vendredi 26 septembre 2014

L’esprit de la nouvelle évangélisation

« À la Pentecôte, l’Esprit fait sortir d’eux-mêmes les Apôtres et les transforme en annonciateurs des grandeurs de Dieu. » De plus, il infuse la force pour annoncer la nouveauté de l’Évangile avec audace, (parresia), à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant.
 
C’est ainsi que le pape François commence le dernier chapitre (par. 262-288) de son exhortation apostolique intitulée La joie de l’Évangile. Et il explicite : « Comme je voudrais trouver les paroles pour encourager une période évangélisatrice plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d’amour profond, et de vie contagieuse! Mais je sais qu’aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec l’Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Église évangélisatrice. »
 
Puis le pape invoque l’Esprit Saint « de venir renouveler, secouer, pousser l’Église dans une audacieuse sortie au dehors de soi, pour évangéliser tous les peuples. » Suivent quelques motivations et suggestions spirituelles.
 
Comment accueillir l’impulsion missionnaire venant de l’Esprit? « Il faut toujours cultiver un espace intérieur qui donne un sens chrétien à l’engagement et à l’activité. Sans des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens, nous nous affaiblissons à cause de la fatigue et des difficultés, et la ferveur s’éteint. L’Église ne peut vivre sans le poumon de la prière. »
 
« Il est salutaire de se souvenir des premiers chrétiens et de tant de frères au cours de l’histoire qui furent remplis de joie, pleins de courage, infatigables dans l’annonce, et capables d’une grande résistance active. (…) Apprenons des saints qui nous ont précédés et qui ont affronté les difficultés propres à leur époque. » Le pape offre quelques motivations qui nous aideront à les imiter aujourd’hui. Et il coiffe ces motivations des titres suivants :
·         La rencontre personnelle avec l'amour de Jésus qui nous sauve.
·         Le plaisir spirituel d’être un peuple.
·         L’action mystérieuse du Ressuscité et de son Esprit.
·         La force missionnaire de l’intercession.
 
Dans mes prochains textes, je résumerai ces orientations de vie chrétienne et apostolique que le pape juge adaptées aux besoins de notre Église actuelle et de notre monde.
 
Est-ce que je vis « des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur »?
(42e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

samedi 20 septembre 2014

Un chemin de dialogue

Selon le pape François (La joie de l’Évangile par. 238-258), l’Église doit s’engager dans trois champs de dialogue « pour accomplir un service en faveur du plein développement de l’être humain et procurer le bien commun : le dialogue avec les États, avec la société – qui inclut le dialogue avec les cultures et avec les sciences – et avec les autres croyants qui ne font pas partie de l’Église catholique. »
 
« Dans le dialogue avec l’État et avec la société, l’Église n’a pas de solutions pour toutes les questions particulières. Mais, avec les diverses forces sociales, elle accompagne les propositions qui peuvent répondre le mieux à la dignité de la personne humaine et au bien commun. »
 
Le dialogue entre science et foi est aussi un chemin d’harmonie et de pacification. La foi ne craint pas la raison. Elle la cherche et lui fait confiance.  « L’évangélisation est attentive aux avancées scientifiques pour les éclairer de la lumière de la foi et de la loi naturelle, de manière à ce qu’elles respectent toujours la centralité et la valeur suprême de la personne humaine en toutes les phases de son existence. »
 
L’engagement œcuménique est une condition de la paix entre les peuples. Il est un apport à l’unité de la famille humaine. Le pape ajoute de nombreuses remarques fort stimulantes sur le dialogue avec le Judaïsme, l’Islam, les autres religions, aussi avec les personnes qui ne se rattachent à aucune tradition religieuse. On trouve dans ces paragraphes des  paroles de sagesse à accueillir comme autant d’appels à notre responsabilité envers l’Évangile et la paix.
 
