dimanche 23 novembre 2014

La tente de rendez-vous

L’Ancien Testament nous fait connaître l’existence d’un tabernacle qui a joué un très grand rôle dans les pérégrinations du peuple d’Israël Appelé aussi la tente de réunion, ou de rencontre, ou encore de rendez-vous, c’était le lieu essentiel des rencontres entre Dieu et son Peuple durant ses marches au désert, jusqu’à la terre promise. Encore nommé « la demeure de Dieu », le Tout-Autre invisible s’y faisait le Tout-Proche, présent dans la nuée à la fois lumineuse et obscure. De là, par l’intermédiaire de Moïse, il guidait les Hébreux à travers les périls de leur pauvre vie nomade pour les conduire jusqu’à la Terre promise.
 
Le Dieu que personne ne peut voir sans mourir et qui demeure au ciel se rendait, là dans ce tabernacle situé au cœur du camp et mobile comme lui, présent aux vicissitudes de son Peuple en restant à la fois tout proche et caché dans la nuée qui couvre la tente. En somme, ce tabernacle mobile était le lieu essentiel de la rencontre de Dieu avec son Peuple. Il était reconnu comme particulièrement saint, sanctifié par cette présence mystérieuse, cachée, mais agissante, qui dirigeait toute l’histoire du Peuple et par lui le destin à venir de l’humanité.
 
La raison d’être pratique de ce tabernacle était d’abriter l’arche d’alliance appelée aussi l’arche du Témoignage. C’est là qu’étaient gardées très précieusement les tables que Moïse reçut de Dieu sur le mont Sinaï après que le Très-Haut y eut gravé les clauses de l’alliance entre Lui et le Peuple. En somme, l’arche de l’alliance et son contenu sont, dans le tabernacle, le signe visible du Dieu invisible. C’est le « Saint des Saints » qui à la fois manifestera et cachera la présence Dieu à son Peuple jusqu’à ce que le tabernacle soit remplacé par le temple. Mais ce dernier avec tout son contenu sera détruit par les grandes guerres qui ont dispersé le Peuple dans le monde.
(2e texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 14 novembre 2014

Nos tabernacles

Un photographe en train de préparer une exposition de photos de divers tabernacles des paroisses environnantes m’a un jour demandé un texte pour accompagner sa présentation. Il s’agit de Monsieur Richard Perron, dont vous pouvez examiner le site Internet très riche. C’est cet écrit que je vous présente en quelques épisodes.
 
On raconte que Moïse, guidé par une foi capable de voir les œuvres cachées de Dieu dans l’obscurité de l’histoire, accomplit la libération de son peuple. Il a su percevoir « l’Invisible dans la matière ». C’est le chemin que sont appelés à suivre tous les croyants et croyantes. Depuis que le Dieu éternel et invisible s’est rendu visible à nos yeux lors de l’Incarnation de son Fils Unique dans notre chair, ce passage par les images et les symboles s’offre à qui veut apprivoiser le mystère des réalités invisibles qui œuvrent en toute vie humaine.
 

Les tabernacles font partie de ces canaux par où on pénètre la matière pour y contempler l’indicible mystère. Qu'ils meublent nos cathédrales, nos humbles églises de campagne ou encore ces chapelles rencontrées ici et là, les tabernacles sont de petites armoires destinées à conserver les ciboires contenant des hosties consacrées durant la messe. On y garde précieusement et sous clé ce qui symbolise et rend présent le « grand mystère de la foi » que l’assemblée chante après la consécration du pain et du vin.
 
Afin de stimuler ce passage incessant du visible à l’Invisible, les tabernacles sont souvent des œuvres d’art. Même les plus humbles sont décorés de symboles qui cherchent à évoquer le mystère qui se cache là, dans l’obscurité, et qui attire, questionne, rayonne. Mais comment ne pas nous demander : « Que voient donc là celles et ceux qui s’y tiennent, parfois même longuement et en silence, et que plusieurs d’entre nous ne trouvent pas? »
(1er texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 9 novembre 2014

Prière du pape François à Marie

Le pape termine son grand texte intitulé La joie de l’Évangile en demandant à Marie  «que, par sa prière maternelle, elle nous aide pour que l’Église devienne une maison pour beaucoup, une mère pour tous les peuples, et rende possible la naissance d’un monde nouveau. »
 
Je transcris tout simplement cette prière. Puisse-t-elle nous inspirer pour qu’à notre tour nous osions nous adresser à la mère de Jésus, la reconnaissant comme notre mère et celle capable de faire de nous des personnes engagées au service de l’Évangile!
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau
 
Vierge et Mère Marie,
toi qui, mue par l’Esprit,
as accueilli le Verbe de la vie
dans la profondeur de ta foi humble,
totalement abandonnée à l’Éternel,
aide-nous à dire notre “oui”
dans l’urgence, plus que jamais pressante,
de faire retentir la Bonne Nouvelle de Jésus.

 
Toi, remplie de la présence du Christ,
tu as porté la joie à Jean-Baptiste,
le faisant exulter dans le sein de sa mère.
Toi, tressaillant de joie,
tu as chanté les merveilles du Seigneur.
Toi, qui es restée ferme près de la Croix
avec une foi inébranlable
et a reçu la joyeuse consolation de la résurrection,
tu as réuni les disciples dans l’attente de l’Esprit
afin que naisse l’Église évangélisatrice.

 
Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités
pour porter à tous l’Évangile de la vie
qui triomphe de la mort.
Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies
pour que parvienne à tous
le don de la beauté qui ne se ternit pas.

 
Toi, Vierge de l’écoute et de la contemplation,
mère du bel amour, épouse des noces éternelles,
intercède pour l’Église, dont tu es l’icône très pure,
afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais se s’arrête
dans sa passion pour instaurer le Royaume.

 
Étoile de la nouvelle évangélisation,
aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion,
du service, de la foi ardente et généreuse,
de la justice et de l’amour pour les pauvres,
pour que la joie de l’Évangile
parvienne jusqu’aux confins de la terre
et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière.

 
Mère de l’Évangile vivant,
source de joie pour les petits,
prie pour nous.
Amen. Alléluia!

mercredi 5 novembre 2014

Marie, Mère de l’Évangélisation

« Avec l’Esprit Saint, il y a toujours Marie au milieu du peuple. Elle était avec les disciples pour l’invoquer (cf. Ac 1,14), et elle a ainsi rendu possible l’explosion missionnaire advenue à la Pentecôte. Elle est la Mère de l’Église évangélisatrice et sans elle nous n’arrivons pas à comprendre pleinement l’esprit de la nouvelle évangélisation. »
 
Nous sommes à la fin de l’intense Exhortation du pape François  La joie de l’Évangile (par. 284ss). Et c’est en ces mots qu’il commence son hommage filial à Marie. Il la reconnaît comme le don de Dieu à son Peuple, réalisé par Jésus sur la croix, quand il dit à Marie : «Femme, voici ton fils », puis qu’il dit à l’ami bien-aimé : « Voici ta mère » (Jn 19, 26-27).  Jésus nous a laissé sa mère comme notre mère. « Il nous conduit à elle, car il ne veut pas que nous marchions sans une mère. »
 
« Marie est celle qui sait transformer une grotte pour des animaux en maison de Jésus, avec de pauvres langes et une montagne de tendresse. Elle est la petite servante du Père qui tressaille de joie dans la louange. Elle est l’amie toujours attentive pour que le vin ne manque pas dans notre vie. Elle est celle dont le cœur est transpercé par la lance, qui comprend toutes les peines. Comme mère de tous, elle est signe d’espérance pour les peuples qui souffrent les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que naisse la justice. Elle est la missionnaire qui se fait proche de nous pour nous accompagner dans la vie, ouvrant nos cœurs à la foi avec affection maternelle. Comme une vraie mère, elle marche avec nous, lutte avec nous, et répand sans cesse la proximité de l’amour de Dieu. »
 
Marie est l’Étoile de la nouvelle évangélisation. Nous fixons notre regard sur elle, pour qu’elle nous aide à annoncer à tous le message de salut. « Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Église. Car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. En elle, nous voyons que l’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles, mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants. » Elle met de la chaleur maternelle dans notre quête de justice. « Cette dynamique de justice et de tendresse, de contemplation et de marche vers les autres, est ce qui fait d’elle un modèle ecclésial pour l’évangélisation. »
 
Quelle est la place de Marie dans ma vie de baptisé et d’engagé dans l’Église et pour un monde plus juste et plus fraternel?
(47e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

jeudi 30 octobre 2014

La force missionnaire de l’intercession

Le pape François (dans La joie de l’Évangile par. 281ss) nous enseigne une forme de prière qui nous stimule au don de nous-mêmes pour l’évangélisation et nous motive à chercher le bien des autres : c’est l’intercession. Il nous donne en exemple saint Paul. Sa prière était remplie de personnes : « En tout temps dans toutes mes prières pour vous tous […] car je vous porte dans mon cœur » (Ph 1, 4.7).
 
Puis le pape note que cette attitude se transforme aussi en remerciement à Dieu pour les autres : « Et d’abord je remercie mon Dieu par Jésus Christ à votre sujet à tous » (Rm 1, 8). C’est un remerciement constant : « Je rends grâce à Dieu sans cesse à votre sujet pour la grâce de Dieu qui vous a été accordée dans le Christ Jésus » (1 Co 1,4); « Je rends grâce à Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous » (Ph 1, 3).
 
Pour développer ces deux formes de prières (intercession et remerciement), il faut développer en nous un certain regard. « Ce n’est pas un regard incrédule, négatif et privé d’espérance, mais bien un regard spirituel, de foi profonde, qui reconnaît ce que Dieu même fait en eux. En même temps, c’est la gratitude qui vient d’un cœur vraiment attentif aux autres. De cette manière, quand un évangélisateur sort de sa prière, son cœur est devenu plus généreux, il s’est libéré de l’isolement et il désire faire le bien et partager la vie avec les autres. »
 
« Nous pouvons dire que l’intercession émeut le cœur de Dieu, mais, en réalité, c’est lui qui nous précède toujours, et ce que nous sommes capables d’obtenir par notre intercession c’est la manifestation, avec une plus grande clarté, de sa puissance, de son amour et de sa loyauté au sein de son peuple. »
(46e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 18 octobre 2014

L’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit

Dans La joie de l’Évangile (par. 275ss.), le pape François commente diverses attitudes négatives vécues en Église : pessimisme, fatalisme, méfiance. Certaines personnes ne se donnent pas à la mission parce qu’elles croient que rien ne peut changer. «Cette attitude est précisément une mauvaise excuse pour rester enfermés dans le confort, la paresse, la tristesse de l’insatisfaction, le vide égoïste. »
 
Les premiers disciples allèrent prêcher, « le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole » (Mc16, 20). Cela s’accomplit aussi de nos jours. Le Christ ressuscité nous invite à le connaître, à vivre avec lui. Il est « la source profonde de notre espérance, et son aide ne nous manquera pas dans l’accomplissement de la mission qu’il nous confie. (…) Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. » Notre défi est d’y croire de tout notre cœur.
 
La foi signifie croire en Jésus, croire, qu’il est vivant, qu’il nous aime vraiment, qu’il ne nous abandonne pas, qu’il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie, qu’il marche victorieux avec nous dans l’histoire.  « La résurrection du Christ produit partout les germes de ce monde nouveau; et même s’ils venaient à être taillés, ils poussent de nouveau, car la résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée de cette histoire, car Jésus n’est pas ressuscité pour rien. Ne restons pas en marge de ce chemin de l’espérance vivante ! »
 
« La mission n’est pas un commerce ni un projet d’entreprise, pas plus qu’une organisation humanitaire, ni un spectacle pour raconter combien de personnes se sont engagées grâce à notre propagande; elle est quelque chose de beaucoup plus profond, qui échappe à toute mesure. (…) L’Esprit Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut; nous nous dépensons sans prétendre, cependant, voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire. Apprenons à nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble. »
 
Cette attitude demande une confiance ferme en l’Esprit Saint, à alimenter dans la prière. « Il est vrai que cette confiance en l’invisible peut nous donner le vertige : c’est comme se plonger dans une mer où nous ne savons pas ce que nous allons rencontrer. Moi-même j’en ai fait l’expérience plusieurs fois. Toutefois, il n’y a pas de plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à vouloir calculer et contrôler tout, et de permettre à l’Esprit de nous éclairer, de nous guider, de nous orienter, et de nous conduire là où il veut. Il sait bien ce dont nous avons besoin à chaque époque et à chaque instant.»
 
Est-ce que j’entretiens par la prière la certitude de l’action de Jésus Ressuscité et de son Esprit dans ma vie et dans mon engagement dans l’Église et dans le monde?
(45e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 10 octobre 2014

Le plaisir spirituel d’être un peuple

Le pape François nous étonne toujours par ses audacieuses initiatives pour se faire proche de tous, surtout des pauvres de toutes catégories. Dans La joie de l’Évangile (par. 268ss), il explicite les raisons évangéliques de ce style apostolique.  Pour être d’authentiques évangélisateurs, il faut développer « le goût spirituel d’être proche de la vie des gens, jusqu’à découvrir que c’est une source de joie supérieure. » Car en regardant Jésus en Croix, « nous redécouvrons qu’il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé. »
 
L’Évangile nous montre Jésus proche de tous. « Quand il parlait avec une personne, il la regardait dans les yeux avec une attention profonde pleine d’amour : “Jésus fixa sur lui son regard et l’aima” (Mc 10, 21). Nous le voyons accessible, quand il s’approche de l’aveugle au bord du chemin (cf. Mc 10, 46-52), et quand il mange et boit avec les pécheurs (cf. Mc 2, 16), sans se préoccuper d’être traité de glouton et d’ivrogne (cf. Mt 11, 19). Nous le voyons disponible quand il laisse une prostituée lui oindre les pieds (cf. Lc 7, 36-50) ou quand il accueille de nuit Nicodème (cf. Jn 3,1-15). Le don de Jésus sur la croix n’est autre que le sommet de ce style qui a marqué toute sa vie. »
 
François nous invite à nous laisser séduire par ces exemples. Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres, que nous entrions en contact avec l’existence concrète des autres et que nous connaissions « la force de la tendresse.» Alors, « nous voulons nous intégrer profondément dans la société, partager la vie de tous et écouter leurs inquiétudes, collaborer matériellement et spirituellement avec eux dans leurs nécessités, nous réjouir avec ceux qui sont joyeux, pleurer avec ceux qui pleurent et nous engager pour la construction d’un monde nouveau, coude à coude avec les autres. »
 
L’œuvre d’évangélisation enrichit alors l’esprit et le cœur, « nous ouvre des horizons spirituels, nous rend plus sensibles pour reconnaître l’action de l’Esprit, nous fait sortir de nos schémas spirituels limités. En même temps, un missionnaire pleinement dévoué expérimente dans son travail le plaisir d’être une source, qui déborde et rafraîchit les autres. (…) Personne ne vit mieux en fuyant les autres, en se cachant, en refusant de compatir et de donner, en s’enfermant dans le confort. Ce n’est rien d’autre qu’un lent suicide. »
 
« Brisons les murs, pour que notre cœur se remplisse de visages et de noms! »
 
Est-ce là un programme que je veux et peux mettre en application? Quel est le pas que je suis appelé à faire aujourd’hui en ce sens?
(44e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau