samedi 28 février 2015

Les migrants et les réfugiés

Le 18 janvier 2015 marquait le 101e anniversaire de la Journée mondiale des migrants et des réfugiés. Le pape a donné un message très interpellant à cette occasion. La mission de l’Église, pèlerine sur la terre est d’aimer Jésus particulièrement dans les plus pauvres et abandonnés. « Au nombre de ceux-ci figurent certainement les migrants et les réfugiés. »
 
Le pape trace nettement le chemin pour toute communauté chrétienne. « L’Église sans frontières, mère de tous, diffuse dans le monde la culture de l’accueil et de la solidarité, selon laquelle personne ne doit être considéré inutile, encombrant ou être écarté. » Chaque communauté chrétienne est appelée à nourrir, orienter et indiquer le chemin vers ces rejetés. Elle doit les accompagner avec patience et s’en faire proche dans la prière et dans les œuvres de miséricorde. 
 
Le pape nous met en garde contre une tentation qui nous guette tous. C’est de se méfier, d’être hostile envers ces personnes avant même qu’on ne connaisse leurs parcours de vie, de persécution ou de misère. « Dans ce cas, suspicions et préjugés entrent en conflit avec le commandement biblique d’accueillir avec respect et solidarité l’étranger dans le besoin. »
 
« Nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur »
 
« Jésus-Christ est toujours en attente d’être reconnu dans les migrants et dans les réfugiés, dans les personnes déplacées et les exilés, et aussi de cette manière il nous appelle à partager nos ressources, parfois à renoncer à quelque chose de notre bien-être acquis. »
 
C’est un appel à dépasser les frontières et à favoriser « le passage d’une attitude de défense et de peur, de désintérêt ou de marginalisation. » L’attitude chrétienne est de vivre une « culture de la rencontre, seule capable de construire un monde plus juste et fraternel. »
 
Cet appel dramatique nous dit quoi chez nous, me dit quoi personnellement? Et nous faisons quoi?
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 20 février 2015

Le scandale de la faim

Près d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde. Pourtant, il y a de la nourriture pour répondre à tous ces besoins. Le pape François dénonce régulièrement ce scandale. « Jeter de la nourriture équivaut à voler les pauvres et ceux qui ont faim. »
 
Il écrivait en 2014 : « Le thème proposé par la FAO pour la Journée d’aujourd’hui — Agriculture familiale : nourrir le monde, préserver la planète — souligne la nécessité de partir des personnes, en tant qu’individus ou groupes, pour proposer de nouvelles formes et modes de gestion des différents aspects de la nutrition. De façon plus spécifique, il faut reconnaître toujours plus le rôle de la famille rurale et développer toutes ses potentialités. […] La famille rurale est en mesure de répondre à la demande de denrées alimentaires sans détruire les ressources de la création. »
 
« C’est un scandale qu’existent encore la faim et la malnutrition dans le monde! » Depuis quelques années, Développement et Paix s’est engagé dans cette lutte mondiale contre la faim. Nous pouvons voir ce qui s’est fait en Haïti dans ce sens depuis le tremblement de terre. Sa campagne annuelle porte le titre : « Parce qu’on sème ». On y traite de la nécessité de la petite agriculture familiale pour nourrir le monde.
 
C’est un mouvement à soutenir.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 13 février 2015

Être les yeux de l’aveugle

Le pape François a écrit un message pour la journée mondiale des malades, le 11 février. Il lui a donné comme titre : “J’étais les yeux de l’aveugle, les pieds du boiteux” (Jb 29,15). C’est un texte très beau, capable d’inspirer réflexions et actions. Je n’en cite que quelques lignes.

Voici quelques mots consacrés aux personnes qui ont soin des personnes malades. « Que de chrétiens rendent témoignage aujourd’hui encore, non par leurs paroles mais par leur vie enracinée dans une foi authentique, d’être « les yeux de l’aveugle » et les « pieds du boiteux » ! Des personnes qui sont proches des malades ayant besoin d’une assistance permanente, d’une aide pour se laver, s’habiller, se nourrir. Ce service, surtout lorsqu’il se prolonge dans le temps, peut devenir fatigant et pénible. Il est relativement facile de servir pendant quelques jours, mais il est difficile de soigner une personne pendant des mois, voire des années, également si celle-ci n’est plus à même de remercier. » Il ajoute : « Le temps passé à côté du malade est un temps sacré. »

 « La sagesse du cœur, c’est la sortie de soi vers le frère. Notre monde oublie parfois la valeur spéciale du temps passé auprès du lit d’un malade, parce qu’on est harcelé par la hâte, par la frénésie de l’action, de la production et on oublie la dimension de la gratuité, de l’acte de prendre soin, de se charger de l’autre. En réalité, derrière cette attitude se dissimule souvent une foi tiède, oublieuse de cette parole du Seigneur qui déclare :

 «C’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40). À lire et à méditer!

† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

vendredi 6 février 2015

Appel de François contre l’esclavage

Le pape a récemment (2 décembre 2014) appelé tous les catholiques à s’engager résolument dans une campagne mondiale pour l’éradication de l’esclavage moderne. Il signale la multiplication des formes d’esclavage moderne et leurs conséquences : « Physique, économique, sexuelle ou psychologique qui plongent des dizaines de millions de personnes de tout âge dans l'humiliation et la déshumanisation. »
 
Et il proteste au nom de la foi chrétienne : « Les hommes étant tous égaux, on doit leur reconnaître une liberté et une dignité unique. Toute discrimination constitue un délit, et parfois même un crime aberrant. » La traite des êtres humains, le travail forcé, notamment des mineurs, la prostitution, la mutilation et le vol d'organes constituent des crimes contre l'humanité.
 
« Malgré les grands efforts déployés, l'esclavage moderne constitue un fléau ignoble à grande échelle, y compris sous sa forme touristique. Il se réalise souvent derrière des portes fermées, mais aussi dans les rues, dans des usines, aux champs, etc. Dans les pays riches comme dans les pauvres la situation empire. »
 
Il fait appel à tous les croyants, aux gouvernements, aux entreprises, à toute personne de bonne volonté à s’unir pour lutter contre ce fléau. « Puisse le Seigneur nous accorder la grâce de convertir notre prochain, mais aussi nous-mêmes, et d'aller au secours de tous ceux qui, sans exception, croisent notre route : Du vieillard abandonné au travailleur déprécié, du réfugié tombé dans les griffes de la criminalité aux mineurs traînant dans les rues comme esclave sexuel, ou à l'enfant mutilé et privé d'un organe. Toutes ces personnes en appellent à notre conscience, comme en écho à la voix de Dieu. »
 
Le 8 février, c’est la journée mondiale contre la traite des êtres humains. Il existe un réseau mondial pour cette lutte. Le site de ce réseau est riche d’une abondante documentation qui fait vraiment réfléchir et nous éclaire sur notre situation ici à ce sujet. Je vous invite à le consulter et à y puiser inspiration pour la prière et pour l’action.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 1 février 2015

Éradication de l'esclavage moderne

Le drame de l’esclavage moderne montre peu à peu son horrible visage et beaucoup découvrent son existence. C’est ainsi que plusieurs chefs religieux, dont le pape François, ont signé le 2 décembre 2014 une déclaration commune sur le sujet.
 
C’est là une initiative historique par laquelle on invite toutes les personnes de bonne volonté à s’engager dans ce combat. On fixe comme objectif l’éradication de cet esclavage avant l’an 2020. Les chefs religieux s’y engagent avec la conviction de pouvoir y contribuer beaucoup. « Aujourd’hui, nous avons la possibilité, la conscience, la sagesse, l’innovation et la technologie pour atteindre cet impératif humain et moral. »
 
On y affirme : « Aux yeux de Dieu (et de nos différentes religions), chaque être humain est une personne libre, qu’il soit garçon ou fille, femme ou homme, destinée à exister pour le bien de tous en toute égalité et fraternité. L’esclavage moderne, sous ses formes de la traite des êtres humains, du travail forcé ou de la prostitution, du trafic d’organes, comme de toute attitude allant à l’encontre de la conviction selon laquelle tous les êtres humains sont égaux et bénéficient du même droit à la liberté et la dignité, est un crime contre humanité. »
 
C’est un appel à la conscience de chacun.
 
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 25 janvier 2015

Creuser le mystère

Que perçoit donc la personne qui se tient là en silence devant le tabernacle?
 
