneur”, chantait saint François d’Assise. Dans ce beau cantique, il nous rappelait que notre maison commune est aussi comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts : “Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe” ».
 
« Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle. Nous avons grandi en pensant que nous étions ses propriétaires et ses dominateurs, autorisés à l’exploiter. La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes de maladie que nous observons dans le sol, dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants. C’est pourquoi, parmi les pauvres les plus abandonnés et maltraités, se trouve notre terre opprimée et dévastée, qui “gémit en travail d’enfantement” (Rm 8, 22). Nous oublions que nous-mêmes, nous sommes poussière (cf. Gn 2, 7). Notre propre corps est constitué d’éléments de la planète, son air nous donne le souffle et son eau nous vivifie comme elle nous restaure. »
 
Est-ce que j’entendrai ce cri? Changera-t-il quelque chose dans ma vie?
(1er texte d'une série sur l'encyclique du pape François) 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 10 juillet 2015

Les personnes qui bêchent et qui sèment

Nous vivons dans un pays où la nourriture est abondante. La majorité d’entre nous en profite quotidiennement. Mais nous demandons-nous d’où vient cette nourriture, quelles sont les personnes qui y œuvrent, quelles sont les étapes pour qu’elle se rende dans notre assiette?
 
Ce sont de telles questions que les évêques du Québec traitent dans leur message annuel du premier mai. « Les personnes qui sèment et bêchent la terre, celles qui transforment les aliments et en assurent la distribution ont droit à notre reconnaissance. Leur travail est essentiel à notre survie et il répond au droit fondamental de chacun à manger à sa faim. Elles contribuent à la souveraineté alimentaire des peuples, menacée par le contrôle des semences et l’accaparement des terres. »
 
La souveraineté alimentaire exige un « équilibre délicat entre les besoins des populations et les possibilités de la terre nourricière. Briser l’équilibre fragile de la terre nourricière met en péril les populations les plus vulnérables. »
 
Les défis pour préserver cet équilibre sont nombreux : respect des travailleurs et travailleuses dans toute la chaine alimentaire, particulièrement des travailleurs saisonniers;  respect des habitants de la terre qui ont besoin d’une alimentation saine, à prix abordable; respect de la terre dont les ressources ne sont pas inépuisables.
 
« Il n’y a pas d’humanité sans culture de la terre; il n’y a pas de bonne vie sans la nourriture qu’elle produit pour les hommes et les femmes de tous les continents ».
 
« Si nous étions plus conscients du chemin fait par les carottes, le brocoli, les fraises… lorsqu’on les porte à la bouche, nous serions davantage en lien avec la terre qui produit et le travail des hommes et des femmes d’ici pour assurer notre souveraineté alimentaire. »
 
Développement et Paix fait aussi une forte campagne sur ce thème en dénonçant les multinationales qui accaparent des semences et des terres au détriment des petits producteurs et de la population.
 
Voir aussi le document de Mgr Drainville toujours d’actualité sur le sujet.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 5 juillet 2015

Voir et toucher la misère

Le pape a récemment rappelé la forte affirmation déjà formulée dans sa Bulle d’indiction pour le Jubilé de la Miséricorde : « Ouvrons nos yeux pour voir les misères du monde, les blessures de tant de frères et sœurs privés de dignité, et sentons-nous appelés à entendre leur cri qui appelle à l’aide. Que nos mains serrent leurs mains et les attirent vers nous afin qu’ils sentent la chaleur de notre présence, de l’amitié et de la fraternité. Que leur cri devienne le nôtre et qu’ensemble, nous puissions briser la barrière d’indifférence qui règne souvent en souveraine pour cacher l’hypocrisie et l’égoïsme. » (n. 15)
 
S’adressant à des personnes engagées dans diverses œuvres d’aide aux Églises persécutées, il ajoutait : « Je vous encourage donc à poursuivre votre travail de charité chrétienne en continuant à dénoncer ce qui bafoue la dignité de l’homme. » C’est un appel à donner à manger, mais aussi à lutter contre les racines de tous ces choix et ces politiques qui nient la dignité humaine.
 
Le pape en appelle à « un effort à faire pour éliminer ce qui apparaît comme étant des accords tacites pour lesquels la vie de milliers et de milliers de familles – femmes, hommes, enfants, vieillards – mise sur la balance des intérêts paraît peser moins lourd que le pétrole et les armes, et alors que l’on proclame la paix et la justice on tolère que les trafiquants de mort agissent sur ces terres. »
 
Et il terminait en citant une très belle prière de saint Éphrem : « Accepte notre offrande, notre Roi, et donne-nous en échange le salut. Pacifie les terres dévastées, reconstruit les églises incendiées afin que nous puissions tresser, lorsqu’une grande paix arrivera, une grande couronne de fleurs provenant de partout, pour couronner le Seigneur de la paix. » (S. Éphrem, Hymne sur la Résurrection)
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 27 juin 2015

Garder la terre

L’été est un temps où beaucoup de personnes se font proches de la terre. Je pense aux personnes vivant sur des fermes, aux personnes qui travaillent dans la nature à de multiples travaux de semailles et de récoltes de toutes sortes. Mais je pense aussi à nous tous et toutes qui, d’une façon ou d’une autre – ne serait-ce que par une fleur dans notre appartement ou un regard sur les arbres proches de notre résidence – nous faisons proches de la terre.
 
Comment la regardons-nous? Comment la traitons-nous? Le pape François nous aide à réfléchir à cette question avec les affirmations suivantes.
 
« Lorsque nous parlons d’environnement, de la création, ma pensée va aux premières pages de la Bible, au  Livre de la Genèse, où l’on affirme que Dieu établit l’homme et la femme sur terre afin qu’ils la cultivent et qu’ils la gardent (cf. 2, 15). Cela suscite en moi les questions suivantes : Que signifie cultiver et garder la terre? Cultivons-nous et gardons-nous vraiment la création? Ou bien est-ce que nous l’exploitons et nous la négligeons? Le verbe « cultiver » me rappelle à l’esprit le soin que l’agriculteur prend de sa terre afin qu’elle porte du fruit et que celui-ci soit partagé : combien d’attention, de passion et de dévouement! Cultiver et garder la création est une indication de Dieu donnée non seulement au début de l’histoire, mais à chacun de nous; cela fait partie de son projet; cela signifie faire croître le monde avec responsabilité, en le transformant afin qu’il soit un jardin, un lieu vivable pour tous. »
 
Ce beau texte mérite relecture et méditation. Et quel geste pourrais-je poser cet été pour devenir un peu plus attentif à cette terre qui m’est confiée?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 19 juin 2015

Les martyrs d’aujourd’hui

J’ai longtemps cru que le temps des martyrs était fini depuis longtemps! Jean-Paul II avait déjà ébranlé en moi cette croyance par une recherche très fouillée sur les martyrs du XXe siècle. Maintenant, ces drames se multiplient dans de nombreux pays du monde. Les médias nous en informent. Certains médias en montrent mêmes sur nos écrans. Nous sommes plus que jamais au temps des martyrs!
 
Le pape François, dès le début de son pontificat, s’est montré très sensible à ces douloureuses situations. Et récemment, le 21 avril 2015, il affirmait dans une homélie : « Aujourd’hui l’Église est une Église de martyrs. » Il ajoutait : « La Parole de Dieu déplaît toujours à certains cœurs. La Parole de Dieu dérange, quand tu as le cœur dur, quand tu as le cœur païen, car la Parole de Dieu te met au défi d'avancer. »
 
Jésus avait prophétisé à ses disciples : « l’heure vient où tous ceux qui vous tueront s’imagineront qu’ils rendent un culte à Dieu.» (Jean 16, 2) Déjà au tout début de l’Église, ceux qui ont tué le premier martyr Étienne croyaient ainsi rendre gloire à Dieu. Ces motifs sont encore évoqués aujourd’hui.
 
Et le pape de conclure : « Unissons-nous à Jésus dans l’Eucharistie, et unissons-nous à tant de frères et sœurs qui souffrent le martyre de la persécution, de la calomnie et de meurtres pour être fidèles à l’unique pain qui rassasie, c’est-à-dire à Jésus. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

mercredi 10 juin 2015

Le droit d’offenser l’autre?

Est-ce que le droit à la liberté d’expression est absolu? Ou bien doit-il être balisé pour que nous nous respections les uns les autres dans la société? Il n’existe pas de droit d’offense, déclarait le 10 mars 2015 l’observateur du Saint-Siège auprès des Nations Unies à Genève.
 
« Bien sûr, la liberté d’expression est un droit humain fondamental qu’il faut toujours soutenir et protéger; en fait, cela implique aussi l’obligation de dire de manière responsable ce que l'on pense en vue du bien commun. Sans ce droit, l’éducation, la démocratie et une authentique spiritualité ne seraient pas possibles. Cela ne justifie pas pour autant que l’on relègue une religion au rang de sous-culture d’un poids insignifiant ou de cible facile à ridiculiser et à discriminer. »
 
« Des arguments antireligieux, même sur un ton d’ironie, peuvent certainement être acceptés […] Mais qu’est-ce qui peut justifier des insultes gratuites et une dérision méchante des sentiments et convictions religieux des autres qui sont, après tout, égaux en dignité? Peut-on se moquer de l’identité culturelle d’une personne, de la couleur de sa peau, de la croyance de son cœur? »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 30 mai 2015

La vocation chrétienne est un exode

L’exode évoque dans la Bible la libération d’un peuple de l’esclavage et des travaux forcés, la traversée de la mer et la longue marche dans le désert vers la terre promise. C’est là une parabole de la vie humaine. Le pape François l’emploie dans son message pour la Journée mondiale de prière pour les vocations (le 26 avril dernier).
 
« À la racine de chaque vocation chrétienne, il y a ce mouvement fondamental de l’expérience de foi : croire veut dire se laisser soi-même, sortir du confort et de la rigidité du moi pour centrer notre vie en Jésus Christ ; abandonner comme Abraham sa propre terre en se mettant en chemin avec confiance, sachant que Dieu indiquera la route vers la nouvelle terre. » (4)
 
« Depuis l’appel dAbraham à celui de Moïse, depuis le chemin pérégrinant d’Israël dans le désert à la conversion prêchée par les prophètes, jusqu’au voyage missionnaire de Jésus qui culmine dans sa mort et sa résurrection, la vocation est toujours cette action de Dieu qui nous fait sortir de notre situation initiale, nous libère de toute forme d’esclavage, nous arrache à nos habitudes et à l’indifférence et nous projette vers la joie de la communion avec Dieu et avec les frères. Répondre à l’appel de Dieu, donc, c’est le laisser nous faire sortir de notre fausse stabilité pour nous mettre en chemin vers Jésus Christ, terme premier et dernier de notre vie et de notre bonheur. »
 
François s’adresse particulièrement aux jeunes : « N’ayez pas peur de sortir de vous-même et de vous mettre en chemin ! L’Évangile est la Parole qui libère, transforme et rend plus belle notre vie. Comme il est beau de se laisser surprendre par l’appel de Dieu, d’accueillir sa Parole, de mettre les pas de votre existence dans les pas de Jésus, dans l’adoration du mystère divin et du dévouement généreux aux autres ! Votre vie deviendra chaque jour plus riche et plus joyeuse ! »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau