vendredi 29 avril 2016

Le sport est un chemin éducatif

« Il y a trois chemins, trois piliers fondamentaux pour les enfants, les adolescents et les jeunes : l'éducation – scolaire et familiale –, le sport et le travail. Quand les trois sont présents, école, sport et travail, alors les conditions existent pour développer une vie pleine et authentique, évitant ainsi ces dépendances qui avilissent et ruinent l'existence. » Ainsi s’exprimait le pape François le 8 mai 2015 dans un discours à la fédération italienne de tennis.
 
Ce « fan du sport » qu’est le pape François a directement interpelé tous les acteurs dans ce domaine : « Vous les athlètes, vous avez une mission à accomplir : pouvoir être, pour ceux qui vous admirent, de vrais modèles à imiter. Et vous aussi, dirigeants, entraîneurs et professionnels du sport, vous êtes appelés à donner un bon témoignage des valeurs humaines, maîtres d'une pratique sportive qui soit toujours loyale et limpide. »
 
Le pape souligne la dimension morale : « Votre sport est un sport très orienté vers la compétition, mais la pression qui veut obtenir des résultats significatifs ne doit jamais pousser à prendre des raccourcis comme cela arrive dans le cas du dopage. Comme elle est laide et stérile la victoire qui est obtenue en trichant sur les règles et en trompant les autres! »
 
Il termine son discours en voyant dans le sport une parabole de la vie humaine et chrétienne : « Je voudrais donc exhorter chacun de vous à se mettre en jeu non seulement dans le sport – comme vous le faites déjà avec d'excellents résultats –, mais dans la vie, à la recherche du bien, du vrai bien, sans avoir peur, avec courage et enthousiasme. Mettez-vous en jeu avec les autres et avec Dieu, en donnant le meilleur de vous-même, dépensant votre vie pour ce qui le vaut vraiment et qui dure toujours. Mettez vos talents au service de la rencontre entre les personnes, de l'amitié, de l'inclusion. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 22 avril 2016

Écologie et solidarité humaine

Le récit biblique de la création affirme que Dieu établit l’homme et la femme sur terre afin qu’ils la cultivent et qu’ils la gardent (Genèse 2, 15). Ce texte suscite chez le pape François quelques questions. « Que signifie cultiver et garder la terre ? Cultivons-nous et gardons-nous vraiment la création ? Ou bien est-ce que nous l’exploitons et nous la négligeons ? » Le pape répond : « Cultiver et garder la création […] signifie faire croître le monde avec responsabilité, en le transformant afin qu’il soit un jardin, un lieu vivable pour tous. »
 
Et le pape continue : « Cultiver et garder […] concerne également les relations humaines. » Il s’agit de l’écologie humaine. « Nous vivons actuellement un moment de crise ; nous le voyons dans l’environnement, mais surtout, nous le voyons dans l’homme. La personne humaine est en danger. » Car prime parmi nous « les dynamiques d’une économie et d’une finance sans éthique. » Ce qui commande aujourd’hui, ce n’est pas l’homme, c’est l’argent, le gain. Pourtant, « Dieu notre Père a donné le devoir de garder la terre non pas à l’argent, mais à nous : aux hommes et aux femmes. Nous avons ce devoir ! »
 
Pourtant! Si tant enfants n’ont rien à manger, ce n’est pas une nouvelle! Que certaines sans-abri meurent de froid dans la rue, ce n’est pas une nouvelle ! « En revanche, une baisse de dix points dans les bourses de certaines villes représente une tragédie. Quelqu’un qui meurt, ce n’est pas une nouvelle, mais si les bourses chutent de dix points, c’est une tragédie ! Ainsi, les personnes sont mises au rebut, comme si elles étaient des déchets. »
 
« Cette culture du rebut nous a rendus insensibles également aux gaspillages et aux déchets alimentaires, qui sont encore plus répréhensibles lorsque dans chaque partie du monde malheureusement, de nombreuses personnes et familles souffrent de la faim et de la malnutrition. […] Rappelons-nous bien, cependant, que lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre, à celui qui a faim ! J’invite chacun à réfléchir sur le problème de la perte et du gaspillage de la nourriture, pour identifier des façons et des moyens qui, en affrontant sérieusement cette problématique, puissent être des instruments de solidarité et de partage avec les personnes le plus dans le besoin. »
 
Le pape conclut : « Je voudrais alors que nous prenions tous l’engagement sérieux de respecter et de garder la création, d’être attentifs à chaque personne, de combattre la culture du gaspillage et du rebut, pour promouvoir une culture de la solidarité et de la rencontre. »
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 15 avril 2016

L’Évangile comme un printemps

L’histoire de l’Église et la vie des saintes et des saints m’ont appris la force de renouvellement cachée dans les paroles des Évangiles.
 
J’ai vu le pêcheur, Simon, devenir capable de dire des choses merveilleuses, cachées même aux savants et aux sages. J’ai vu le jeune Jean acquérir une connaissance du cœur de Dieu (Jean13, 25), secret caché à toutes les générations depuis la création du monde.
 
J’ai vu la jeune veuve Marie Guyart devenir une femme pleine de la force et de la sagesse de l’Esprit-Saint. Je l’ai vue quitter son pays natal pour venir au Canada, ayant reçu le courage d’affronter tous les obstacles pour faire connaitre Celui qui lui a brûlé le cœur.
 
J’ai vu des Jésuites français devenir courageux jusqu’au martyre. J’ai vu une jeune femme de Montréal devenir la fondatrice d’une communauté religieuse, les Sœurs Grises, qui a marqué toute l’histoire de notre pays.
 
Cette force de l’Évangile, capable de façonner des hommes et des femmes au cœur nouveau, est encore bien active parmi nous. Je pense à la génération des grands-parents qui ont eu le courage de défricher un pays, de bâtir des paroisses, des écoles, toutes sortes de services afin d’implanter ici la foi en Jésus et en son Évangile.
 
Je pense aussi à tant d’adultes et de jeunes habités par Jésus et sa Parole. L’Évangile n’a rien perdu de sa force de renouvellement, de son énergie de transformation des cœurs et des vies.
 
Et je suis intimement persuadé que le meilleur service à rendre à la génération qui pousse, c’est de lui offrir ce trésor qu’est l’Évangile.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 8 avril 2016

Les trois « T »

« La Bible nous rappelle que Dieu écoute le cri de son peuple et je voudrais moi aussi unir de nouveau ma voix à la vôtre : les fameux trois ‘‘T’’, terre, toit et travail pour tous nos frères et sœurs. Je l’ai dit et je le répète : ce sont des droits sacrés. Cela vaut la peine, cela vaut la peine de lutter pour ces droits. Que le cri des exclus soit entendu en Amérique Latine et par toute la terre. » Ainsi s’exprimait le pape François en Bolivie.
 
Le pape réclame un changement profond et qui touche toutes les nations. Il formule cet appel dans quelques questions.
 
« Reconnaissons-nous vraiment que les choses ne marchent pas bien dans un monde où il y a tant de paysans sans terre, tant de familles sans toit, tant de travailleurs sans droits, tant de personnes blessées dans leur dignité? »
 
« Reconnaissons-nous que les choses ne vont pas bien quand éclatent tant de guerres absurdes et que la violence fratricide s’empare même de nos quartiers? »
 
« Reconnaissons-nous que les choses ne vont pas bien quand le sol, l’eau, l’air et tous les êtres de la création sont sous une permanente menace? »
 
Notre planète a un urgent besoin de changements! Et un lien relie toutes ces réalités destructrices. Elles répondent à un système qui est devenu global et qui impose partout « la logique du gain à n’importe quel prix sans penser à l’exclusion sociale ou à la destruction de la nature. »
 
Et le pape ajoutait : « nous voulons un changement, un changement réel, un changement de structures. On ne peut plus supporter ce système, les paysans ne le supportent pas, les travailleurs ne le supportent pas, les communautés ne le supportent pas, les peuples ne le supportent pas... Et la Terre non plus ne le supporte pas, la sœur Mère Terre comme disait saint François. »
 
Cet amour de l’argent, le pape le qualifie de « fumier du diable »! « Quand le capital est érigé en idole et commande toutes les options des êtres humains, quand l’avidité pour l’argent oriente tout le système socio-économique, cela ruine la société, condamne l’homme, le transforme en esclave, détruit la fraternité entre les hommes, oppose les peuples les uns aux autres, et comme nous le voyons, met même en danger notre maison commune, la sœur et mère terre. »
 
Et le pape invite à la lutte courageuse, confiante et porteuse d’espérance. « Aucune famille sans logement, aucun paysan sans terre, aucun travailleur sans droits, aucun peuple sans souveraineté, aucune personne sans dignité, aucun enfant sans enfance, aucun jeune sans possibilités, aucun vieillard sans une vieillesse vénérable. »
 
Moi, quel geste, si simple soit-il, puis-je poser dans mon milieu en réponse à cet appel mondial du pape?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

jeudi 31 mars 2016

Pourquoi se confesser?

Parce qu’on y expérimente la miséricorde de Dieu notre Père. Il nous libère de nos chaînes et nous oriente vers l’avenir avec le courage de l’espérance. Il verse par l’Esprit dans notre cœur la paix et la joie qui sont de puissants stimulants de vie.
 
Que fait en nous la miséricorde divine?
 
Elle nous libère des chaînes du passé. Quand nous reconnaissons nos péchés devant Dieu et devant le prêtre dans le sacrement de la confession, nous faisons la vérité en nous. Et c’est alors, comme l’affirme Jésus, une vérité qui libère du poids étouffant passé, nous fortifie dans le présent et nous ouvre l’avenir.
 
Cette miséricorde nous incite à voir dans quels chemins nous marchons en fait. Reconnaître ses égarements, ses errances, des faux pas, c’est retrouver un équilibre intérieur, c’est se relancer dans la vie avec une espérance neuve au cœur.
 
Le sacrement de la confession est aussi une supplication adressée à ce Dieu qui nous a créés, qui nous aime avec tendresse et fidélité, et qui sans cesse veut nous purifier, nous renouveler. « Crée en moi un cœur pur » (psaume 51). La certitude de la miséricorde de Dieu notre Père nous relance dans un chemin d’espérance et de courage, dans la joie et la paix.
 
Quand ce chemin est parcouru dans la confiance abandonnée entre les mains de Celui qui dans sa bonté nous aime jusqu’à mourir pour nous sur la croix, nous nous ouvrons à l’Esprit-Saint et à son œuvre de renouvellement de notre cœur. Il est capable de nous construire solidement et de faire de nous de véritables enfants de Dieu.
 
Voici donc le chemin à parcourir pour vivre le sacrement de la confession comme la libération et la joie du cœur :
-        Louer Dieu pour sa bonté, sa tendresse pour moi et pour toutes les merveilles qu’il a accomplies dans ma vie : confesser la miséricorde divine.
-        Reconnaître avec vérité ce que je suis, quels sont mes sentiments profonds, mes erreurs, mes inquiétudes, mes péchés : confesser mes péchés.
-        Et finalement dire à Dieu ma joie d’être libéré, d’être relancé dans ma vie chrétienne : confesser mon espérance en la fidélité de Celui qui m’aime.
 
Et il nous reste à vivre en conséquence au jour le jour sous le soleil de l’amour miséricordieux de Dieu en aimant les autres avec miséricorde!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 26 mars 2016

Élan de Pâques dans mes veines!

C’est ma conviction profonde : nous sommes toujours au printemps. Je pense à ce vieillard qui semble tomber en ruines : il est tout juste au printemps. Je pense à cette Église vieille de deux mille ans et qui perd de plus en plus d’adeptes : elle est tout juste au printemps.
 
Nous ne sommes tous qu’au printemps!
 
Ce printemps n’est pas le résultat des forces obscures et cachées de la nature. Il est entretenu par Quelqu’un de vivant. Caché sous ce réveil printanier, Jésus de Nazareth, né de la Vierge Marie et crucifié sous Ponce Pilate, agit sans cesse.
 
Printemps amorcé un certain matin de Pâques, lorsque Jésus est sorti vivant du tombeau. Il se fait de plus en plus conquérant et vigoureux.
 
Par son corps ressuscité, il nous communique sa vie, ses énergies, sa force, sa flamme, son souffle, son sang. Présence radicale, qui rejoint le cœur des humains et des êtres, présence renouvelante et transformante. Par lui, le Vivant, c’est la vie même de Dieu qui envahit, comme une sève ou comme un feu, l’univers. Cet envahissement est irrésistible et irréversible. Et cette sève, comme elle est dynamique! Ses canaux sont infiniment plus nombreux et variés que ce que je peux imaginer.
 
Et ce printemps va durer jusqu’au retour glorieux de Jésus qui assumera ce grand processus de vie toujours en émergence. Il lui donnera alors son plein épanouissement dans la vie divine.
 
Ça m’étonne, parfois m’effraie, toujours m’éblouit! Quelle énergie! Quelle vie! Mais il faut que le Vivant ajuste mon regard pour que je voie cette vitalité, ouvre mes oreilles pour que j’entende son gazouillis, aiguise mes sens spirituels pour que je sois au diapason de ce chant de victoire et de gloire : le grand Alléluia de Pâques!
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 19 mars 2016

Un récit qui nous fait renaître

Cette année, le début du printemps coïncide avec le dimanche des Rameaux et le récit de la Passion de Jésus. La symbolique entre les deux temps est très forte. Au printemps, nous passons du temps froid au temps chaud, de la saison où la nature dort au matin où l’eau se fait un chemin sous la neige, de la saison « morte » à la vie qui renaît. Même si nous sommes habitués au passage d’une saison à l’autre, nous sommes toujours émerveillés de ces transformations. Oui, l’humain est profondément fait pour la vie.
 
Le récit de la Passion de Jésus nous présente également des passages où Jésus et ses disciples passent par des temps de doute, de remise en question, de trahison, de détresse, de déception et de mort. Les disciples doutent de la promesse d’un monde nouveau annoncée par Jésus. Ils semblent ne pas saisir la mort imminente de Jésus et que c’est par cette mort que peut renaître la vie.
 
La vie publique de Jésus qui inspirait un printemps nouveau fait place à une période où son entourage ne voit pas l’espérance promise. Certains commencent à douter et même à abandonner leur mission en contribuant à livrer Jésus, à le renier. Ils ne voient pas la vie qui se cache sous la noirceur de la mise à mort de Jésus. Leur cœur est lent à voir que le don de la vie de Jésus est porteur d’un monde nouveau, d’un printemps nouveau.
 
Nous avons certainement déjà vécu de ces temps de doute, de désespoir, de remise en question, de trahison même. Le récit de la Passion de Jésus vient nous redire qu’il faut lui faire confiance et lui remettre entre ses mains nos doutes et nos désespoirs pour qu’il nous apporte la paix, la joie et surtout l’espérance. La miséricorde de Dieu est là pour nous accueillir, nous faire passer de nos petites « morts » à la vie nouvelle. Son amour est toujours là, un peu comme les racines sous la neige qui se préparent à refaire surface. Laissons l’eau vive de Jésus irriguer les hivers de notre cœur pour que nous puissions toujours renaître à la vie. Nous pourrons ainsi être à notre tour des signes de printemps pour notre monde.
 
René Laprise, diacre permanent
Gatineau