François l’évêque de Rome posait récemment la question suivante : « Quel est le signe que je suis un chrétien avec Jésus? ». Et il répondait : « C'est celui de l'aveugle-né qui s'agenouille devant Jésus pour l'adorer. » (Voir Jean 9, 38)
 
C’est le signe que posent ces femmes et ces hommes de tous âges, ethnies, langues et conditions qui, pendant quelques minutes, une heure, toute une nuit ou même toute leur vie, se tiennent devant le tabernacle « comme s’ils voyaient l’invisible ». Ils adorent le Dieu caché qui s’est fait l’un des leurs dans la crèche, est mort pour eux sur la croix et qu’ils reconnaissent particulièrement présent dans chaque célébration eucharistique. Ils l’ont reçu dans la communion eucharistique ou bien ont désiré le recevoir. Ils se tiennent maintenant devant le tabernacle avec Lui, mangeant ses Paroles afin qu’elles deviennent leur chair et leur sang, afin qu’ils deviennent les consanguins de Jésus ressuscité jusqu’en vie éternelle.
 
Il a dit : « Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n'aura jamais faim; qui croit en moi n'aura jamais soif. » (Jean 6, 35) Ils viennent assouvir leur faim et leur soif, qui sans cesse les ramène à la Source des eaux vives qui ne se tarissent jamais. Car plus ils mangent de ce pain plus ils ont faim jusqu’en vie éternelle.
 
Il a dit : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. » (Jean 6,54) Ils viennent fortifier leur espérance au cœur de leurs souffrances et de celles de ce monde en proie à la guerre, à la faim, à la mort.
 
Il a dit : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (Jean 6,56) Ils se rendent disponibles pour que l’Esprit du Ressuscité réalise en eux cette bouleversante promesse. Brûlés du désir de ce cœur à cœur intime, ils persévèrent dans la fréquentation, même la visite quotidienne de ce Bien-Aimé capable à la fois d'incendier et de rafraichir les cœurs.
 
Il a dit : « De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. » (Jean 6,57) Ils aspirent à cette vie qui a sa source éternelle dans le Père, entre dans notre histoire par le Fils rendu visible et qui est offerte à qui ose croire, donner sa confiance abandonnée à Celui qui est le Vivant.
 
Là, dans l’intimité, souvent aussi dans la sècheresse du cœur qui doivent longtemps aspirer pour pouvoir accueillir le grand don. Dans les déserts ou dans les chants de joie, là se fait la rencontre de « l’alliance nouvelle et éternelle ». Là, la foi voit l’Invisible, l’espérance tient bon, la charité devient active.
 
Là se vivent des rencontres qui changent des vies. Tant de saintes et de saints en sont témoins depuis près de deux millénaires. Ce qu’ils expérimentent dans une soudaine illumination ou dans un long désir est en fait l’expérience, si humble et quotidienne, de celles et de ceux qui se tiennent devant le tabernacle afin d’accueillir « l’Invisible dans la matière ».
(10e et dernier texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau

dimanche 18 janvier 2015

Blé et raisin

Ces deux dons de la terre sont souvent figurés sur les portes de nos tabernacles.
 
Gerbe de blé
Le Dieu invisible qui s’est rendu visible à nos yeux sur la croix a révélé le sens de cette mort : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. » (Jean 12, 24-26)
 
Le tabernacle rend visible au croyant le Dieu caché, tombé en terre et mis au tombeau, mais qui renaît en de multiples épis et communautés à travers le monde.
 
Grappe de raisin
Jésus, le Fils éternellement caché dans le sein du Père, mais rendu visible dans notre histoire, a dit : « Je suis la vigne; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. […] C'est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. » (Jean 15, 5ss)
 
Le tabernacle rend visible au croyant le Fils bien-aimé planté dans l’humus de notre histoire par Dieu le Père pour faire de nous des communautés (grappes) en Église où fleurit et se répand l’amour indicible de Dieu pour les humains.
 
Parfois, d’autres signes entourent le tabernacle, surtout lors de certaines fêtes, afin de stimuler les croyants qui cherchent à voir « l’Invisible dans la matière ». Ce peut être un bouquet de fleurs finement arrangé, un ensemble de cierges brûlants, certaines draperies aux couleurs ajustées selon la fête. Chaque symbole dit à sa façon quelque chose du mystère qui s’offre là à notre cœur.
(9e texte d’une série sur les tabernacles)
† Roger Ébacher
Évêque émérite de Gatineau