Enfin, le pape insiste sur l’importance du respect de la liberté religieuse.  Elle comprend la liberté de choisir la religion que l’on estime vraie et de manifester publiquement sa propre croyance. Un sain pluralisme « n’implique pas une privatisation des religions, avec la prétention de les réduire au silence, à l’obscurité de la conscience de chacun, ou à la marginalité de l’enclos fermé des églises, des synagogues et des mosquées. Il s’agirait en définitive d’une nouvelle forme de discrimination et d’autoritarisme. Le respect dû aux minorités agnostiques et non croyantes ne doit pas s’imposer de manière arbitraire qui fasse taire les convictions des majorités croyantes ni ignorer la richesse des traditions religieuses. Cela, à la longue, susciterait plus de ressentiment que de tolérance et de paix. 
 
Ai-je déjà réfléchi à l’un ou l’autre de ces chemins de dialogue en vue de la paix? Y ai-je déjà fait quelques pas? Et quel pas est devant moi?
(41e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 8 septembre 2014

Heureux les artisans de paix

Comme la joie et l’amour, la paix est un fruit de l’Esprit (cf. Ga 5, 22) (1). Le pape François (dans La joie de l’Évangile par, 217-237 (2)) montre que le bien commun (3) et la paix (4) font partie d’une annonce véritable de la dimension sociale de l’Évangile.
 
Il rappelle d’abord que la paix n’est pas simplement une absence de guerre, de violence obtenue par l’imposition d’un secteur sur les autres. De même, la paix ne peut pas servir d’excuse « pour justifier une organisation sociale qui réduit au silence ou tranquillise les plus pauvres, de manière à ce que ceux qui jouissent des plus grands bénéfices puissent conserver leur style de vie sans heurt, alors que les autres survivent comme ils peuvent. Les revendications sociales qui ont un rapport avec la distribution des revenus, l’intégration sociale des pauvres et les droits humains ne peuvent pas être étouffées sous prétexte de construire un consensus de bureau ou une paix éphémère, pour une minorité heureuse. La dignité de la personne humaine et le bien commun sont au-dessus de la tranquillité de quelques-uns qui ne veulent pas renoncer à leurs privilèges. »
 
La paix suppose un ordre qui comporte une justice plus parfaite entre les hommes. « En définitive, une paix qui n’est pas le fruit du développement intégral de tous n’aura pas d’avenir et sera toujours semence de nouveaux conflits et de diverses formes de violence. »
 
Le pape affirme que « pour avancer dans cette construction d’un peuple en paix, juste et fraternel, il y quatre principes reliés à des tensions bipolaires propres à toute réalité sociale. » Ils  « orientent spécifiquement le développement de la cohabitation sociale et la construction d’un peuple où les différences s’harmonisent dans un projet commun. » Leur application « peut être un authentique chemin vers la paix dans chaque nation et dans le monde entier. »
 
Voici ces quatre principes :
·         Le temps est supérieur à l’espace. « Ce principe permet de travailler à long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats. Il aide à supporter avec patience les situations difficiles et adverses, ou les changements des plans qu’impose le dynamisme de la réalité. »
·         L’unité est supérieure au conflit.  « C’est d’accepter de supporter le conflit, de le résoudre et de le transformer en un maillon d’un nouveau processus. »
·         La réalité est supérieure à l’idée. « Ce critère est lié à l’incarnation de la Parole et à sa mise en pratique. »
·         Le tout est supérieur à la partie. Il faut « prêter attention à la dimension globale pour ne pas tomber dans une mesquinerie quotidienne. En même temps, il ne faut pas perdre de vue ce qui est local, ce qui nous fait marcher les pieds sur terre. »
 
« Bienheureux les artisans de paix! » En suis-je un dans mon milieu?
(40e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 1 septembre 2014

Diverses formes de pauvreté


Dès le début de son ministère, le pape François a surpris par son élan audacieux vers les marginalisés, les rejetés, les oubliés. Pensons à ses visites dans les lieux de misère tels qu’hôpitaux pour enfants handicapés ou pauvres, prisons, refuges pour sans-abris. Nous ne pouvons pas oublier les images de sa visite à l’ile de Lampedusa. Quand il est allé au Brésil, il a tenu à aller dans une favéla. On pourrait allonger cette liste de ses gestes qui nous ont à la fois enthousiasmés, mais sans doute aussi dérangés.
 
Dans La joie de l’Évangile (par. 209ss), il présente une sorte d’inventaire de ces marginalisés dans lesquels il reconnaît le Christ souffrant, crucifié, méprisé. « Jésus, l’évangélisateur par excellence et l’Évangile en personne, s’identifie spécialement aux plus petits. (cf. Mt 25, 40). Ceci nous rappelle que nous tous, chrétiens, sommes appelés à avoir soin des plus fragiles de la terre. »
 
Il s’agit de personnes fragiles, qui restent en arrière, les plus dépourvues :
·         les sans-abris;
·         les toxico-dépendants;
·         les réfugiés;
·         les populations indigènes;
·         les personnes âgées toujours plus seules et abandonnées;
·         les migrants;
·         le crime mafieux de la traite des personnes;
·         les femmes souffrant d’exclusion, de maltraitance, de violence;
·         les enfants à naître;
·         l’ensemble de la création dont nous sommes le gardien.
 
Où est-ce que je me situe devant ces personnes?
 
Comment me concerne l'interpellation papale : « Nous tous, les chrétiens, petits, mais forts dans l’amour de Dieu, comme saint François d’Assise, nous sommes appelés à prendre soin de la fragilité du peuple et du monde dans lequel nous vivons. »
(39e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 25 août 2014

La disparité sociale


« La nécessité de résoudre les causes structurelles de la pauvreté ne peut attendre », affirme vigoureusement le pape François (La joie de l’Évangile par. 202). Les plans d’assistance qui font face à certaines urgences ne sont que des réponses provisoires. « Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l’autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société. »
 
Le système économique mondial n’aime pas de telles prises de parole! « C’est gênant de parler d’éthique, c’est gênant de parler de solidarité mondiale, c’est gênant de parler de distribution des biens, c’est gênant de parler de défendre les emplois, c’est gênant de parler de la dignité des faibles, c’est gênant de parler d’un Dieu qui exige un engagement pour la justice. » Et le pape ajoute : «La vocation d’entrepreneur est un noble travail, il doit se laisser toujours interroger par un sens plus large de la vie; ceci lui permet de servir vraiment le bien commun, par ses efforts de multiplier et rendre plus accessibles à tous les biens de ce monde. »
 
« Nous ne pouvons plus avoir confiance dans les forces aveugles et dans la main invisible du marché. La croissance dans l’équité exige quelque chose de plus que la croissance économique, bien qu’elle la suppose; elle demande des décisions, des programmes, des mécanismes et des processus spécifiquement orientés vers une meilleure distribution des revenus, la création d’opportunités d’emplois, une promotion intégrale des pauvres qui dépasse le simple assistanat. »
 
Et encore ici, le pape nous ouvre son cœur. « Si quelqu’un se sent offensé par mes paroles, je lui dis que je les exprime avec affection et avec la meilleure des intentions, loin d’un quelconque intérêt personnel ou d’idéologie politique. Ma parole n’est pas celle d’un ennemi ni d’un opposant. Seul m’intéresse de faire en sorte que ceux qui sont esclaves d’une mentalité individualiste, indifférente et égoïste puissent se libérer de ces chaînes si indignes, et adoptent un style de vie et de pensée plus humain, plus noble, plus fécond, qui confère dignité à leur passage sur cette terre. »
 
Que puis-je faire dans mon milieu pour sensibiliser entrepreneurs et politiciens à cet appel papal?
(38e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 18 août 2014

L’option pour les pauvres

La Bible témoigne que les pauvres ont une place de choix dans le cœur miséricordieux de Dieu. Cette préférence divine a des conséquences dans la vie de foi de tous les chrétiens, appelés à avoir « les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2, 5). L’Église doit opter pour la même préférence et affirme son option pour les pauvres.
 
« Pour cette raison, commente le pape François (dans La joie de l'Évangile par. 198), je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner. » Par leurs propres souffrances, ils connaissent le Christ souffrant. Il est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux. « La nouvelle évangélisation est une invitation à reconnaître la force salvifique de leurs existences, et à les mettre au centre du cheminement de l’Église. Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux. »
 
Cette priorité appelle une attention aimante à la personne du pauvre, une proximité réelle et cordiale.  « Cela implique de valoriser le pauvre dans sa bonté propre, avec sa manière d’être, avec sa culture, avec sa façon de vivre la foi. Le véritable amour est toujours contemplatif, il nous permet de servir l’autre non par nécessité ni par vanité, mais parce qu’il est beau, au-delà de ses apparences. »
 
Et le pape conclut : « Personne ne peut se sentir exempté de la préoccupation pour les pauvres et pour la justice sociale. » Et avec émotion et grande franchise, il nous dit ses appréhensions. « Je crains que ces paroles fassent seulement l’objet de quelques commentaires sans véritables conséquences pratiques. Malgré tout, j’ai confiance dans l’ouverture et dans les bonnes dispositions des chrétiens, et je vous demande de rechercher communautairement de nouveaux chemins pour accueillir cette proposition renouvelée. »
 
Comment une telle interpellation, si directe et émouvante, me rejoint, me pousse à l’action?
(37e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

lundi 11 août 2014

Confession de la foi et engagement social

Le pape François s’est vite fait connaître comme une personne engagée envers les personnes pauvres, rejetées, marginalisées, exploitées, et cela au nom de sa foi. Dans son texte-programme intitulé La joie de l’Évangile, il explique très longuement cette priorité dans sa vie et dans celle de l’Église (par. 176-258).
 
Il pose dès le début de ces réflexions le phare qui éclaire son chemin : « Le kérygme possède un contenu inévitablement social : au cœur même de l’Évangile, il y a la vie communautaire et l’engagement avec les autres. Le contenu de la première annonce a une répercussion morale immédiate dont le centre est la charité. »
 
Confesser un Père qui aime infiniment chaque être humain implique de découvrir la dignité infinie de cet être. Confesser que Jésus a donné son sang pour nous nous empêche de maintenir le moindre doute sur l’amour sans limites qui ennoblit tout être humain. Confesser que l’Esprit Saint agit en tous implique de reconnaître qu’il cherche à pénétrer dans chaque situation humaine et dans tous les liens sociaux afin de dénouer les nœuds même les plus complexes et les plus inextricables.
 
« À partir du cœur de l’Évangile, nous reconnaissons la connexion intime entre évangélisation et promotion humaine, qui doit nécessairement s’exprimer et se développer dans toute l’action évangélisatrice. L’acceptation de la première annonce, qui invite à se laisser aimer de Dieu et à l’aimer avec l’amour que lui-même nous communique, provoque dans la vie de la personne et dans ses actions une réaction première et fondamentale : désirer, chercher et avoir à cœur le bien des autres. »
 
Ce lien indissoluble entre l’accueil de l’Évangile et un amour fraternel effectif, spécialement pour les pauvres, est fréquemment exprimé dans l’Écriture. Ce que disent ces textes c’est la priorité absolue de « la sortie de soi vers le frère. » Ce service de la charité est « une dimension constitutive de la mission de l’Église et il constitue une expression de son essence-même». Il s’agit de la charité effective pour le prochain, la compassion qui comprend, assiste et promeut.
 
«Personne ne peut exiger de nous que nous reléguions la religion dans la secrète intimité des personnes, sans aucune influence sur la vie sociale et nationale, sans se préoccuper de la santé des institutions de la société civile, sans s’exprimer sur les événements qui intéressent les citoyens. Qui oserait enfermer dans un temple et faire taire le message de saint François d’Assise et de la bienheureuse Teresa de Calcutta? »  Une foi authentique implique toujours un profond désir de changer le monde, de transmettre des valeurs, de laisser quelque chose de meilleur après notre passage sur la terre, qui « est notre maison commune et nous sommes tous frères. » L’Église ne peut ni ne doit rester à l’écart dans la lutte pour la justice, l’ordre social et le bien commun.
 
Ai-je déjà réfléchi à ce lien essentiel entre l’Évangile et l’engagement social? Est-ce que vis de tels engagements au nom de ma foi?
(36e texte d’une série sur la joie)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau